Israël en guerre - Jour 150

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« L’armée ne se prépare pas pour des événements qu’elle estime être impossibles » – enquête du NY Times

Le journal a étudié la réponse désorganisée et médiocre qui a été apportée par l'armée à l'invasion meurtrière du Hamas au fur et à mesure qu'elle se déroulait

Un Palestinien monté sur un char israélien à la clôture frontalière près de la ville de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, après l'invasion d'environ 3000 terroristes du Hamas qui ont massacré 1200 personnes dans le sud d'Israël, le 7 octobre 2023. (Crédit : Yousef Mohammed/Flash90)
Un Palestinien monté sur un char israélien à la clôture frontalière près de la ville de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, après l'invasion d'environ 3000 terroristes du Hamas qui ont massacré 1200 personnes dans le sud d'Israël, le 7 octobre 2023. (Crédit : Yousef Mohammed/Flash90)

L’absence de plan à mettre en œuvre dans la prise en charge d’une attaque massive du Hamas contre le pays a contribué à la réponse lente et inefficace qui a été apportée par Israël le 7 octobre, jour du massacre historique qui a été commis par les terroristes du groupe, a fait savoir le New York Times dans un reportage publié samedi et qui s’est concentré sur les échecs opérationnels des militaires survenus au fur et à mesure que se déroulait l’assaut.

Ce reportage d’investigation s’est basé sur des entretiens avec des soldats actuellement en service et avec d’anciens militaires, officiers et responsables, qui ont témoigné, pour certains, sous couvert d’anonymat.

« Il n’y avait pas de plan de défense dans le cas d’une attaque-surprise », a dit Amir Avivi, ancien responsable adjoint de la Division de Gaza, au journal, tandis que l’ancien Conseiller à la sécurité nationale Yaakov Amidror a ajouté que « l’armée ne se prépare pas pour des événements qu’elle estime être impossibles ».

Beaucoup de choses ont été écrites au sujet des échecs essuyés par les services de Renseignement israéliens – des échecs qui ont finalement permis au Hamas de prendre Israël par surprise lors de son assaut brutal contre les communautés du sud d’Israël. Les terroristes ont tué plus de 1 200 personnes, des civils en majorité, froidement exécutés dans leurs habitations. Des festivaliers qui participaient à une rave-party avaient aussi été massacrés. Des atrocités avaient été commises pendant cette journée – des viols, des mises à mort, des victimes qui avaient été brûlées vives. 240 personnes avaient par ailleurs été kidnappées et prises en otage à Gaza.

Un aspect de l’assaut attire toutefois l’attention : celui de la réponse lente et médiocre de Tsahal à l’attaque et ce, dès son commencement, aux premières heures de la matinée du 7 octobre. Ce sont de multiples échecs en matière de stratégie de défense et de défaillances impliquant les systèmes de commandement et de contrôle qui auront autorisé les hommes armés à semer la désolation pendant de trop longues heures, assassinant et pillant.

Le reportage du New York Times dépeint une armée qui, le 7 octobre et pendant une partie bien trop importante de la journée, a été dans l’incapacité de comprendre l’ampleur de l’attaque, envoyant des équipes mal outillées affronter seules les répercussions d’un assaut massif. Alors que Tsahal était aux prises avec la situation inimaginable que connaissait le sud d’Israël, ce jour-là, le premier déploiement de troupes avait eu lieu à 7 heures 43 du matin – plus d’une heure après l’assaut des terroristes sur le territoire – lorsque l’ordre avait été donné à toutes les forces d’urgence de partir vers le sud.

Le reportage met aussi l’accent sur l’attaque perpétrée par les hommes armés contre la base de la Division de Gaza, à Reïm – une attaque qui aurait été déterminante dans la réussite et dans la poursuite de l’assaut. Alors que les terroristes lançaient une opération dans la base, les soldats et les commandants assiégés s’étaient retrouvés en train de tenter de la défendre au lieu de prendre la tête des combats qui auraient dû avoir lieu dans les communautés des alentours, qui étaient mises à feu et à sang.

Yom-Tov Samia (Crédit : capture d’écran YouTube)

Le général réserviste Yom Tov Samia, ancien chef du Commandement du sud, a dénoncé auprès du journal la concentration intenable sur la même base du commandement de la Division de Gaza et des centres de Commandement des deux Brigades de Gaza, ce qui a impliqué qu’une seule attaque efficace de la part des hommes du Hamas a permis de paralyser toute la structure de commandement responsable de la coordination de l’intégralité des activités militaires dans la région.

« Dans le même camp, il y avait les trois – au même endroit… Quelle erreur. Quelle erreur ! », a-t-il commenté.

Le reportage a fait remarquer que les services de renseignement militaire savaient depuis longtemps que le Hamas voulait s’emparer de cette base mais que l’armée israélienne ne croyait pas que le groupe terroriste était en capacité de le faire.

En l’absence de directives et d’ordres clairs, de nombreuses unités, ainsi que les soldats réservistes, avaient regardé les journaux télévisés et utilisé des applications comme WhatsApp et Telegram pour glaner des informations sur les cibles et sur les endroits qui avaient besoin d’une assistance.

Des Palestiniens prenant le contrôle d’un char israélien après avoir franchi la barrière frontalière avec Israël depuis Khan Yunis, dans le sud de la Bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

Cette situation insoutenable dans le sud avait entraîné un ordre rare de la part du chef de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, à neuf heures du matin, disant que « toutes les personnes formées au combat et tous les employés en possession d’une arme doivent aller dans le sud ».

Le reportage a fait remarquer qu’en plus du manque de préparation le long de la frontière avec Gaza, deux unités de commando de plus de cent soldats avaient été déplacées, le 5 octobre, en Cisjordanie, pendant la fête juive de Souccot.

« En réalité, il n’y avait aucune préparation défensive digne de ce nom, aucune pratique, aucun équipement et aucune force de renfort pour une opération d’une telle envergure », a confié le général Samia au New York Times.

D’autres personnes interrogées ont déclaré que les seuls protocoles mis en place dans le cas d’une incursion prévoyaient un déploiement survenant seulement en l’espace de 24 heures, en présumant que les troupes anticiperaient de tels événements par le biais des services de renseignement militaires.

« La procédure établit qu’un bataillon est prêt au combat en l’espace de vingt-quatre heures. Il y a une liste de choses à contrôler pour autoriser la distribution de tout ce qui est nécessaire. C’est ce que nous faisons depuis de nombreuses années », a déclaré le major réserviste Davidi Ben Zion.

Les terroristes du Hamas sous une base militaire à la clôture séparant Israël et Gaza, le 7 octobre 2023. (Capture d’écran : Kan TV; used in accordance with Clause 27a of the Copyright Law)

De nombreux soldats étaient partis vers le sud de leur propre chef – et notamment le général de brigade Barak Hiram, à la tête de la 99e Division d’infanterie, qui avait dit aux médias israéliens qu’il avait reçu des messages provenant de militaires – « Venez nous sauver » ; « Envoyez rapidement l’armée, ils sont en train de nous tuer » ou « excusez-nous de nous déranger mais nous n’avons plus d’armes ». Ils étaient partis relativement peu armés en direction du territoire assiégé, sous-préparés pour la bataille qui les attendait dans le sud.

Même au sein de l’unité de commando d’élite Maglan, stationnée à seulement 25 minutes de Gaza, il n’y avait pas eu « de mission concrète » à mener, a appris le Times, et les soldats avaient seulement été informés de « prendre une arme » pour « sauver des gens ».

Les forces de l’ordre israéliennes inspectent des véhicules calcinés, incendiés lors de l’attaque sanglante du 7 octobre perpétrée par des terroristes du Hamas, dans les environs de Netivot, dans le sud d’Israël (Crédit : AP/Ariel Schalit)

La fête juive de Souccot avait aussi ajouté au manque de réactivité. Alors que trois bataillons d’infanterie et un bataillon de chars étaient stationnés le long de la frontière avec Gaza, a noté le reportage, un haut-responsable militaire a estimé que peut-être la moitié des 1 500 soldats présents s’était absentée pour la journée.

Pour les forces qui étaient parties tout de go vers le sud, de nouveaux retards avaient été entraînés par la prise de contrôle rapide, par les hommes du Hamas, des voies de circulation de la région – ils avaient lancé des embuscades sur les routes menant vers le sud, attaquant les militaires à leur arrivée et obligeant ces derniers à interrompre leur avancée vers les communautés en détresse.

Une fresque, accompagné de l’inscription : « Les fleurs continueront à pousser », à l’extérieur du centre de commandement d’observation de Tsahal à la base de Reim, le 5 novembre 2023. (Crédit : Armée israélienne)

L’attaque du 7 octobre a été à l’origine de la pire guerre ayant opposé Israël au Hamas à Gaza – une guerre qui vise à renverser la gouvernance du groupe terroriste à Gaza et à éliminer toute sa structure de commandement. Une grande partie du nord de la bande a été détruite par l’armée de l’air et les combats ont fait des milliers de morts.

La performance de Tsahal, depuis le lancement de cette offensive à Gaza, a été saluée de manière générale au sein de l’État juif, avec un nombre de pertes moins important que cela n’avait été anticipé initialement dans le cadre d’une guérilla urbaine menée au sein des bastions terroristes de l’enclave côtière – des localités agrémentées de vastes réseaux de tunnels, de bâtiments piégés, avec des rues propices aux embuscades. Israël a obtenu des résultats militaires significatifs depuis le début de l’incursion au sol, il y a deux mois.

Mais au lendemain de la guerre contre le Hamas, le pays devrait lancer des investigations massives pour déterminer quels sont les échecs politiques, opérationnels et en matière de renseignement qui ont permis aux atrocités du 7 octobre d’avoir lieu.

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