Encore des élections ? Sûrement pas ! Ou alors peut-être ? 3 points clés
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Opinion

Encore des élections ? Sûrement pas ! Ou alors peut-être ? 3 points clés

Liberman ne bluffe pas. Personne ne sait si les ultra-orthodoxes aussi. Mais Netanyahu veut désespérément éviter un autre tour de scrutin

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le dirigeant de Yisrael Beytenu Avigdor Liberman annoncent un accord de coalition, le 25 mai 2016. (Yonatan Sindel/FLASH90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le dirigeant de Yisrael Beytenu Avigdor Liberman annoncent un accord de coalition, le 25 mai 2016. (Yonatan Sindel/FLASH90)

Il est tout simplement inconcevable que les politiciens fraîchement élus d’Israël nous fassent vivre le cauchemar de nouvelles élections immédiatement après notre dernier tour de scrutin. Je veux dire, pensez aux dépenses. Pensez à la dérision du processus démocratique. Ce doit être hors de question. N’est-ce pas le cas ?

Un initié à qui j’ai parlé dimanche a placé les chances à 95-5 contre les élections. Aujourd’hui, il a ajusté cela à 80-20. Miki Zohar, le député Likud qui organise la législation ordonnée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour dissoudre la nouvelle Knesset à peine investie, a accordé 50-50 dans une interview à la Douzième chaîne lundi après-midi et ajouté que le public ne pourrait pardonner à Avigdor Liberman, le résistant de la coalition, si les élections doivent être notre lot une nouvelle fois. (Certains pourraient dire qu’une grande partie du public ne pardonnera pas facilement à Zohar d’avoir déclaré avec joie récemment que la Cour suprême pourrait bientôt être « inutile » et affirmé que si Netanyahu ne bénéficie pas d’une immunité irréversible contre des poursuites, « un homme innocent sera envoyé en prison »).

Que penser de ce que Zohar a correctement qualifié lundi de « farce » à laquelle la politique israélienne est descendue ? La situation changeant d’heure en heure, voici trois points essentiels :

1. Liberman ne bluffe pas

En observant Liberman, le chef d’Yisrael Beytenu, savourer son moment sous les projecteurs lors de sa conférence de presse lundi après-midi, il était évident qu’il ne bluffait pas.

Si le projet de loi ultra-orthodoxe sur la conscription militaire n’est pas adopté dans sa forme actuelle, il ne rejoindra pas la coalition. Ce n’est pas parce que le projet de loi, tel qu’il est, augmentera rapidement et radicalement les quotas d’enrôlement dans la communauté ultra-orthodoxe. Ce ne sera pas le cas. La proportion de jeunes hommes ultra-orthodoxes qui assument l’obligation du service militaire dans Tsahal passera progressivement d’environ 10 % à 20 % en une décennie. Ce n’est pas non plus parce que Liberman est véritablement attaché à chaque virgule du texte actuel, qui a passé une première lecture à la Knesset en juillet dernier.

Avigdor Liberman, chef du parti Yisrael Beytenu, prend la parole lors d’une réunion de faction concernant les négociations de la coalition, à la Knesset, le 27 mai 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

C’est plutôt parce que Liberman s’oppose par principe aux ultra-orthodoxes et qu’il estime avoir beaucoup à gagner et peu à perdre en le faisant. Ses électeurs (et bien d’autres d’ailleurs) appuient sa vision anti-théocratique. Il croit que Netanyahu – qu’il considère avec un mépris presque non déguisé – capitule devant les partis ultra-orthodoxes avec une régularité lamentable.

Si les ultra-orthodoxes cèdent et laissent passer la loi telle qu’elle est, Liberman aura remporté une victoire politique et pourrait à l’avenir être celui qui a combattu le chantage des ultra-orthodoxes. (Il aura aussi fait transpirer Netanyahu). Et s’ils ne cèdent pas, et qu’Israël retourne aux élections, il compte obtenir un soutien aux dépens du Likud, un parti qu’il a notamment fustigé lors de sa conférence de presse. (Et il aura fait transpirer Netanyahu bien plus encore).

2. Les ultra-orthodoxes ne bluffent peut-être pas non plus.

Les ultra-orthodoxes vont-ils donc reculer et, comme Liberman l’a suggéré, retirer leurs objections au projet de loi tel qu’il est – ce qui, de toute façon, ne changera guère la non-participation écrasante de leur communauté au service militaire dans Tsahal ? Vont-ils, comme Liberman l’a suggéré, manger leur chapeau, quitter la séance plénière le jour du vote et se contenter d’autres concessions financières qu’ils ne manqueront pas de soutirer à Netanyahu pour leur reculade ?

Le vice-ministre de la Santé, Yaakov Litzman, leader du parti religieux Agoudat Israel, arrive à Jérusalem pour une rencontre avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 26 mai 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Personne d’autre que leurs dirigeants – les politiciens et les sages – n’a la réponse à cette question à l’heure actuelle. En effet, il est fort probable que même les politiciens et sages ultra-orthodoxes n’ont pas encore finalisé leur position. Après tout, la date limite pour former une coalition est encore à plus de deux jours (et Netanyahu pourrait peut-être obtenir plus de temps même après minuit mercredi).

3. Mais Netanyahu ne souhaite vraiment pas la tenue d’élections.

Le Premier ministre a demandé à ses collègues du Likud de préparer de nouvelles élections si nécessaire, mais le fait est qu’il veut désespérément les éviter, et qu’il veut désespérément boucler sa coalition prévue, de 65 personnes avec Liberman, les ultra-orthodoxes et autres.

De manière critique, le recours à un autre vote national signifie que la Knesset ne peut pas entreprendre les diverses initiatives législatives qu’il recherche afin d’éviter des poursuites potentielles pour fraude et abus de confiance, et un chef de corruption, dans les trois affaires contre lui. Son audience pré-accusation est prévue pour octobre. Il n’aura que peu ou pas le temps de mener une guerre législative contre les procureurs d’Etat si la Knesset est à nouveau dissoute.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu serre la main de Gideon Saar (à droite) à son arrivée au centre du patrimoine Menachem Begin à Jérusalem, le 11 mars 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pire encore, il craindra que les dissidents du Likud – dirigés par Gideon Saar – ne s’enhardissent davantage s’il ne parvient pas à former une coalition. Saar a ouvertement contesté l’idée de modifier la loi actuelle sur l’immunité, mais n’a pas directement défié Netanyahu. Pourtant, si les rivaux ambitieux du Premier ministre sentent la faiblesse et commencent à perdre leur peur d’affronter directement Netanyahu, sa prise du pouvoir – qui semblait si ferme aux premières heures du 10 avril – pourrait prendre un risque réel pour la première fois depuis des années.

En dépit de la préoccupation déclarée de Netanyahu selon laquelle Saar a depuis longtemps comploté pour l’évincer, rien n’indique au moment d’écrire ces lignes que la position immuable de Liberman fait partie d’une vaste conspiration impliquant les dissidents du Likud, les députés d’opposition, le président Reuven Rivlin, Ayelet Shaked, et tous les autres. Mais toutes sortes d’alliances deviennent possibles dès que le Premier ministre est perçu comme étant en difficulté. Et Netanyahu aura de gros ennuis s’il ne parvient pas à réconcilier Liberman et les Haredim.

Mais n’oubliez pas

Deux jours, c’est très très long dans la politique israélienne.

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