Elkin met en garde les citoyens contre Netanyahu, et lui porte un coup sévère
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Analyse

Elkin met en garde les citoyens contre Netanyahu, et lui porte un coup sévère

Les Israéliens sont habitués aux propos cyniques des politiciens et à leur diatribe. Mais Zeev Elkin fut émouvant et précis. Et, en tant que proche du Premier ministre, dévastateur

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) s'entretient avec le ministre de l'époque, Zeev Elkin, lors d'une réunion spéciale du cabinet pour la Journée de Jérusalem à la source Ein Lavan à Jérusalem, le 2 juin 2016. (Marc Israel Sellem/Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) s'entretient avec le ministre de l'époque, Zeev Elkin, lors d'une réunion spéciale du cabinet pour la Journée de Jérusalem à la source Ein Lavan à Jérusalem, le 2 juin 2016. (Marc Israel Sellem/Pool)

Zeev Elkin n’a pas commencé sa carrière politique au Likud. Cet immigrant de l’ex-Union soviétique, avec un parcours scolaire riche et varié allant des mathématiques et de la physique à l’histoire, en passant par les études juives et au-delà, est entré à la Knesset pour la première fois en 2006 avec Kadima.

Mais il a rejoint le Likud avant les élections de 2009, qui ont ramené Benjamin Netanyahu au pouvoir, expliquant que Kadima devenait trop à gauche et qu’il avait été extrêmement proche du Premier ministre pendant une grande partie de la dernière décennie, notamment en tant que président de sa coalition, proche conseiller et traducteur/confident dans toutes les négociations avec le président russe Vladimir Poutine.

Ainsi, son discours de démission chargé d’émotion mercredi soir – au cours duquel, proche des larmes, sa voix s’est brisée à plusieurs reprises – était d’une puissance inhabituelle.

Voici un véritable initié dans la cour du Premier ministre, qui a attaqué l’intégrité de Netanyahu, en déclarant qu’il ne pouvait pas dire de bonne foi aux citoyens d’Israël de voter pour lui, et en annonçant qu’il se joignait maintenant à Gideon Saar dans un effort pour construire l’équivalent d’un Likud II – le mouvement démocratique et moral qu’il était à l’époque de Menachem Begin.

Zeev Elkin annonce sa démission du Likud pour rejoindre le parti « Tikva Hadasha » de Gideon Saar, le 23 décembre 2020. (Capture d’écran de Kan TV)

Le discours d’Elkin aura été dévastateur pour Netanyahu et aura eu un impact inhabituel sur un public israélien largement habitué à l’interminable défilé d’émissions politiques en direct, car il a dévoilé des détails humiliants sur les motivations du Premier ministre.

Jusqu’à présent, les nombreuses critiques et accusations selon lesquelles Netanyahu aurait cyniquement manipulé la politique israélienne pendant trois, et maintenant quatre campagnes électorales au cours des deux dernières années pour ses propres besoins personnels et juridiques étaient, malgré toute leur crédibilité, des remarques extérieures et des accusations anonymes.

Mais mercredi soir, Elkin, qui était dans la salle, s’est levé en public et a cité des détails. Il avait, a-t-il révélé, personnellement imploré Netanyahu d’éviter les élections de mars 2020 en formant un gouvernement d’union avec Kakhol lavan. Mais Netanyahu a refusé de le faire parce que, a dit Elkin, il espérait un nouveau Parlement qui lui accorderait une immunité contre les poursuites, et/ou qui adopterait une loi rétroactive de style « loi française » dans laquelle le Premier ministre ne pourrait pas être jugé tant qu’il serait en fonction.

« Vous espériez bénéficier de l’immunité contre les poursuites et de la loi française », a rappelé M. Elkin, précisant qu’il avait dit à Netanyahu que cela n’arriverait jamais. « C’est alors que ma confiance en vous s’est effondrée. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite), le Président russe Vladimir Poutine (à gauche) et le ministre de la Protection de l’environnement Zeev Elkin lors de leur rencontre à Moscou, en Russie, le 29 janvier 2018. (Autorisation du cabinet du Premier ministre)

Les nouvelles élections – celles auxquelles Israël a été condamné mardi à minuit parce qu’aucun budget d’État pour 2020 n’a encore été adopté – sont une conséquence directe des manœuvres égoïstes et malavisées de Netanyahu, a accusé Elkin. « Vous connaissez la vérité », a-t-il dit, s’adressant à nouveau directement au Premier ministre. « Nous allons vers ces élections surréalistes parce que vous voulez influencer [la nomination du] procureur général et du procureur de l’État, et parce que vous espérez une loi française [pour stopper votre procès]. »

Elkin a ensuite accusé Netanyahu de rien moins que de « détruire le Likud » en le transformant en un mouvement au culte de la personnalité dans lequel aucune critique du leader n’est tolérée, et de « détruire la démocratie du mouvement [du Likud] » en ne tenant pas compte des résultats des primaires du parti et en favorisant les flagorneurs et les loyalistes aveugles.

Il a repris cette accusation fréquente selon laquelle Netanyahu faisait des promesses vides de sens sans intention de les tenir – à « des amis, des alliés, des militants et des citoyens ordinaires ».

Et il a lancé un avertissement au leader du parti Yamina, Naftali Bennett, rival de Saar, soi-disant remplaçant de Netanyahu, dont le discours télévisé de mercredi soir, annonçant (choc !) qu’il voulait être Premier ministre, a éclipsé celui d’Elkin. Netanyahu, a dit Elkin, compte maintenant sur Bennett pour « oublier toutes les fois où [il] l’a trompé et, comme une femme battue, se précipite dans [ses] bras après les élections et [le] sauve de [son] procès [pour corruption] ».

Immédiatement après la fin de l’intervention d’Elkin, le Likud, comme il l’avait prédit, l’a accusé de mentir, d’avoir fait du sur-place à son dernier poste ministériel sans intérêt – ministre de l’Enseignement supérieur et des Ressources en eau – et, bien sûr, de n’avoir jamais vraiment été l’un des leurs depuis son arrivée, après son départ de Kadima.

Mais Elkin était en fait un membre de longue date du cercle restreint de Netanyahu. Et son discours de défection constitue un coup particulièrement dur pour le Premier ministre, et un grand coup de pouce pour Saar.

Le Likud tout entier a tenu bon autour de Netanyahu pendant trois campagnes électorales, défiant les efforts du parti Kakhol lavan de Benny Gantz pour détecter les faiblesses. Lorsque Saar est parti il y a deux semaines pour former le parti Tikva Hadasha, la première fissure est apparue. Mais Saar était un rival de longue date de Netanyahu qui voulait, sans surprise, à le vaincre de l’extérieur. Yifat Shasha-Biton, la suivante à partir, n’était entrée au Likud qu’après la disparition du parti Koulanou. Et les deux autres recrues de Tikva Hadasha, venant du Likud, Michal Shir et Sharren Haskel, étaient connues pour être proches de Saar.

Elkin n’était pas un rival au sein de la direction, et il n’est pas un acolyte de Saar. Au contraire, en considérant l’impensable quatrième élection dans laquelle Israël a été plongé, il s’est montré incapable de rester immobile et de garder le silence – incapable d’exhorter l’électorat, comme il l’a dit, « à voter pour quelqu’un en qui je ne crois plus, et à lui demander de placer son sort entre [ses] mains ».

Et contrairement à ceux qui lui ont fait franchir la porte du Likud, il est parti non pas avec des slogans, mais avec des explications accablantes.

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