Diplomate allemande en Israël: La montée de l’antisémitisme menace notre société
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Interview

Diplomate allemande en Israël: La montée de l’antisémitisme menace notre société

"Il est regrettable que ces institutions et écoles juives doivent être protégées", a déclaré l'ambassadrice Susanne Wasum-Rainer au "Times of Israel". "Mais c'est notre devoir"

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Un homme portant une kippa avec les drapeaux de l'Allemagne et d'Israël à Francfort-sur-le-Main, en Allemagne, le 10 juin 2014. (Frank Rumpenhorst / dpa / AFP)
Un homme portant une kippa avec les drapeaux de l'Allemagne et d'Israël à Francfort-sur-le-Main, en Allemagne, le 10 juin 2014. (Frank Rumpenhorst / dpa / AFP)

L’actuelle résurgence des incidents antisémites en Allemagne met en péril la cohésion sociale du pays, a déclaré mardi l’ambassadrice de Berlin à Tel Aviv, jurant de prendre « très au sérieux » la lutte contre la haine envers les juifs.

S’adressant au Times of Israel à la suite d’un regain d’intérêt pour le sujet, qui s’est déclenché la semaine dernière lorsqu’un haut responsable de Berlin a déclaré qu’il ne pouvait pas promettre que les Juifs portant une kippa seraient en sécurité partout en Allemagne, l’ambassadrice Susanne Wasum-Rainer a regretté le fait que les institutions juives aient encore besoin de protection.

« Nous sommes conscients que cet antisémitisme nuit à notre pays, met en péril la cohésion de notre société. Et le gouvernement prend ses responsabilités ici très au sérieux », a-t-elle dit.

« La vie juive fait partie de l’Allemagne. Nous sommes ravis et heureux qu’après la Seconde Guerre mondiale, la vie juive ait été à nouveau possible en Allemagne, et par conséquent, le gouvernement considère qu’il a une responsabilité particulièrement grande envers la vie juive en Allemagne. »

Les crimes antisémites, qui ont augmenté en 2018 selon un sondage annuel réalisé la semaine dernière, constituent une « attaque contre notre liberté et notre démocratie », a déclaré Mme Wasum-Rainer. « C’est une atteinte à la dignité humaine, à la liberté, à la paix, et à la tolérance. C’est un effort pour déstabiliser notre système démocratique. »

Mardi également, la chancelière Angela Merkel, dans une interview accordée à CNN, a reconnu que les institutions juives avaient besoin d’une protection constante.

« Il n’y a à ce jour pas une seule synagogue, pas une seule garderie pour enfants juifs, pas une seule école pour enfants juifs qui n’a pas besoin d’être gardée par des policiers allemands », a dit Mme Merkel.

L’ambassadrice d’Allemagne en Israël Susanne Wasum-Rainer. (Avec l’aimable autorisation de l’ambassade d’Allemagne à Tel Aviv)

Lorsqu’on lui a demandé si, à la lumière de ce fait, il n’était pas irréaliste de s’attendre à ce que les Juifs puissent porter des kippas partout en Allemagne, Wasum-Rainer a répondu : « Je regrette – nous regrettons tous – que ces fantastiques institutions juives qui ont été créées à Berlin et ailleurs doivent être protégées. Nous regrettons que les écoles doivent être gardées. Mais cela fait partie de notre responsabilité de garantir le libre exercice sans restriction de sa religion. L’Allemagne s’est engagée à assumer cette responsabilité. »

Il est de la responsabilité de l’Etat de garantir que la liberté de religion soit possible « partout en Allemagne, sans aucune limitation », a déclaré la diplomate allemande. « Il appartient à l’Etat que personne ne soit attaqué ou contrarié parce qu’il porte une kippa, ou tout autre symbole religieux. »

L’ambassadrice, qui en est actuellement à sa deuxième mission en Israël, après avoir servi à l’ambassade de Tel Aviv entre 1993 et 1997, a déclaré qu’elle ne pouvait pas prédire l’avenir, mais a promis que l’Allemagne « fera toujours tout pour assurer la sécurité afin que les Juifs partout en Allemagne puissent montrer leur religion ».

Felix Klein, premier émissaire spécial du gouvernement allemand auprès de la communauté juive, lors de la manifestation « Berlin porte une kippa », le 25 avril 2018. (Avec l’aimable autorisation de BMI)

La déclaration de Felix Klein, commissaire du gouvernement allemand à l’antisémitisme, selon laquelle il « ne peut pas recommander aux Juifs de porter la kippa partout en Allemagne », a provoqué indignation et inquiétude dans le monde juif, notamment en Israël.

Le président Reuven Rivlin, par exemple, a déclaré dimanche qu’il était « profondément choqué » par l’aveu de Klein, soulignant qu’il était de la responsabilité des forces de l’ordre allemandes de garantir que les Juifs puissent pratiquer librement leur religion.

« Nous reconnaissons et apprécions la position morale du gouvernement allemand et son engagement envers la communauté juive qui y vit, mais les craintes concernant la sécurité des Juifs allemands sont une capitulation face à l’antisémitisme et un aveu que, là encore, les Juifs ne sont pas en sécurité en Allemagne », a ajouté Rivlin.

« Nous ne nous soumettrons jamais, nous ne baisserons jamais le regard et nous ne réagirons jamais à l’antisémitisme par le défaitisme – et nous nous attendons et exigeons que nos alliés agissent de la même manière ».

Mme Wasum-Rainer, qui est l’ambassadrice de l’Allemagne en Israël depuis septembre 2018, a déclaré qu’elle n’interprétait pas les paroles de M. Rivlin au sujet d’une « capitulation » comme une critique de la réponse de l’Allemagne à l’antisémitisme.

« Le président Rivlin a dit exactement ce que la porte-parole de la chancelière Merkel a dit lundi : Le gouvernement est déterminé à assumer sa responsabilité envers la vie juive et à ne pas capituler », a-t-elle dit.

Le gouvernement allemand poursuit chaque incident antisémite, mais il investit également de nombreuses ressources dans des programmes de prévention, a souligné Mme Wasum-Rainer.

« La nomination de Klein comme envoyé spécial pour la vie juive en Allemagne, qui a eu lieu l’année dernière, est l’une des nombreuses mesures prises par le gouvernement pour empêcher de telles choses de se produire. D’autres concernent les poursuites pénales, la prévention, l’éducation et la sensibilisation. Il y a beaucoup d’autres programmes en cours. »

Un programme anti-extrémisme appelé « Living Democracy », qui comprend également des projets spécifiques de lutte contre l’antisémitisme, a reçu en 2018 plus de 100 millions d’euros de financement public, a-t-elle dit.

La Une du quotidien allemand « Bild » du 27 mai 2019, avec une kippa à découper et invitant les lecteurs à porter la calotte juive en signe de protestation contre les attaques antisémites. (Twitter)

À la lumière de l’attention renouvelée portée à l’antisémitisme dans le pays qui a perpétré la Shoah, Bild, le plus grand quotidien allemand, a imprimé une kippa à découper, demandant à ses lecteurs de la porter en solidarité avec la communauté juive.

« La kippa fait partie de l’Allemagne », a écrit le rédacteur en chef du journal dans un article d’accompagnement. De nombreux Allemands éminents, dont le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas, ont publié des photos les montrant portant la kippa du Bild.

Lorsqu’on lui a demandé si de tels gestes de solidarité d’une journée étaient utiles ou s’il s’agissait simplement d’un tour de passe-passe publicitaire bien intentionné, mais finalement dénué de sens, Wasum-Rainer a répondu : « Je salue tous les gestes de la société civile, tous les signes de solidarité avec les Juifs d’Allemagne, ce groupe important en Allemagne, d’où qu’ils viennent. »

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