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Les USA rouvrent la ligne de communication coupée par Trump pour les Palestiniens

La mission de facto auprès des Palestiniens a été fermée en 2019 et ses diplomates ont été transférés dans un organisme appelé PAU dorénavant rebaptisé OPA

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le bâtiment du consulat général des États-Unis à Jérusalem, le 4 mars 2019. (Crédit : Ariel Schalit/AP)
Le bâtiment du consulat général des États-Unis à Jérusalem, le 4 mars 2019. (Crédit : Ariel Schalit/AP)

L’administration Biden a rétabli jeudi une ligne de communication avec l’Autorité palestinienne qui avait été coupée par l’ancien président américain Donald Trump.

Cette mesure largement bureaucratique, mais symbolique, est intervenue alors que Washington continuait d’attendre la réouverture du consulat américain à Jérusalem, une mesure réclamée par Ramallah mais à laquelle s’oppose le gouvernement israélien.

La mission de facto auprès des Palestiniens a été fermée en 2019 et ses diplomates ont été transférés dans un organisme appelé Palestinian Affairs Unit (PAU), sous les auspices de l’ambassade américaine à Jérusalem. Cela a fait de la diplomatie américano-palestinienne une subdivision des liens de Washington avec Israël, entravant la communication, selon des responsables.

Jeudi, le nom de la PAU a été officiellement changé en Office of Palestinian Affairs (OPA). Le nouveau bureau restera sous les auspices de l’ambassade, mais « rendra compte des questions de fond directement » au Bureau des affaires du Proche-Orient du Département d’État à Washington, a déclaré un porte-parole du nouveau bureau au Times of Israel.

Au cours des trois dernières années, ces communications passaient par l’ambassadeur américain en Israël.

« Nous avons estimé qu’il était important de réintroduire des lignes de rapport distinctes à Washington sur les questions israéliennes et palestiniennes, par nos équipes respectives sur le terrain qui se concentrent sur ces questions », a ajouté le porte-parole.

L’administration Trump a invoqué des raisons d’efficacité lorsqu’elle a fermé le consulat de Jérusalem. L’ambassadeur américain en Israël de l’époque, David Friedman, avait affirmé que les diplomates de l’ambassade et du consulat des États-Unis avaient des points de vue divergents, façonnés par leurs contacts respectifs avec les Israéliens et les Palestiniens, ce qui créait une certaine confusion à Washington. Les opposants à cette mesure ont déclaré que la séparation des opérations des deux bureaux permettait à Washington de recevoir des informations sans entrave sur le terrain, sans qu’aucune perspective n’influence l’autre.

L’ambassadeur américain en Israël David Friedman, à l’ambassade américaine de Jérusalem, avant une interview accordée au Times of Israel, le 30 mai 2018. (Crédit : Matty Stern, US embassy Jerusalem)

Mais les diplomates n’ont jamais pu véritablement tester le nouveau format, car l’Autorité palestinienne a boycotté la PAU, refusant de dialoguer avec une subdivision de l’ambassade américaine en Israël. Ce boycott est toujours largement d’actualité, et il n’est pas certain que le changement de nom et de décorum soit suffisant pour convaincre l’AP.

L’OPA sera dirigée par George Noll, qui a dirigé la PAU au cours des dernières années.

« Le changement de nom a été effectué pour mieux s’aligner sur la nomenclature du département d’État », a déclaré le porte-parole de l’OPA. « La nouvelle structure hiérarchique de l’OPA est conçue pour renforcer nos rapports diplomatiques et notre engagement en matière de diplomatie publique. »

Ce changement est le premier d’une série de mesures visant à renforcer les liens avec les Palestiniens, rapportées pour la première fois par le Times of Israel le mois dernier.

La mesure la plus importante que les États-Unis prévoyaient d’annoncer avant le prochain voyage du président Joe Biden en Israël était d’élever le secrétaire d’État adjoint pour les affaires israéliennes et palestiniennes, Hady Amr, au rang d’envoyé spécial auprès des Palestiniens, ont déclaré deux responsables américains et palestiniens au Times of Israel le mois dernier.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken avait fait part du plan de l’administration lors d’un appel téléphonique la semaine dernière avec président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Mais ce dernier n’a pas bien accueilli l’idée, exigeant que l’administration Biden tienne ses promesses répétées de réouverture du consulat, ont indiqué les deux responsables. Abbas a demandé à Blinken de ne pas annoncer le nouveau poste d’Amr.

Les États-Unis n’ont pas abandonné les démarches visant à renforcer les liens avec les Palestiniens et discuteront plus longuement de la question avec l’AP lors de la visite d’une équipe préparatoire au voyage de Biden à Ramallah à la fin de la semaine, a déclaré un responsable américain. La délégation sera dirigée par la secrétaire d’État adjointe aux affaires du Proche-Orient, Barbara Leaf.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas accueillant une délégation américaine dirigée par le secrétaire d’État-adjoint aux Affaires palestiniennes et israéliennes Hady Amr, avec à sa gauche le chargé d’affaires de l’ambassade américaine Michael Ratney et le chef de l’Unité des Affaires palestiniennes George Noll, le 5 octobre 2021. (Crédit : WAFA)

Le fonctionnaire a également rejeté l’idée que les déménagements étaient destinés à remplacer la réouverture du consulat à Jérusalem. La réouverture du consulat reste l’objectif de l’administration et les mesures proposées font partie du processus pour y parvenir, a affirmé le fonctionnaire américain. Toutefois, cette explication ne semble pas convaincre les Palestiniens, qui ont entendu parler de ce plan depuis la campagne présidentielle de 2020.

En mai de l’année dernière, Blinken avait informé Abbas que les États-Unis commençaient le processus de rétablissement de la mission. Mais les États-Unis se sont immédiatement heurtés à l’opposition d’Israël, qui estime que la réouverture d’un consulat desservant les Palestiniens en territoire israélien empiéterait sur sa souveraineté. Les partisans de cette initiative affirment qu’elle ne ferait que rétablir le statut que la mission a eu pendant des décennies et font remarquer qu’une douzaine d’autres pays ont des bureaux similaires au service des Palestiniens à Jérusalem.

Les États-Unis pourraient aller de l’avant avec la réouverture du consulat, en mettant Israël au défi de refuser d’accréditer un consul général d’un allié qui leur accorde 3,8 milliards de dollars d’aide à la défense, mais Biden a pris soin d’éviter de telles prises de bec publiques avec Jérusalem. Sans compter que cette décision pourrait aussi susciter de vives critiques au niveau national. En conséquence, la question est bloquée depuis plus d’un an, ce qui a mis en colère les responsables palestiniens.

Les États-Unis ont également informé Israël à l’avance de la décision de jeudi et ce dernier n’a émis aucune objection, a déclaré un responsable israélien.

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