Le gouvernement « abandonne » les hôpitaux et suspend les chirurgies électives
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Le gouvernement « abandonne » les hôpitaux et suspend les chirurgies électives

Le directeur de Hadassah, Zeev Rothstein, déclare que le "théâtre de l'absurde" est une menace pour la santé publique et la stabilité financière des hôpitaux

Illustration. Chirurgiens au travail dans une salle d'opération. (iStock)
Illustration. Chirurgiens au travail dans une salle d'opération. (iStock)

Les unités de traitement du virus étant submergées de patients, un directeur d’hôpital accuse le gouvernement d’avoir cruellement « abandonné » les centres de santé en coupant soudainement une source de financement essentielle, à mi-pandémie.

Lundi matin, le directeur général du ministère de la Santé, Chezy Levy, a ordonné à tous les hôpitaux de suspendre les opérations chirurgicales non urgentes, malgré leur importance pour la santé publique et la stabilité financière des hôpitaux, et de consacrer toutes leurs ressources à la réponse à la pandémie.

Prévoyant que le nombre de patients graves augmentera de 200 à 300 dans les dix prochains jours, M. Levy a écrit aux chefs d’hôpitaux : « Je vous demande de traiter cette situation comme une situation d’urgence pour le système de santé. Les hôpitaux doivent mettre un terme aux procédures non essentielles et électives ».

Zeev Rothstein, directeur du centre médical Hadassah à Jérusalem, a répondu avec incrédulité, disant que ses médecins essayent toujours d’aider les patients à faire face aux problèmes qui sont apparus suite à la suspension des soins non urgents pendant le premier confinement en mars et avril.

Des travailleurs du Magen David Adom portant des vêtements de protection comme mesure préventive contre le coronavirus, transfèrent une femme à l’hôpital Hadassah Ein Karem, à Jérusalem, le 22 mars 2020. (Crédit : Flash90)

« Retarder les procédures électives va nuire à beaucoup de gens. Nous avons fait du tort à beaucoup d’Israéliens en mars et avril, et certains d’entre eux ont perdu la vie à cause de cela », a-t-il déclaré au Times of Israel, en promettant de poursuivre pratiquement toutes les procédures dans les deux hôpitaux de Hadassah.

Il a ajouté : « Nous devons prendre soin de notre peuple, de la personne âgée qui ne peut pas marcher sans une opération de la hanche et de la personne qui sera paralysée sans une opération du dos. Nous devons soigner tout le monde ».

M. Rothstein a déclaré que cette décision était irréfléchie, comme en témoigne le fait qu’aucune exception n’a été accordée pour l’hôpital Mount Scopus d’Hadassah, même s’il est exempt de cas de coronavirus, car Hadassah n’admet les patients COVID-19 que dans son hôpital du quartier Ein Kerem de Jérusalem.

Zeev Rothstein, directeur du centre médical Hadassah. (Avec l’aimable autorisation du Centre médical Hadassah)

Selon M. Rothstein, cette décision pourrait avoir des conséquences désastreuses pour le système de santé, car les hôpitaux dépendent des fonds provenant des interventions électives. Adopter la directive sans proposer de compensation financière est un acte de « cruauté », a-t-il déclaré.

« C’est un théâtre de l’absurde », a ajouté M. Rothstein. « D’un côté, ils nous disent d’ouvrir des lits et d’arrêter les procédures électives, mais de l’autre, ils ne nous donnent pas les fonds nécessaires ».

Il a déclaré que l’instruction concernant les procédures électives est la dernière d’une série de coups financiers portés aux hôpitaux, notamment la perte de revenus du tourisme médical et des traitements pour les Palestiniens. Le discours du gouvernement sur la sauvegarde du système de santé ne s’est pas traduit par des fonds, s’est-il plaint, disant que l’argent « n’atteint pas le champ de bataille ».

Avec un financement approprié, a-t-il dit, les hôpitaux pourraient engager le personnel dont ils ont besoin pour poursuivre les procédures non urgentes et soigner les personnes atteintes du virus.

Dans certains hôpitaux israéliens, quelles que soient les implications financières, l’annulation des procédures électives semble inévitable.

Dans le nord d’Israël, où les cas sont nombreux, le centre médical de Nahariya en Galilée a déjà mis fin à certaines procédures non urgentes.

« Nous n’avons pas le choix », a déclaré le directeur de l’hôpital, Masad Barhoum, lors d’un point de presse lundi. « Je regarde la situation et c’est une bataille. »

Masad Barhoum, directeur général du Centre médical de Galilée à Nahariya (Avec l’aimable autorisation du Centre médical de Galilée)

M. Barhoum a déclaré qu’avec 90 patients dans son établissement, dont 16 dans un état grave, il doit ouvrir une quatrième unité de soins pour le coronavirus – et ne peut réussir à la doter en personnel qu’en soustrayant des médecins du service de chirurgie.

« Le problème principal n’est pas les lits aujourd’hui », a-t-il déclaré. « J’ai 89 lits et je vais en ouvrir d’autres. Le problème, c’est le personnel, et non pas le personnel ordinaire. J’ai besoin de médecins et d’infirmières en soins intensifs ; c’est le plus gros problème. C’est un problème dans tous les hôpitaux ».

Le responsable israélien de la lutte contre le coronavirus a averti dimanche que le nombre de personnes infectées par le virus atteignait des niveaux « d’urgence » qui pourraient faire 600 morts par mois dans le pays, et a ordonné aux hôpitaux d’ajouter de nouvelles salles de traitement.

Ronni Gamzu a déclaré dans une interview à la Douzième chaîne de télévision qu’il craignait que le nombre de patients COVID-19 dans un état grave pourrait atteindre 800 d’ici la fin de la semaine, un nombre qui a été fréquemment cité comme le maximum que les hôpitaux israéliens peuvent absorber.

Lundi, le centre médical Shaare Zedek de Jérusalem et le centre médical Assuta d’Ashdod ont annoncé qu’ils ne pouvaient plus accueillir de patients atteints de coronavirus supplémentaires en raison d’une surcharge.

Selon le ministère de la Santé, outre Shaare Zedek et Assuta, les services de lutte contre le coronavirus de plusieurs grands hôpitaux du pays ont dépassé leur capacité d’accueil à 100 % – Hadassah Ein Kerem à Jérusalem (129 %), l’hôpital Laniado de Netanya (120 %) et le centre médical Sheba de Ramat Gan (109 %).

Le ministère de la Santé n’a pas répondu à une demande de commentaires sur les allégations de Rothstein.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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