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La musique peut-elle unir Palestiniens et Israéliens ? Un chanteur druze pense que oui

Surnommé "le Druze prodige", Mike Sharif chante "En hébreu à Hébron, en arabe à Tel-Aviv" ; "La politique ne permet pas de rassembler les gens de cette façon", dit-il

Le chanteur druze israélien Mike Sharif est photographié lors d'une interview avec l'AFP dans le village de Daliyat al-Karmel, dans le nord d'Israël, le 10 janvier 2022. (Crédit : Jalaa Marey/AFP)
Le chanteur druze israélien Mike Sharif est photographié lors d'une interview avec l'AFP dans le village de Daliyat al-Karmel, dans le nord d'Israël, le 10 janvier 2022. (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

« Yalla, Yalla, levez vos mains! », lance en arabe le chanteur druze israélien Mike Sharif à la foule de Palestiniens qui se trémoussent sur l’un de ses hits en hébreu, dont ils entonnent le refrain, lors d’un mariage en Cisjordanie.

La scène, d’autant plus insolite qu’elle s’est déroulée il y a quelques mois à Yatta, un village palestinien situé près de Hébron, dans une zone de friction fréquente entre armée, Israéliens et Palestiniens, a fait le buzz sur les réseaux sociaux et dans les médias locaux.

« J’avais préparé trois heures de spectacle uniquement en arabe. Au bout d’une demi-heure, tout le monde –-les familles des mariés, les invités-– m’a demandé de chanter en hébreu », explique à l’AFP le chanteur druze à Daliat al-Carmel, dans le nord d’Israël.

Les Druzes, minorité arabophone professant une foi issue d’un islam hétérodoxe, comptent environ 140 000 en Israël et sur le plateau du Golan.

Surnommé « le Druze prodige » après avoir remporté un concours télévisé à l’âge de 12 ans, Mike Sharif, aujourd’hui la quarantaine, est devenu célèbre avec ses morceaux de pop mizrahi (orientale) dans les années 90, en Israël, mais aussi en Cisjordanie, à Gaza, et dans des pays arabes.

« J’ai toujours appartenu à tout le monde », dit celui qui s’auto-proclame « ambassadeur de la paix » entre Israéliens et Palestiniens.

Le chanteur druze israélien Mike Sharif est photographié lors d’une interview avec l’AFP dans le village de Daliyat al-Karmel, dans le nord d’Israël, le 10 janvier 2022. (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

« En hébreu à Hébron, en arabe à Tel-Aviv »

Dès les débuts de la pop mizrahi, influencée par les cultures juives du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, un jeu d’influences réciproques s’est établi avec la musique des territoires arabes voisins.

Aujourd’hui, des chanteurs comme Eyal Golan, le plus populaire en Israël, ou Eden Ben Zaken, comptent des fans chez les Palestiniens. A l’inverse, les grands noms de la musique arabe – Oum Kalthoum, Fairouz ou Farid al-Atrache – sont depuis longtemps populaires parmi les Israéliens.

Une proximité musicale qui, selon Mike Sharif, devrait permettre « d’unir tout le monde » et de contribuer à mettre fin aux conflits. « Je chante en hébreu à Hébron, en arabe à Tel-Aviv. Je chante dans les deux langues et tout le monde chante des deux côtés. La musique peut contribuer à la paix. La politique ne permet pas de rassembler les gens de cette façon », estime-t-il.

Mais sa prestation à Yatta a été suivie de critiques, voire de menaces de part et d’autre, certains Palestiniens et Israéliens le qualifiant de « traître », les premiers pour avoir chanté en hébreu en Cisjordanie , les seconds pour s’être produit dans un mariage palestinien.

Et après avoir affirmé qu’il voulait être « le premier chanteur israélien à se produire dans la bande de Gaza », territoire sous contrôle du groupe terroriste islamiste du Hamas et interdit d’entrée aux Israéliens, il a abandonné l’idée « en raison des tensions », dit-il, sans détailler.

« Expérience émotionnelle » –

Pour Oded Erez, spécialiste de musique populaire à l’université Bar-Ilan près de Tel-Aviv, la musique comme pont entre Israéliens et Palestiniens appartient aux « années d’Oslo », celles du début des années 90 suivant la signature des accords intérimaires sur l’autonomie dans les territoires palestiniens, quand des chanteuses juives comme Zehava Ben ou Sarit Hadad se produisaient en arabe avec des chansons de Oum Kalthoum dans des villes palestiniennes.

Mais, aujourd’hui, selon le musicologue, « un investissement partagé dans une musique, un style musical, un son commun n’est pas à lui seul une plateforme pour un changement politique ou une réconciliation (…) il doit être explicitement mobilisé au niveau politique ».

Et la proximité musicale entre Palestiniens et Israéliens est réduite à « une expérience physique et émotionnelle » et non politique, dit-il.

La demande du public palestinien lors de la prestation de Mike Sharif n’était ainsi pas une demande « pour l’hébreu en tant que tel, mais pour ses hits des années 90, chantés en hébreu, et entrés dans les canons du répertoire des mariages palestiniens », explique-t-il.

Il en va de même pour le titre « Le son de la poudre à feu », composé en 2018 en l’honneur d’un chef de gang d’un camp de réfugiés près de Naplouse en Cisjordanie, joué en boucle en arabe dans des mariages israéliens, ajoute le musicologue.

« Quand il y a de la musique, les gens se déconnectent de toutes les guerres, de la politique, des différences d’opinion », conclut Mike Sharif. « Ils oublient tout, ils sont juste concentrés sur la musique ».

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