Le professeur juif agressé par la police à Bonn reviendra en Allemagne
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Le professeur juif agressé par la police à Bonn reviendra en Allemagne

Yitzhak Melamed a été agressé par un Palestinien avant d'être pris pour l'assaillant et passé à tabac par des policiers allemands

Yitzhak Melamed, le professeur agressé par un Palestinien puis battu par la police, à Bonn. (Autorisation)
Yitzhak Melamed, le professeur agressé par un Palestinien puis battu par la police, à Bonn. (Autorisation)

JTA — Yitzhak Melamed a été agressé par un antisémite avant d’être passé à tabac par la police allemande pendant un séjour à Bonn à l’occasion d’une conférence. Ces attaques ont laissé le professeur avec un visage contusionné, des lunettes cassées, mais une détermination intacte.

En octobre, Melamed retournera en Allemagne. Et il portera la kippa, comme il l’a toujours fait. Il ne laissera pas la vague d’attaques antisémites, y compris celle dont il a fait l’objet, l’en dissuader.

« Une question se pose sur la situation actuelle en Allemagne, où les gens ont peur de sortir en kippa », a-t-il expliqué au JTA dans une interview téléphonique mardi. « Je ne comprends pas comment les gens peuvent tolérer cela. »

« Je n’ai pas à jouer à ce jeu. L’Allemagne porte une responsabilité supplémentaire, et elle se traduit par une acceptation des Juifs tels qu’ils sont, avec une kippa ou un shtreimel », a-t-il dit, en référence aux chapeaux de fourrure portés par certains juifs hassidiques.

Melamed, 50 ans et professeur à l’université John Hopkins à Baltimore, a fait les gros titres la semaine dernière après un incident qui s’est révélé plus grave que prévu.

Avec un ami, il était parti se promener dans un parc de Bonn lorsqu’il s’est trouvé face à un Allemand de 20 ans décrit dans les médias locaux comme ayant « des racines palestiniennes ».

Selon des informations parues dans les médias allemands, l’agresseur a fait tomber la kippa de l’homme à plusieurs reprises, il l’a frappé à l’épaule et l’a bousculé.

Il a également crié : « Pas de Juifs en Allemagne » à l’Israélien qui se défendait.

Melamed a relaté cet incident dans une publication Facebook, indiquant que son compagnon a appelé la police mais lorsque les agents sont arrivés et qu’il a entendu les sirènes, l’agresseur a fui. Melamed a écrit que les policiers se sont lancés à la poursuite de l’assaillant et l’ont attrapé. Deux ou trois autres policiers se sont ensuite jetés sur lui et l’ont plaqué au sol et menotté. Il dit avoir été frappé au visage à plusieurs reprises. Il a souffert de contusions et ses lunettes ont été brisées. Le Palestinien n’a été arrêté qu’après que le compagnon du professeur est intervenu. L’agresseur, semble-t-il, était sous l’influence de stupéfiants.

« Je n’ai pas eu le temps de me poser de questions, parce qu’immédiatement, quatre ou cinq policiers lourdement armés se sont jetés sur moi (deux par devant, et deux ou trois par derrière) », a écrit Melamed. « Ils ont plaqué ma tête au sol. J’étais alors complètement paralysé et dans l’incapacité de respirer ni de bouger un doigt. Ils ont ensuite commencé à me frapper au visage. Après une dizaine de coups, j’ai commencé à crier en anglais que j’étais la mauvaise personne. »

Yitzhak Melamed, le professeur agressé par un Palestinien puis battu par la police, à Bonn. (Crédit : Facebook)

Il a supposé que parce qu’il courrait, la police a estimé qu’il était l’agresseur. Même si Melamed comprend cette erreur, il affirme qu’elle n’excuse pas la brutalité qui s’en est suivie. Il a également affirmé que cette expérience l’a sensibilisé aux violences policières aux Etats-Unis.

« Ils ont fait une erreur sur ma personne – c’est de l’incompétence, c’est grave, mais ce n’est pas quelque chose qu’ils jugent moralement corrompu », a confié Melamed au JTA. « A ce stade, quand ils tentaient de me frapper comme des fous, quel était le but ? J’étais complètement passif. »

Après avoir été emmené au poste de police, Melamed a écrit que les agents n’ont pas cherché à le soigner et ont tenté à plusieurs reprises de le dissuader de porter plainte contre eux, notamment en insinuant qu’il avait été à l’origine de cette altercation, et le menaçant de l’accuser d’avoir résisté à l’arrestation.

Mais en tant que fils de survivants de la Shoah, Melamed a dit n’avoir que peu de patience pour des policiers allemands qui cherchent à se justifier d’avoir battu un Juif.

« L’un de ces idiots – pardon, l’un des policiers – est venu vers moi et m’a dit ‘ne commencez pas avec la police allemande' », a raconté le professeur au JTA. « J’ai répondu aux policiers que je n’avais plus peur de la police allemande. La police allemande a tué mon grand-père. Elle a tué ma grand-mère. Elle a tué mon oncle et elle a tué ma tante. Tout cela un jour de septembre 1942. Donc hélas, je n’ai plus peur d’eux. »

La cheffe de la police de Bonn, Ursula Brohl-Sowa, lui a présenté personnellement des excuses. Mais Melamed a affirmé au JTA qu’il s’était senti « trahi » quand un communiqué de la police a été ultérieurement diffusé, indiquant que Melamed avait « refusé d’obtempérer aux appels de la police » et s’était « battu contre » des agents.

« Il y a tellement de risques que ces appels puissent être mal interprétés. Je n’ai aucune idée de ce que la police dit en Allemagne. Je n’ai jamais vu de film d’action allemand », a poursuivi Melamed

Ursula Brohl-Sowa a également fait part de ses regrets dans le communiqué de la police.

« C’est un malentendu terrible et regrettable pour lequel j’ai présenté personnellement des excuses au professeur concerné », a-t-elle déclaré dans un communiqué transmis par les médias. « Nous allons examiner exactement comment cette situation a pu arriver et faire tout notre possible pour éviter de tels malentendus à l’avenir ».

De retour aux Etats-Unis, Melamed a assuré que ses blessures étaient guéries. Il ne va pas s’enquérir de la progression de sa plainte contre la police allemande, même s’il envisage des poursuites.

Élevé en Israël, Melamed est titulaire d’un master de l’université de Tel Aviv et d’un doctorat en philosophie de l’université de Yale. Il décrit son travail comme étant « au croisement de la philosophie (principalement la métaphysique), les études juives et religieuses, l’histoire de la science, et les humanités en général ».

Un critique de son livre de 2013, sur le philosophe néerlandais Baruch Spinoza Spinoza’s Metaphysics estime que cet ouvrage « stimulera et contribuera au débat sur Spinoza pour les années à venir ».

Depuis cet incident, ce père de trois enfants dit avoir reçu d’innombrables e-mails de soutien, notamment des excuses de la part d’Allemands, mais aussi quelques messages antisémites. Et il n’est certain que d’une chose : il se rend en Allemagne pour le travail depuis plus de vingt ans, et il n’est pas prêt de s’arrêter.

« Je ne suis jamais à l’aise en Allemagne, mais c’est toujours intéressant », a-t-il dit. « Je suis curieux. Je veux comprendre cet endroit aujourd’hui. »

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