Rami Levy construit le premier centre commercial israélo-palestinien près de Ramallah
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Palestiniens : si vous vendez moins cher, et que vous nous laissez entrer, nous viendrons

Rami Levy construit le premier centre commercial israélo-palestinien près de Ramallah

Pour le magnat israélien la coexistence est la base idéologique et commerciale du centre, qui aura des magasins arabes et juifs

A un point central entre les Jérusalem juive et arabe, et à seulement deux minutes en voiture du checkpoint de Cisjordanie menant à Ramallah, le promoteur et gourou des affaires israélien Rami Levy construit le premier centre commercial israélo-palestinien. Il espère que la puissance du libre marché pourra être transformée en force de coexistence.

L’idée du centre commerciale, a déclaré Levy, vient de ses centres commerciaux et de ses supermarchés de Cisjordanie, qui sont devenus des points inattendus d’interactions amicales entre juifs et arabes cherchant un emploi ou le prix le moins cher.

A moitié réaliste, à moitié rêveur, Levy affronte le fait que juifs et arabes sont destinés à vivre ensemble, et conclut qu’ils doivent faire ce qu’il faut pour tirer le meilleur de la situation « et servir l’autre le mieux possible ».

Si son centre commercial rencontre le succès, a déclaré Levy, « il pourra mener à une compréhension, à savoir l’idée que nous pouvons tout faire ensemble ».

Photographie aérienne montrant l'emplacement du chantier du centre commercial ("future site of mall") Rami Levy au nord est de Jérusalem, et sa proximité avec la barrière de sécurité de Cisjordanie et Ramallah. La photo du centre commercial montre à quoi il ressemblera. (Crédit : autorisation)
Photographie aérienne montrant l’emplacement du chantier du centre commercial (« future site of mall ») Rami Levy au nord est de Jérusalem, et sa proximité avec la barrière de sécurité de Cisjordanie et Ramallah. La photo du centre commercial montre à quoi il ressemblera. (Crédit : autorisation)

Le centre commercial, qui doit être terminé dans un an, est situé à la pointe nord-est de Jérusalem, dans le quartier Atarot, à portée de vue de Ramallah et séparé de la barrière de sécurité de Cisjordanie uniquement par une route étroite. Au total, dit Levy, le centre commercial dessert 120 000 arabes et 90 000 juifs de Jérusalem, plus les dizaines de milliers de Palestiniens qui se rendent quotidiennement à la capitale pour travailler ou se détendre.

Contrairement aux autres centres commerciaux d’Israël, où juifs et arabes font leurs courses côte à côte, celui d’Atarot sera la première entreprise réellement israélo-palestinienne.

L’entreprise de Levy a beaucoup travaillé pour s’assurer que les magasins reflèteront la population locale, notamment en trouvant des revendeurs et des magasins palestiniens pour louer les commerces.

Le promoteur israélien Rami Levy, qui construit le premier centre commercial israélo-palestinien à quelques mètres de la Cisjordanie. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
Le promoteur israélien Rami Levy, qui construit le premier centre commercial israélo-palestinien à quelques mètres de la Cisjordanie. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Pour l’instant, la plupart des magasins palestiniens qui ont réservé un espace vendent de la nourriture, dont la fameuse boulangerie palestinienne Sinokrot. Le célèbre magasin de bonbons Zalatimo sera peut-être aussi présent.

A un certain point, Levy avait choisi un des plus grands revendeurs d’électroniques palestiniens, mais après la signature du contrat, le client potentiel s’est refroidi.

« Il y en a beaucoup qui n’ont pas peur. J’ai loué à beaucoup de Palestiniens. Je ne sais pas exactement ce qu’il s’est passé, mais il a été effrayé par des raisons politiques. »

Members of Eretz Shalom movement giving candy to Arab shoppers as they mark the last Friday prayers of Ramadan, at the Rami Levy supermarket in Gush Etzion on August 17, 2012. (photo credit: Nati Shohat/Flash90)
Des membres du mouvement Eretz Shalom distribuent des bonbons aux clients arabes pour leur dernier vendredi du Ramadan, au supermarché Rami Levy du Gush Etzion, le 17 août 2012. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

« Il doit comprendre que la plupart des clients ici seront palestiniens, et qu’il les aurait servi. Il ne veut pas faire affaire avec des juifs. Mais nous n’avons pas peur de faire affaire avec des Palestiniens. Je n’ai pas peur. Je pense qu’une fois que ce sera ouvert ici et qu’il verra que tout se passe bien, il le regrettera », a continué Levy.

‘Il ne veut pas faire affaire avec des juifs. Mais nous n’avons pas peur de faire affaire avec des Palestiniens’

La population de plus de 200 000 personnes qui sera desservie par le centre commercial de Levy n’a pas de centre d’achat à proximité, et les 60 à 70 magasins seront une aubaine pour économiser de l’argent, sans compter les 1 500 nouveaux emplois et l’accès aux biens et aux services. Mais pour le fondateur du projet, le côté financier du projet repose sur son cœur social.

En fait, dit l’homme d’affaires parti de rien devenu célèbre pour ses ventes sauvages, par exemple avec le lait moins cher que l’eau ou le kilo de poulet à 10 centimes, sa stratégie commerciale commence en pensant à ses clients.

« A la seconde où j’ai pensé aux choses d’un point de vue social, mes affaires ont prospéré. J’ai aidé le public, réduit les prix, et maintenant vous voyez, les gens veulent faire leurs courses dans mes magasins. La même chose est vraie ici, du moment que je donne l’exemple et que je vois que tout est en ordre, je pense que cet endroit sera prospère », a déclaré Levy.

Levy pense que les prix de son centre commercial battront ceux de Ramallah, même si les salaires sont bien plus faibles en territoire palestinien.

Même si les magasins de Levy sont devenus de rares endroits de coexistence entre Palestiniens et Israéliens en Cisjordanie, ils ont aussi connu plusieurs attentats mortels commis par des Palestiniens au cours des années.

Un policier israélien documente les preuves de la scène d'une attaque au couteau dans le supermarché Rami Levy du parc industriel du Shaar Binyamin, au nord de Jérusalem, le 18 février 2016. (Crédit : police israélienne)
Un policier israélien documente les preuves de la scène d’une attaque au couteau dans le supermarché Rami Levy du parc industriel du Shaar Binyamin, au nord de Jérusalem, le 18 février 2016. (Crédit : police israélienne)

Quand on lui demande si le nouveau centre commercial aura des mesures de sécurité particulières, Levy répond que « la peur existe à Tel Aviv, à Ramallah, partout. Même aux Etats-Unis, la peur existe. Ces peurs existent, mais nous devons les surmonter. Nous devons montrer aux personnes qui veulent nous effarer qu’ils ne nous vaincront pas. »

Ni la police ni l’armée n’ont mentionné de préoccupations sécuritaires. Selon Levy, les politiciens sont plutôt ravis par l’idée, le maire de Jérusalem Nir Barkat et le ministre des Finances Moshe Kahlon ont promis leur soutien immédiat au projet.

Mais ce n’est pas seulement les politiciens qui ont aimé l’idée. Levy a déclaré qu’il avait été bien plus facile pour lui de louer les espaces à Atarot que dans tous ses autres centres commerciaux.

Le magnat israélien Rami Levy, propriétaire d'une chaîne de supermarché (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)
Le magnat israélien Rami Levy, propriétaire d’une chaîne de supermarché (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

« Les gens croient vraiment à cet endroit », a-t-il dit, ajoutant qu’alors qu’il fallait deux ans et demi pour trouver des locataires pour 80 % de son espace commercial de Mevaseret Zion, une ville proche de Jérusalem, il ne lui a fallu que trois mois pour louer 80 % du centre commercial Atarot.

Quand on lui demande s’il a fait des recherches pour voir si le site serait rentable, Levy a répondu que « pas du tout. Je travaille à l’instinct, et il me dit que ce sera l’endroit le plus prospère du pays. »

‘Je travaille à l’instinct, et il me dit que ce sera l’endroit le plus prospère du pays’

Quand on lui demande si cela pourrait être une petite fenêtre sur ce à quoi ressemblerait une solution à un état pour Israéliens et Palestiniens, Levy a répondu que « je ne suis pas un politicien qui peut décider un état ou deux états. Tant que nous vivons ensemble, nous devons vivre de la meilleure manière possible. Les politiciens décideront si nous avons besoin de deux états ou d’un seul. Mais tant que je vivrai ici, je veux vivre en paix. S’ils décident de deux états, comme ils disent en arabe : ahala ou sahala [bienvenue]. »

Levy affronte en ce moment des problèmes judiciaires. La police israélienne a recommandé en juin qu’il soit inculpé pour utilisation illégale d’informations sur ses employés et concurrents obtenues par sa compagnie de téléphonie mobile.

En réponse à ces accusations, Levy a déclaré que « tout ce que vous entendez aux informations jusqu’à présent est incorrect. »

Palestiniens : les bas prix sont très attirants, pour ceux qui peuvent entrer

Le Times of Israël s’est rendu au checkpoint de Qalandiya, un passage sécurisé entre Jérusalem et Ramallah situé à une dizaine de minutes à pied du prochain centre commercial, pour demander aux Palestiniens ce qu’ils pensaient du nouveau centre commercial de Rami Levy.

Même si beaucoup n’ont pas souhaité être cité dans un média israélien par peur de la police palestinienne – certains ont dit craindre la sécurité israélienne – vague après vague, les groupes de Palestiniens ont dit qu’ils n’auraient aucun problème à profiter des bas prix de Levy.

Samah Annan, qui possède un magasin de vêtements à Ramallah, a été l’une des rares à ne pas se préoccuper d’être interrogée devant une caméra.

Samah Annan, propriétaire d'un magasin de vêtements à Ramallah. (Crédit: Luke Tress/Times of Israel)
Samah Annan, propriétaire d’un magasin de vêtements à Ramallah. (Crédit: Luke Tress/Times of Israel)

Elle n’était pas certaine de combien de Palestiniens de Cisjordanie se rendraient au nouveau centre commercial, simplement parce qu’ils auraient besoin d’une permission spéciale pour se rendre à Jérusalem, contrôlé par les Israéliens.

« Je ne sais pas combien de personnes pourront y aller parce que nous avons des papiers d’identité de Cisjordanie, donc peut-être tous les six mois nous pourrons y aller une fois. Mais je sais que beaucoup de Palestiniens vont dans ses magasins parce qu’ils sont mois chers que ceux de Ramallah », a-t-elle dit, en parlant des magasins de Levy en Cisjordanie dans lesquels les Palestiniens peuvent se rendre sans passer aucun checkpoint de sécurité.

Actuellement, environ 58 000 Palestiniens ont des permis de travail en Israël, et des projets existent pour augmenter très largement ce nombre dans le futur.

La propriétaire du magasin de vêtements a déclaré qu’elle ne pouvait pas savoir ce que serait l’atmosphère entre juifs et arabes au centre commercial parce qu’elle n’y avait pas été elle-même. Elle a cependant reconnu acheter du matériel pour son magasin dans des magasins israéliens, simplement parce que c’était moins cher.

Des femmes palestiniennes tentent de traverser le checkpoint de Qalandiya pour aller prier un vendredi à la mosquée Al-Aqsa, le 26 juin 2015. (Crédit : Flash90)
Des femmes palestiniennes tentent de traverser le checkpoint de Qalandiya pour aller prier un vendredi à la mosquée Al-Aqsa, le 26 juin 2015. (Crédit : Flash90)

« Pour moi, le but est que tout le monde ait quelque chose qu’il aime tellement, que les gens viendront et l’achèteront. Cela ne compte pas pour moi si [le propriétaire est] Palestinien ou Israélien. J’achèterai mes trucs et économiquement ce sera bon pour moi », a-t-elle dit.

Une amie voyageant avec Samah, et qui a souhaité ne pas être interviewée, a été l’une des rares personnes à s’opposer au centre commercial. Pour elle, cela faisait partie des implantations israéliennes.

Un chauffeur de taxi au checkpoint, qui a dit que son nom était aussi Rami (bien que le journaliste reste sceptique), a également pensé qu’à cause de la difficulté des Palestiniens à obtenir une permission pour entrer à Jérusalem, peu se rendraient au centre commercial.

Interrogé au sujet des dizaines de milliers de travailleurs palestiniens qui se rendent chaque jour à Jérusalem par le checkpoint de Qalandiya, dont la plupart travaillent dans la construction, Rami a déclaré qu’ils « achèteront peut-être des petites choses, comme du Coca et des cigarettes, et de la nourriture moins chère », mais les achats importants lui semblaient peu probables.

Amanda, étudiante en psychologie de Ramallah, ne voit aucun problème à ce que Israéliens et Palestiniens fassent leur course ensemble. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
Amanda, étudiante en psychologie de Ramallah, ne voit aucun problème à ce que Israéliens et Palestiniens fassent leur course ensemble. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Amanda, étudiante en psychologie à l’université Birzeit, près de Ramallah a déclaré que les Palestiniens qui peuvent se rendre au nouveau centre commercial de Levy le feront parce que « c’est un centre commercial connu. Il vend beaucoup de bonnes choses. »

Et au sujet de l’idée de Palestiniens faisant leurs courses côte-à-côte avec des juifs, l’étudiante en psychologie a dit que « juifs et palestiniens, ça nous va, il n’y a pas de problème. Nous voulons juste nous acheter quelque chose. »

Pour en savoir plus sur le fonctionnement du check-point de Qalandiya, cliquez ici.

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