Le chef de la police écarté à cause des enquêtes sur Netanyahu, dit l’opposition
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Le chef de la police écarté à cause des enquêtes sur Netanyahu, dit l’opposition

Certains élus estiment que la non-reconduction du mandat de Roni Alsheich est un résultat direct de son implication dans les enquêtes pour corruption sur le Premier ministre

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le chef de la police israélienne Roni Alsheich lors de la cérémonie d'inauguration d'un nouveau centre de contrôle de la police, dans le district du nord de Nazareth, le 21 juin 2018 (Crédit :  Meir Vaaknin/FLASH90)
Le chef de la police israélienne Roni Alsheich lors de la cérémonie d'inauguration d'un nouveau centre de contrôle de la police, dans le district du nord de Nazareth, le 21 juin 2018 (Crédit : Meir Vaaknin/FLASH90)

Les chefs de l’opposition ont critiqué jeudi une décision ministérielle de ne pas prolonger d’un an le mandat du chef de la police Roni Alsheich. Ils ont estimé qu’il avait été écarté pour avoir recommandé des inculpations pour corruption à l’égard du Premier ministre Benjamin Netanyahu, certains suggérant que l’objectif est d’imposer une personnalité plus malléable à la barre de l’institution.

Dans la matinée, le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan avait annoncé qu’il ne prolongerait pas le mandat d’Alsheich, qui doit s’achever au mois de décembre.

Alsheich, qui avait été nommé à son poste en décembre 2015 après une carrière passée au sein des services de sécurité du Shin Bet, avait espéré être sollicité pour rester à ses fonctions une quatrième année – une initiative usuelle – au terme de son mandat de trois ans. La majorité des observateurs ont estimé que la non-reconduction de mandat était lié à sa relation usée avec Netanyahu.

Le chef de l’Union sioniste, Avi Gabbay, a déclaré « qu’un lourd nuage » pesait sur cette décision.

« Alors que la police israélienne fait son travail et qu’elle lutte contre les soupçons de corruption gouvernementale dont font l’objet le Premier ministre et ses associés, les ministres du Likud font la guerre à l’Etat de droit et à la démocratie », a tweeté Gabbay. « Netanyahu et tous les ministres du Likud dont les carrières politiques dépendent [du Premier ministre en exercice] ne devraient pas avoir à décider de l’avenir du chef de la police ».

Le ministre de la Protection environnementale Avi Gabbay annonce sa démission,, le 27 mai 2016 (Crédit :FLASH90)

La responsable de l’opposition et députée de l’Union sioniste Tzipi Livni a expliqué que le système entier de prolongement optionnel du mandat du commissaire était défaillant.

« Cette farce honteuse de l’option visant à prolonger le mandat doit être immédiatement abolie », a-t-elle écrit sur Twitter. « Il devrait y avoir un terme fixé et la loi devrait permettre à l’armée et aux chefs de la police d’être indépendants, sans faire miroiter une option de prolongation ».

Livni a noté qu’elle soumettrait une proposition de loi pour légiférer les changements appropriés dans le système de sélection des chefs militaires et de la police.

« Le gouvernement y sera opposé, parce que, quelle est la valeur d’un commissaire, s’il vous est impossible de le contrôler ? », a-t-elle ajouté.

Erdan a insisté sur le fait qu’il n’avait pas subi l’influence du Premier ministre dans sa décision de ne pas prolonger le mandat d’Alsheich.

Le chef de la police Roni Alsheich et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, photographiés au cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 3 décembre 2015 (Miriam Alster/Flash90)

Le président de Yesh Atid, Yair Lapid, maintient, pour sa part, que la non-reconduction du mandat d’Alsheich était directement liée aux enquêtes sur le Premier ministre.

Le président de Yesh Atid, Yair Lapid, dirige sa réunion hebdomadaire de faction à la Knesset, le 4 juin 2018. (Miriam Alster/Flash90)

« Il y a une raison et une raison seulement pour laquelle le mandat du chef de la police Roni Alsheich n’a pas été prolongé », a-t-il dit dans une brève déclaration. « Le Premier ministre veut un chef de la police accommodant qui n’ouvrira pas d’enquête sur lui ».

Le député de Yesh Atid, Mickey Levy, qui a été dans le passé chef de la police de Jérusalem, a également fustigé la décision de ne pas accorder une année supplémentaire à la barre de la police à Alsheich.

« La décision de mettre un terme au mandat d’Alsheich découle de la corruption politique », a expliqué Levy dans un communiqué. « Elle n’a rien à voir avec le bien public. Nous assistons à un pas supplémentaire réalisé vers le démantèlement [des institutions de l’Etat] et le remplacement du souci pour l’intérêt général par une politique médiocre, corrompue et repoussante ».

Levy a salué les résultats obtenus par Alsheich, disant qu’il est parvenu « à se saisir d’une organisation en crise et à la mettre sur une nouvelle voie grâce à un professionnalisme et à un leadership remarquables. Ceux qui connaissent la situation dans les détails savent qu’Alsheich a accompli une série de réformes importantes dans la police et qu’elles ne pouvaient pas être terminées en trois ans seulement ».

Le ministre des Finances Moshe Kahlon a, pour sa part, remercié Alsheich pour ses 38 années de service dans les forces de police et pour le mandat passé à la diriger.

« La police a eu le privilège de connaître un leadership moral, déterminé et professionnel », a écrit Kahlon sur Twitter.

Tzipi Livni, députée de l’Union sioniste, pendant une réunion du groupe parlementaire à la Knesset, le 16 janvier 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

L’ancien Premier ministre Ehud Barak, qui a été ministre de la Défense de Netanyahu dans un précédent gouvernement, a indiqué que ne pas prolonger le mandat d’Alsheich n’empêcherait pas Netanyahu d’échapper au sort qui lui est réservé dans le cadre des enquêtes.

« Les dés sont jetés », a-t-il écrit sur Twitter. « Alsheich a agi avec courage et il a recommandé de traduire en justice le Premier ministre pour deux délits graves de pots-de-vin – et il en paie maintenant le prix. Aucun limogeage ne sauvera le suspect du juge ou de la force de la loi ».

Netanyahu est suspect dans trois enquêtes criminelles pour corruption, qui impliquent toutes les soupçons qu’il aurait fait avancer les intérêts d’hommes d’affaires au gouvernement en échange de cadeaux coûteux et d’une couverture médiatique favorable. La police, au début de l’année, a recommandé son inculpation dans deux des dossiers et elle prônerait également des inculpations dans le troisième. Netanyahu, pour sa part, a nié toute malversation.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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