Myanmar: l’envoyé israélien souhaite « bonne chance » pour le procès pour génocide
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Myanmar: l’envoyé israélien souhaite « bonne chance » pour le procès pour génocide

L'ambassadeur entretient des liens amicaux avec Naypyitaw malgré la condamnation de la répression contre les Rohingyas ; il a effacé ses tweets, mais s'étonne de la controverse

Des réfugiés musulmans Rohingya transportent de la nourriture distribuée par l'armée du Bangladesh au camp de réfugiés Balukhali près de Gumdhum, le 26 septembre 2017. (Crédit : AFP PHOTO/Dominique FAGET)
Des réfugiés musulmans Rohingya transportent de la nourriture distribuée par l'armée du Bangladesh au camp de réfugiés Balukhali près de Gumdhum, le 26 septembre 2017. (Crédit : AFP PHOTO/Dominique FAGET)

L’ambassadeur israélien en Birmanie a été critiqué mercredi après avoir souhaité à la dirigeante du pays bonne chance pour le procès international sur le génocide présumé des musulmans Rohingyas.

Dimanche, Ronen Gilor a tweeté « mes encouragements pour une bonne décision et bonne chance ! », dans un tweet associé à un lien vers un article au sujet la défense de la présidente birmane Aung San Suu Kyi à la Cour internationale de justice à La Haye.

Dans un second tweet mercredi, il a dit avoir discuté du procès avec des responsables politiques birmans et a conclu sa publication par les mots « BONNE CHANCE ».

Les deux tweets ont été supprimés mercredi, mais le quotidien Haaretz en a publié des captures d’écran.

Ronen Gilor à un évènement le 7 décembre 2018. (Crédit : Charles Dunst)

L’armée birmane a été accusée d’avoir perpétré des viols collectifs, des meurtres et des incendies criminels contre des Rohingyas au cours d’une campagne anti-insurrectionnelle lancée dans l’ouest du Myanmar en août 2017 après des attaques rebelles.

La population du Myanmar est majoritairement bouddhiste, et le pays a longtemps refusé la citoyenneté et d’autres droits aux Rohingyas.

La Gambie a déposé la plainte pour génocide au nom de l’Organisation de coopération islamique (OCI), et le tribunal basé aux Pays-Bas a déclaré lundi qu’il tiendrait des audiences publiques du 10 au 12 décembre.

La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi. (Crédit : AP Photo/Aung Shine Oo)

Ronen Gilor et le ministère israélien des Affaires étrangères n’ont pas répondu aux demandes de commentaires. Cependant, lorsque Eliav Lieblich, professeur de droit international à l’Université de Tel Aviv, a écrit sur Twitter que les commentaires étaient « horribles », le diplomate a répondu en demandant : « Pourquoi pensez-vous cela ?

Interrogé par Eliav Lieblich sur ce qu’Israël espérait être une « bonne décision », Ronen Gilor a répondu : « J’aimerais voir une résolution du conflit ».

Des femmes rohingyas pleurent et crient des slogans lors d’un rassemblement de protestation pour commémorer le premier anniversaire de la répression de l’armée du Myanmar contre les musulmans rohingyas, camp de réfugiés de Kutupalong au Bangladesh, samedi 25 août 2018. (AP Photo/Altaf Qadri)

Le chef d’une mission d’enquête de l’ONU en Birmanie a averti le mois dernier qu' »il existe un risque sérieux de récidive du génocide » et la mission a également déclaré dans son rapport final de septembre que la Birmanie devrait être tenue responsable devant les instances juridiques internationales du génocide présumé des Rohingyas.

Malgré la condamnation généralisée, Israël reste en bons termes avec la Birmanie et est resté relativement silencieux sur ce que même le Musée mémorial de la Shoah américain a qualifié de « preuves irréfutables » du génocide dans ce pays qui chevauche l’Asie du Sud et du Sud-Est.

En 2011, Yaron Mayer, alors ambassadeur d’Israël en Birmanie, a déclaré au magazine Moment que la Birmanie était « l’un des rares et véritables amis d’Israël ».

En décembre 2018, Gilor a refusé de répondre aux questions de la JTA sur le refus des autorités israéliennes d’utiliser le terme « Rohingyas ». (La Birmanie rejette ce terme et ne les reconnaît pas comme des citoyens, les considérant plutôt comme des « Bengalis » ou des étrangers.)

Des réfugiés rohingyas attendent après avoir traversé le fleuve Naf du Myanmar au Bangladesh à Whaikhyang, le 9 octobre 2017. (AFP PHOTO / FRED DUFOUR)

Quelques jours plus tôt, il avait déclaré à Mizzima, un site d’information birman, que « l’humanité est pleine de conflits et qu’au cours de démocratisation de la Birmanie, il y a aussi des conflits à résoudre ».

« Ce n’est pas facile – vous avez les médias, vous avez la communauté internationale, vous avez des attentes de toutes sortes. »

En août, un rapport de l’ONU a indiqué qu’Israël faisait partie des sept pays qui continuent de vendre des armes au Myanmar malgré la répression brutale du régime à l’encontre des Rohingyas.

Israël est accusé de vendre des équipements et services militaires à des auteurs de violations des droits humains dans le monde entier depuis des décennies, notamment à l’Afrique du Sud, au Rwanda pendant le génocide de 1994 et, ces dernières années, au Sud-Soudan, malgré un embargo quasi universel sur les armes imposé par la guerre civile sanglante qui y sévit.

Le JTA a contribué à cet article.

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