France : Retour sur l’audition d’Abbas à la commission des Affaires étrangères du Sénat
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'Tous les pays qui reconnaissent Israël devraient reconnaitre la Palestine'

France : Retour sur l’audition d’Abbas à la commission des Affaires étrangères du Sénat

Le président de l'AP, en visite à Paris, a indiqué que la loi de Régulation pourrait être une menace à la coopération sécuritaire, a abordé la relation avec Washington et le Hamas et est revenu sur l'UNESCO

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d'une déclaration conjointe avec le président français après leur réunion au Palais présidentiel de l'Elysée à Paris, le 7 février 2017. (Crédit : Stéphane de Sakutin/AFP)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d'une déclaration conjointe avec le président français après leur réunion au Palais présidentiel de l'Elysée à Paris, le 7 février 2017. (Crédit : Stéphane de Sakutin/AFP)

Le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas s’est adressé mercredi au Sénat à Paris devant la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, présidée par Jean-Pierre Raffarin, qui a rappelé le désir de la France de contribuer à la mise en place de la solution à deux États.

Abbas a abordé divers sujets, tels que la loi de Régulation, la reconnaissance de l’État palestinien, le statut de Jérusalem Est, la relation avec la nouvelle administration américaine, celle avec le groupe terroriste palestinien du Hamas et est revenu sur les résolutions de l’ONU et de l’UNESCO.

État palestinien

En s’adressant aux sénateurs français, Abbas a soutenu qu’au vu des nouvelles mesures israéliennes concernant les implantations, les Etats qui veulent préserver la solution à deux états devraient officiellement reconnaître la Palestine.

« Comme vous le savez, 11 Parlements européens [dont la France en novembre 2014] ont recommandé que leurs gouvernements reconnaissent l’Etat de Palestine, au motif que le maintien de la solution des deux Etats, en l’absence de la possibilité d’une solution politique, oblige les Etats qui reconnaissent Israël à reconnaître deux Etats, et pas seulement un Etat », a déclaré Abbas aux sénateurs français.

La « solution à 2 États voudrait que tous les pays qui reconnaissent Israël reconnaissent la Palestine ».

S’adressant mercredi au Times of Israel, l’ambassadrice de France en Israël, Hélène Le Gal, a déclaré : « Nous ne sommes pas d’humeur à reconnaître la Palestine ».

Elle a ajouté que Paris aimerait que les deux parties « retournent aux négociations et agissent en conséquence ».

Loi de Régulation

Lundi soir, le Parlement a adopté la très controversée législation par 60 voix contre 52. La loi, qui sera probablement annulée par la Haute cour de Justice, légalise de manière rétroactive les avant-postes israéliens de Cisjordanie construits sur des terrains palestiniens privés.

Hélène Le Gal, ambassadrice de France en Israël, à la résidence présidentielle, à Jérusalem, le 12 décembre 2016. (Crédit : Isaac Harari/Flash90)
Hélène Le Gal, ambassadrice de France en Israël, à la résidence présidentielle, à Jérusalem, le 12 décembre 2016. (Crédit : Isaac Harari/Flash90)

« C’est troublant pour la communauté internationale, qui se demande si elle doit faire confiance à Israël quand Israël dit qu’il est prêt à discuter avec son voisin, les Palestiniens, pour atteindre un accord sur la solution à deux états », avait aussi déclaré mercredi matin Hélène Le Gal à la radio militaire, en faisant référence à la loi de Régulation adoptée par la Knesset.

Abbas a en l’occurrence averti les sénateurs français qu’il devrait peut-être interrompre la coopération sécuritaire avec Israël (il existe une coordination sécuritaire étendue et intense entre l’armée israélienne et les forces d’Abbas en Cisjordanie, principalement pour faire en sorte que le Hamas et d’autres groupes terroristes ne puissent pas y étendre leur présence) si les constructions dans les implantations en Cisjordanie venaient à se poursuivre, en faisant à son tour référence à la loi de Régulation, vivement contestée par des instances internationales et des pays alliés de l’État hébreu.

La loi a été aussi vivement critiquée par la communauté internationale, notamment par les Nations unies, l’Union européenne, la France, le Royaume-Uni, la Turquie, l’Egypte.

L’Allemagne a de son côté fait part de sa déception, soulignant que la confiance dans l’engagement d’Israël en faveur d’une solution à deux états “a été profondément ébranlée” par la loi controversée.

Certains Israéliens de droite se sont opposés à la loi, notamment des membres de la coalition gouvernementale qui ont voté en sa faveur et le procureur général Avichai Mandelblit.

Le procureur général Avichai Mandelblit à Jérusalem, le 5 juillet 2015. (Crédit : Emil Salman/POOL)
Le procureur général Avichai Mandelblit à Jérusalem, le 5 juillet 2015. (Crédit : Emil Salman/POOL)

« Nous sommes engagés dans la voie de la paix et de la sécurité mais j’ai un plafond », a déclaré Abbas devant la commission du Sénat.

Coopération sécuritaire entre Palestiniens et Israéliens

« Par exemple, si Israël continuait la colonisation, nous avons des décisions pour arrêter la coopération sécuritaire avec Israël mais j’ai bloqué la mise en oeuvre de cette décision jusqu’à maintenant », a-t-il ajouté, selon la traduction en français de ses propos, cités par Le Figaro.

« Mais si la colonisation se poursuit, je n’aurai pas d’autre choix que de le faire, je n’en serai pas responsable, c’est le gouvernement israélien qui est responsable parce qu’il poursuit et intensifie cette colonisation », a-t-il souligné.

« Nous continuerons à travailler avec les tribunaux internationaux pour protéger notre vie sur la terre de Palestine, » a poursuivi le chef de l’AP qui a salué le rôle de la France, qui selon lui, « a toujours soutenu les efforts en vue d’une paix juste et globale dans notre région. »

« Le monde acceptera-t-il, au 21e siècle, que nous revenions à un système d’apartheid ? » a demandé Abbas, comparant la situation des Palestiniens à celle de l’ancien régime qui avait cours en Afrique du Sud.

Le président de l’AP a demandé à Israël de respecter les résolutions de l’ONU dont celle qui a été votée le 23 décembre suite à l’abstention de l’administration d’Obama – la résolution 2334.

Le président de l’AP a par ailleurs évoqué les tentatives de réconciliation avec le groupe terroriste palestinien du Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza. « Nous avons un dialogue en cours avec le Hamas pour parvenir à une réconciliation pacifique, » a-t-il souligné. Néanmoins, toutes ces tentatives sont jusqu’ici restées vaines.

La commission électorale palestinienne a annoncé lundi le calendrier pour les municipales repoussées à mai prochain par l’Autorité palestinienne, en dépit du rejet de ce scrutin par le puissant mouvement terroriste du Hamas.

L’Autorité palestinienne et la nouvelle administration américaine

Erekat a récemment déclaré que les responsables de la Maison Blanche, dont Jared Kushner, qui devrait devenir l’agent de liaison pour le Moyen Orient de l’administration Trump, ne répondaient pas aux messages des Palestiniens.

Mercredi, Abbas a dit attendre « que le président Trump dise sa décision sur le transfert ou non de leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem ».

Si l’ambassade des États-Unis en Israël est transférée à Jérusalem, « la reconnaissance de l’État d’Israël par l’OLP sera révoquée le jour même, » avait prévenu mardi à Paris le numéro deux de l’Organisation de libération de la Palestine, Saëb Erekat.

« Si les Américains ou qui que ce soit d’autre déménagent leur ambassade, c’est un fait accompli, la reconnaissance de l’annexion de Jérusalem-Est, point final », avait précisé le principal négociateur palestinien lors d’une conférence à Paris.

« Pour nous Palestiniens, avoir un État sans Jérusalem-Est comme capitale n’a aucun sens ».

« Si nous nous réveillons un matin, allumons Fox News ou CNN et apprenons que quelqu’un a pris la décision de déménager l’ambassade, le jour même la reconnaissance par l’OLP de l’État d’Israël sera révoquée, et l’État de Palestine demandera son accession à seize organisations internationales », avait-il ajouté.

Saeb Erekat (photo credit: Issan Rimawi/Flash90)
Saeb Erekat (Crédit : Issan Rimawi/Flash90)

Début janvier, avant même la prise de fonction de Donald Trump à la présidence des États-Unis, Abbas avait prévenu que le déménagement de l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem, annoncé dans le programme de M. Trump, représentait une « ligne rouge » et que « le processus de paix au Moyen-Orient, et même dans le monde, en subirait les graves conséquences ».

Après avoir révoqué la reconnaissance d’Israël, « nous demanderons à la puissance occupante israélienne d’assumer ses responsabilités », a poursuivi Erekat. « Plus besoin de nous envoyer de l’argent, c’est la responsabilité de la puissance occupante de payer les salaires ».

« Puis nous irons devant les Nations Unies et demanderont que l’adhésion d’Israël, pays qui n’obéit à aucune résolution, aucune loi internationale, soit suspendue jusqu’à ce que son comportement change », a-t-il assuré.

Le statut de Jérusalem est l’une des questions les plus épineuses du conflit israélo-palestinien.

Trump a nommé en décembre comme futur ambassadeur en Israël David Friedman qui, aussitôt désigné, a dit avoir hâte de remplir sa mission « dans la capitale éternelle d’Israël, Jérusalem ».

La Maison Blanche a toutefois semblé écarter le 22 janvier l’hypothèse d’une annonce imminente sur le transfert. « Nous en sommes au tout début du processus consistant ne serait-ce qu’à aborder ce sujet », a déclaré à l’AFP Sean Spicer, porte-parole de l’exécutif américain.

David Friedman, alors conseiller sur Israël de Donald Trump, pendant un évènement pro-Trump à Jérusalem, le 26 octobre 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)
David Friedman, alors conseiller sur Israël de Donald Trump, pendant un évènement pro-Trump à Jérusalem, le 26 octobre 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

Mercredi, Abbas a rappelé la volonté des Palestiniens de faire de Jérusalem Est, la capitale d’un futur état palestinien. « Nous voulons que cette ville soit ouverte aux trois religions monothéistes… Chacun aura le droit de pratiquer sa religion. »

En ajoutant que : « la tentative israélienne de déformer notre position à l’UNESCO est une grande erreur. Nous affirmons la nécessité pour Israël de respecter le droit international, les accords conclus pour ne pas changer l’identité de Jérusalem Est et ne pas porter atteinte aux Lieux saints chrétiens et musulmans et ne pas accepter d’agression ou d’atteinte à ces lieux à l’UNESCO. Il y avait des aspects [de type] héritage et non l’aspect religieux, les lieux historiques. Israël n’a pas le droit de s’opposer à ces résolutions car l’UNESCO n’intervient pas dans l’aspect religieux, – chrétien, musulman, ou juif – l’UNESCO a considéré juste l’état des lieux historiques. »

Le président François Hollande s’était alors excusé du vote de la France dans cette résolution.

Abordant les récentes critiques d’Israël contre un vote de l’UNESCO qui a ignoré les liens juifs au mont du Temple à Jérusalem, Abbas a dit : « Nous ne sommes pas contre la religion juive. Nous la respectons plutôt et considérons ce qui est arrivé aux Juifs de l’Holocauste, comme la pire catastrophe humaine ».

Abbas, dont la thèse de doctorat a posé la question de savoir si 6 millions de juifs ont été tués par les nazis, a décrit ces dernières années à plusieurs reprises l’Holocauste comme le « pire désastre humain ».

« Nous avons des citoyens juifs en Palestine, les Samaritains juifs, et ils sont une partie essentielle du peuple palestinien. Ils jouissent de leurs pleins droits comme le font les Palestiniens musulmans et chrétiens », a déclaré Abbas, faisant référence à la petite communauté samaritaine vivant près de Naplouse.

Les Samaritains se considèrent comme les vrais descendants des anciens Israélites.

Sur la Déclaration Balfour

Durant son discours, Abbas a également fustigé la Première ministre britannique Theresa May, parce qu’elle a invité Netanyahu à prendre part, en novembre prochain, aux célébrations du centenaire de la Déclaration Balfour à Londres.

« Nous avons été très surpris et nous condamnons [l’invitation], et nous appelons la Grande-Bretagne à présenter ses excuses au peuple palestinien pour la destruction et le déplacement qu’il a subi », a déclaré Abbas.

« Nous demandons [à la Grande-Bretagne] de reconnaître l’État palestinien en accord avec les recommandations de la Chambres des Communes en 2014 », a-t-il ajouté.

Netanyahu a réagi à cette invitation : « Alors que les Palestiniens veulent attaquer la Grande-Bretagne à cause de la Déclaration Balfour, le Premier ministre britannique a invité son homologue israélien pour marquer le centenaire de cette déclaration. Cela en dit long. »

En juillet, l’Autorité palestinienne a annoncé son intention de déposer une plainte contre le gouvernement britannique au sujet du document de 1917 qui a ouvert la voie à la Création de l’État d’Israël.

Lord Arthur James Balfour, secrétaire aux Affaires étrangères du Royaume-Uni en 1917, et le texte de la déclaration qui porte son nom et soutient l'établissement d'un foyer national juif en Palestine. (Crédit : Domaine public/Wikipédia)
Lord Arthur James Balfour, secrétaire aux Affaires étrangères du Royaume-Uni en 1917, et le texte de la déclaration qui porte son nom et soutient l’établissement d’un foyer national juif en Palestine. (Crédit : Domaine public/Wikipédia)

Pour visionner l’audition complète :

Raphael Ahren a contribué à cet article.

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