Heurts entre policiers et ultra-orthodoxes lors d’une manifestation contre le service militaire
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Heurts entre policiers et ultra-orthodoxes lors d’une manifestation contre le service militaire

La police a employé des canons à eau et la police montée pour déloger les manifestants qui bloquent la circulation sur les artères principales en pleine heure de pointe

Des manifestants ultra-orthodoxes protestent contre l'arrestation d'un étudiant en yeshiva qui a failli a ses obligations militaires, dans le quartier de Mea Shearim, le 7 février 2017. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash 90)
Des manifestants ultra-orthodoxes protestent contre l'arrestation d'un étudiant en yeshiva qui a failli a ses obligations militaires, dans le quartier de Mea Shearim, le 7 février 2017. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash 90)

La police a utilisé des canons à eau et a fait appel à la police montée pour tenter d’empêcher les centaines de manifestants ultra-orthodoxes de bloquer les artères principales en pleine heure de pointe dans le cadre de plusieurs manifestations au sujet d’un déserteur. Au moins 24 manifestants ont été arrêtés.

Des membres de la communauté ultra-orthodoxe, qui représentent environ 10 % de la population israélienne et qui vivent dans un strict respect des lois du judaïsme, ont organisé une manifestation nocturne pour protester contre la détention administrative d’un jeune homme haredi, arrêté pour ne pas s’être présenté devant les services d’enrôlement.

Les manifestations ont gagné en intensité jeudi soir, après que la détention administrative a été prolongée de 10 jours pour ce jeune déserteur.

Les manifestants ont bloqué les artères principales à travers le pays, causant ainsi d’importants embouteillages en pleine heure de pointe en ce début de week-end. La circulation a été immobilisée sur la Route 1, l’autoroute qui relie Tel Aviv à Jérusalem, après avoir couru sur la voie et bloqué des véhicules à l’échangeur de Latrun.

La police a rouvert la voie un peu plus tard.

À Jérusalem, la police montée a chargé sur certains manifestants, et d’autres ont été touchés par des canons à eau, alors qu’ils préparaient un siège au niveau de l’échangeur de Bar Ilan, une artère qui permet de quitter la capitale.

La police avait déclaré avant les manifestations qu’elle « respecte le droit à la manifestation » mais qu’elle « ne permettra pas aux perturbateurs de violer la loi et de mettre en danger la vie » des citoyens israéliens.

Dix manifestants ont été arrêtés au niveau de Bar Ilan. Les hommes ultra-orthodoxes ont proféré des injures à l’attention des agents de police qui les faisaient quitter la rue. Une policière a été traitée de shiktsa, un terme péjoratif en yiddish utilisé pour décrire une femme non-juive, selon les médias israéliens.

Le service militaire, de deux ans et huit mois pour les hommes et deux ans pour les femmes, est obligatoire en Israël, sauf exception comme pour les Arabes israéliens. Mais de nombreux membres de la communauté ultra-orthodoxe y échappent, car ils bénéficient de dispenses généralisées au nom des études religieuses. En effet, une partie des ultra-orthodoxes considèrent le service militaire comme une source de tentations pour les jeunes, sortis du monde fermé de la prière et de l’étude religieuse.

Les étudiants religieux à temps plein dans les yeshivot (écoles ultra-orthodoxes) peuvent donc demander un report ou une exemption, mais ils doivent s’enregistrer au bureau de recrutement.

Certains d’entre eux refusent totalement de coopérer avec les autorités et sont considérés déserteurs. Ils risquent la détention militaire. C’est le cas du jeune homme de 24 ans, qui a suscité cette manifestation.

En plus des arrestations de Jérusalem, deux autres personnes ont été arrêtées par la police à Beit Shemesh, qui compte une importante population ultra-orthodoxe. D’autres manifestations ont été signalées dans les villes de Bnei Brak, Ashdod, Elad, Beitar Illit et près de Modiin, au niveau de l’échangeur de Shilat.

Le rabbin Shmuel Auerbach s'adresse à ses étudiants à Ramat Beit Shemesh le 2 juin 2016. (Crédit : Yaakov Lederman/Flash90)
Le rabbin Shmuel Auerbach s’adresse à ses étudiants à Ramat Beit Shemesh le 2 juin 2016. (Crédit : Yaakov Lederman/Flash90)

En réaction aux manifestations, Liberman a demandé au député Oded Forer, du parti Yisrael Beytenu de « travailler avec les ministères concernés pour stopper le financement de ces yeshivot ». Il s’agit des établissements de la yeshiva de Maalot HaTorah à Jérusalem et à ceux de la yeshiva Grudna à Ashdod, toutes deux sous l’égide du rabbin Shmouel Auerbach, un militant anti-enrôlement.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman à l’intention de prendre des mesures pour agir contre les deux séminaires ultra-orthodoxes après que des violentes manifestations contre la détention d’un membre de la communauté déserteur, a déclaré son cabinet.

« C’est une réponse aux émeutes et à l’incitation des étudiants du rabbin Auerbach, sur l’arrestation d’un étudiant de yeshiva déserteur », a déclaré Liberman.

Le ministre de la Défense a également ordonné à son ministre de reconsidérer les reports systématiques accordés aux étudiants de ces deux yeshivot.

Bien que certains rabbins ultra-orthodoxes aient commencé à encourager leurs communautés à rejoindre les rangs de l’armée, d’autres, notamment Auerbach, maintiennent une opposition virulente au nom d’une idéologie.

Affrontements entre forces de l'ordre et manifestants ultra-orthodoxes, qui protestent contre l'arrestation d'un déserteur, le 9 février 2017. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash90)
Affrontements entre forces de l’ordre et manifestants ultra-orthodoxes, qui protestent contre l’arrestation d’un déserteur, le 9 février 2017. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash90)

La réforme adoptée en 2014 à la Knesset, qui vise à supprimer les dispenses et augmenter progressivement le nombre de recrues ultra-orthodoxes, a suscité une opposition virulente de la part de nombreuses communauté religieuses, qui considèrent l’armée comme une menace pour leur mode de vie.

À la fin du mois de novembre, la Knesset a approuvé un amendement à la loi sur l’égalité du service militaire, faisant drastiquement marche arrière sur les réformes de 2014 et abolissant les pénalités imposées sur les quotas annuels de recrues ultra-orthodoxes n’étaient pas atteints.

Stuart Winer et Judah Ari Gross ont contribué à cet article.

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