L’université de Vilnius honorera les victimes juives de la Shoah – si elles n’ont pas combattu les nazis
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L’université de Vilnius honorera les victimes juives de la Shoah – si elles n’ont pas combattu les nazis

Des diplômes seront remis à titre posthume aux étudiants juifs qui n'avaient pas rejoint les mouvements partisans communistes ou pro-soviétique durant la Seconde Guerre mondiale

Les bâtiments arrière de l'université de Vilnius (Crédit :   Michal Shmulovich)
Les bâtiments arrière de l'université de Vilnius (Crédit : Michal Shmulovich)

L’université de Vilnius en Lituanie a annoncé qu’elle décernerait des diplômes universitaires à titre posthume aux étudiants juifs assassinés durant l’Holocauste – à moins qu’ils n’aient été des partisans.

Dans un communiqué publié mercredi sur son site internet pour faire part de cette initiative intitulée ‘Retrouver la mémoire’, l’université a encouragé les proches de victimes de l’Holocauste à demander leur reconnaissance.

Mais – en raison de la liaison compliquée entre le pays d’aujourd’hui et l’attitude qu’il avait adoptée pendant la guerre – la procédure exclue tout étudiant juif ayant combattu aux côtés des partisans communistes ou pro-soviétiques contre les nazis.

Les diplômes ne seront pas remis « si des preuves de collaboration avec des structures politiques et policières issues de régimes totalitaires devaient être déterminées, » établit l’université.

Tous les mouvements de résistance en Lituanie pendant la Seconde Guerre mondiale ont été virtuellement reliés ou soutenus par l’Union soviétique.

En Lituanie, l’Union soviétique comme l’Allemagne nazie sont définis comme des régimes totalitaires par les historiens d’état. En 2008, les procureurs avaient lancé une enquête controversée contre trois partisans juifs soupçonnés de crimes de guerre. L’investigation avait tourné court suite à une indignation qui s’était exprimée dans le monde entier.

La Lituanie fait partie des quelques nations d’Europe de l’est qui font la promotion du récit du « double génocide » tel qu’il est évoqué par certains historiens – également appelé « l’équivalence rouge-brun » – et qui consiste à tenter de créer une équivalence morale entre l’Allemagne nazie et l’Union soviétique.

La Lituanie est le seul pays du monde qui définit son état de domination par les Soviétiques comme une forme de génocide.

Simon Wiesenthal Center's Efraim Zuroff. (Photo credit: JTA via Creative Commons)
Efraim Zuroff. (Crédit : JTA via Creative Commons)

Efraim Zuroff, chasseur de nazis et président du bureau israélien du centre Simon Wiesenthal, avait accusé les responsables lituaniens de continuer à maintenir cette équivalence pour dissimuler la collaboration importante de la population lituanienne avec les forces d’occupation nazies.

Dans ce pays, 95 % de la population juive d’avant-guerre – qui s’élevait à 230 000 personnes – a été assassinée à cette période.

« C’est une initiative prise par l’état lituanien pour dépeindre la Lituanie comme une victime sans devoir se pencher sur le rôle tenu par de nombreux lituaniens qui s’étaient mis au service des nazis », dit-il.

Les distinctions universitaires seront également refusées aux victimes de l’Holocauste si elles avaient été renvoyées ou si elles avaient terminé leurs études « après la fermeture de l’université de Vilnius par les forces occupantes nazies » le 17 mars 1943, a fait savoir l’université, ou si elles avaient quitté l’établissement d’enseignement supérieur « de manière volontaire ».

Les étudiants renvoyés pour un niveau d’études médiocre ne seront pas non plus reconnus, ni ceux dont « certains faits de la biographie » s’avèrent « incompatibles avec le contenu et le concept de ce diplôme de la mémoire ».

Un mémorial pour les victimes juives du massacre de Ponary, juste à côté de Vilnius, en Lituanie. 70 000 juifs, ainsi que 28 000 Russes et Polonais, ont été assassinés près de la gare de Ponary, entre juillet 1941 et août 1944. (Crédit : Wikimedia commons)
Un mémorial pour les victimes juives du massacre de Ponary, juste à côté de Vilnius, en Lituanie. 70 000 juifs, ainsi que 28 000 Russes et Polonais, ont été assassinés près de la gare de Ponary, entre juillet 1941 et août 1944. (Crédit : Wikimedia commons)

La décision de reconnaître les étudiants qui répondent aux critères suit une requête faite l’année dernière par un professeur de médecine israélien, Moshe Lapidot, qui avait demandé que feu son oncle, qui avait fait des études de chimie au sein de l’institution avant d’être assassiné durant la Shoah, soit reconnu.

Lapidot a accepté le diplôme pour son défunt oncle – qu’il n’avait jamais rencontré par ailleurs – au cours d’une cérémonie organisée au début du mois par l’ambassade israélienne de Vilnius.

L’oncle de Lapidot, Chlaunė Meištovskis, est devenu le premier étudiant à recevoir de manière posthume un diplôme –
dans son cas, une licence de sciences – grâce à l’initiative. Des manques dans les archives compliquent les tentatives visant à identifier tous les étudiants juifs sur la liste des inscrits durant les années de la Shoah, explique le communiqué.

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