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L’armée russe aurait lancé des missiles contre les avions israéliens en Syrie

L'incident serait survenu la semaine dernière alors que les avions quittaient le secteur après une frappe présumée ; il pourrait signaler un changement dans les liens avec Moscou

Les systèmes de missiles de défense aérienne russes S-300 lors du défilé militaire du Jour de la Victoire marquant le 71e anniversaire de la victoire de la Seconde Guerre mondiale sur la Place Rouge à Moscou, en Russie, le 9 mai 2016. (Crédit : AP Photo/Alexander Zemlianichenko, Dossier)
Les systèmes de missiles de défense aérienne russes S-300 lors du défilé militaire du Jour de la Victoire marquant le 71e anniversaire de la victoire de la Seconde Guerre mondiale sur la Place Rouge à Moscou, en Russie, le 9 mai 2016. (Crédit : AP Photo/Alexander Zemlianichenko, Dossier)

Les forces russes ont ouvert le feu sur des avions-chasseurs israéliens à l’aide de missiles antiaériens S-300 avancés au terme d’une frappe israélienne présumée effectuée dans le nord-ouest de la Syrie, la semaine dernière, a dit la Treizième chaîne, lundi – un incident qui pourrait signaler un changement significatif dans l’attitude de Moscou à l’égard d’Israël.

Selon un reportage qui n’a pas cité ses sources, cet incident sans précédent est survenu vendredi soir, quand l’armée de l’air israélienne a bombardé plusieurs sites situés à proximité de la ville de Masyaf, dans le nord-ouest de la Syrie.

Au moins cinq personnes ont été tuées et sept personnes ont été blessées dans cette attaque, avait fait savoir l’agence de presse de l’État syrien. D’autres médias du pays avaient fait état de six morts, tous membres de l’équipe en charge d’un système de défense antiaérien Pantsir qui tentaient d’abattre les missiles israéliens.

Selon le reportage, l’armée syrienne a lancé des dizaines de missiles antiaériens qui ne sont pas parvenus à stopper les centaines de frappes israéliennes qui ont été effectuées en Syrie, ces dernières années.

Toutefois, cette fois-ci, des batteries S-300 ont aussi ouvert le feu alors que les avions quittaient la zone, a fait savoir la Douzième chaîne. Elle a fait remarquer que les batteries S-300, en Syrie, étaient exploitées par l’armée russe et qu’aucun tir ne pouvait être décidé sans l’autorisation de cette dernière.

Le reportage a ajouté que les radars S-300 n’avaient pas réussi à se synchroniser aux avions de Tsahal et que ces derniers n’avaient donc pas été sérieusement menacés.

Photo d’illustration : Un missile antiaérien russe S-300. (Crédit : AP/File)

Si cette information devait être confirmée, ce serait la première fois que des missiles S-300 sont utilisés contre l’armée de l’air israélienne en Syrie. Elle pourrait signaler une évolution de la situation inquiétante pour l’État juif qui a commis des centaines d’attaques aériennes en Syrie pendant toute la guerre civile qui a déchiré le pays et après, prenant pour cible les livraisons d’armes qui, selon Israël, transitent par le territoire à destination du groupe terroriste du Hezbollah au Liban, une organisation liée à l’Iran, et d’autres sites exploités par la république islamique.

Israël ne reconnaît et n’évoque que rarement de telles opérations et le raid ou le lancement de missiles S-300 n’ont pas fait l’objet de commentaire de la part de Tsahal.

Selon la Treizième chaîne, il est difficile de dire si ces tirs de missiles S-300 n’ont été qu’un événement isolé ou s’il s’agit d’un signal envoyé par les Russes à l’État juif sur un éventuel changement de leur politique.

Le secteur de Masyaf serait utilisé comme base par les forces iraniennes et par les milices pro-iraniennes, et il a été pris pour cible de manière répétée ces dernières années dans des frappes qui ont été attribuées à l’État juif. Des images satellite, filmées après l’attaque, montrent une structure souterraine complètement détruite.

Cette photo publiée par ImageSat International montre des sites qui auraient été frappés par Israël dans la région de Masyaf en Syrie le 15 mai 2022. (Crédit : ImageSat International)

Cette information survient dans un contexte de détérioration des liens entre Jérusalem et Moscou suite à l’invasion russe de l’Ukraine. Israël a tenté de trouver le juste équilibre dans ses relations entre le Kremlin et Kyiv mais le pays est devenu de plus en plus critique à l’égard de la Russie, lorsqu’il a été confirmé que les Russes avaient commis des atrocités. Les leaders russes se sont par ailleurs laissés aller à une rhétorique antisémite croissante.

Les forces russes – la Russie est une proche alliée de Bashar el-Assad, au pouvoir en Syrie – ont des bases en Syrie et elles y opèrent.

En plus de fournir à la Syrie ses défenses aériennes, Moscou a aussi installé des systèmes de défense antiaériens S-400 de pointe pour protéger ses propres actifs en Syrie – des systèmes qui n’ont jamais été utilisés contre des avions israéliens.

Sans mentionner explicitement cet incident, le ministre de la Défense Benny Gantz a déclaré, lundi, qu’Israël ne se laisserait pas dissuader, jurant d’empêcher l’Iran de transférer « des capacités avancées » à d’autres entités en Syrie.

« L’État d’Israël continuera de passer à l’acte contre tout ennemi qui viendra le menacer et il continuera à empêcher le transfert de capacités avancées depuis l’Iran, des armements qui mettent en danger les citoyens israéliens et qui portent préjudice à la stabilité de la région toute entière », a déclaré Gantz pendant une visite au siège du Commandement du nord de l’armée.

Cela fait longtemps que l’État juif accuse l’Iran de transférer des armements de pointe au groupe terroriste libanais du Hezbollah, via la Syrie.

Un convoi de camions transportant du carburant iranien arrive dans la ville d’al-Ain, dans l’Est du Liban après avoir traversé la Syrie, le 16 septembre 2021. (Crédit : AP Photo/Bilal Hussein)

Ces dernières années, Israël et la Russie ont mis en place un mécanisme d’urgence dit « de déconfliction » pour éviter aux deux parties un face à face accidentel en Syrie.

Lors d’une rencontre qui avait eu lieu l’année dernière à Sochi, le Premier ministre Naftali Bennett et le président russe Vladimir Poutine avaient convenu que les deux nations maintiendraient ce mécanisme.

Bennett avait déclaré, à ce moment-là, que la relation d’Israël avec la Russie était « stratégique » par nature, et il avait noté l’importance des « échanges privés » avec l’armée russe.

L’ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait, lui aussi, rencontré Poutine à de multiples occasions pour discuter des interventions israéliennes en Syrie et il avait souligné que la relation personnelle entre les deux hommes était le facteur principal qui avait permis de mettre en place le mécanisme de « déconfliction ».

En 2018, la Russie avait fourni le système de défense antiaérienne S-300 à la Syrie gratuitement, transférant trois bataillons dotés de huit lanceurs chacun au régime d’Assad malgré les objections acharnées d’Israël et des États-Unis.

Capture d’écran d’une vidéo montrant la livraison de missiles de défense S-300 russe en Syrie. (YouTube)

Cette délivrance du système S-300 à la Syrie avait suivi le crash d’un avion-espion russe, abattu par les forces syriennes qui répondaient alors à une frappe israélienne survenue dans l’espace aérien syrien. La Russie avait attribué à l’État juif la responsabilité de l’incident qui avait entraîné la mort de quinze membres d’équipage russes.

Cela fait des années qu’Israël et ses alliés exercent des pressions sur la Russie pour la dissuader de fournir le système S-300 à la Syrie et à d’autres acteurs régionaux, affirmant qu’il limiterait la capacité d’Israël à neutraliser les menaces, notamment celle qui est posée par le Hezbollah.

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