Ronnie Chan: Israël doit choisir les USA dans la guerre commerciale avec Pékin
Rechercher

Ronnie Chan: Israël doit choisir les USA dans la guerre commerciale avec Pékin

L'homme d'affaires milliardaire Ronnie Chan prédit que la Chine permettra aux Etats-Unis de l'emporter pour nourrir l'ego de Trump

Ronnie Chan, homme d'affaires milliardaire de Hong Kong, président du promoteur immobilier Hang Lung Group Limited, lors de la conférence GoForIsrael à Tel Aviv, le 3 décembre 2019. (Dror Sithahkol)
Ronnie Chan, homme d'affaires milliardaire de Hong Kong, président du promoteur immobilier Hang Lung Group Limited, lors de la conférence GoForIsrael à Tel Aviv, le 3 décembre 2019. (Dror Sithahkol)

Selon l’homme d’affaires milliardaire de Hong Kong, Ronnie Chan, président du groupe immobilier Hang Lung Group Limited, la guerre commerciale en cours entre les États-Unis et la Chine sera très préjudiciable pour les petites économies qui devront choisir un camp dans le combat que se livrent les deux titans.

Une fois l’affrontement terminé, les économies des États-Unis et de la Chine pourraient en sortir légèrement ébranlées, mais elles seront toujours debout, a-t-il déclaré lundi au Times of Israel. Les plus touchés seront les pays, « comme Israël et tous les autres », y compris l’Allemagne et l’Espagne, qui seront obligés de choisir qui soutenir : le géant américain ou la grande puissance asiatique.

S’exprimant en marge de la conférence GoForIsraël à Tel Aviv, qu’il a coprésidée, Chan a déclaré qu’Israël, de tous les pays, n’a « pas d’autre choix » que de se ranger du côté des États-Unis dans la guerre commerciale pour des « raisons existentielles », l’Amérique étant son allié stratégique depuis longtemps.

« C’est ce qui est triste », commente-t-il. « Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de forcer les gens à choisir leur camp. Pourquoi ne pas tous participer à un seul marché ? Nous inversons la mondialisation, mais la mondialisation se fait toujours par cycles, donc il n’y a rien de nouveau sous le soleil. »

M. Chan est également cofondateur de Morningside, un groupe d’investissement international créé en 1986 avec des investissements en capital-risque et en fonds privés.

Participants à une table ronde à la conférence GoForIsrael à Tel Aviv, le 3 décembre 2019. (Dror Sithahkol)

Les États-Unis et la Chine se sont enfermés dans une guerre commerciale et une lutte pour l’influence mondiale, Washington et d’autres gouvernements occidentaux accusant le gouvernement de Pékin d’utiliser ses liens commerciaux pour l’espionnage et le vol de propriété intellectuelle à grande échelle. Une stratégie de sécurité nationale produite en 2018 par les agences de défense américaines a désigné la Chine comme le principal challenger stratégique du développement de l’Amérique sur la scène mondiale.

Mardi, le président américain Donald Trump a alarmé les investisseurs lorsqu’il a déclaré qu’il n’était pas pressé de conclure un accord commercial avec la Chine et qu’il serait peut-être préférable qu’un accord soit conclu après les élections de 2020.

Bien qu’Israël considère les États-Unis comme son allié le plus important, il s’est empressé de développer des liens commerciaux avec la Chine et d’ouvrir la porte à la deuxième plus grande économie du monde.

Les entreprises chinoises ont fait des percées majeures en Israël, y compris la prise de contrôle du géant alimentaire local Tnuva en 2014 et des accords pour gérer les principaux ports de Haïfa et Ashdod.

En 2018, le commerce bilatéral entre les deux pays a atteint le chiffre record de 15,3 milliards de dollars, contre 13,1 milliards de dollars en 2017 et seulement 51,5 millions de dollars en 1992, selon le ministère israélien des Finances. Les investissements en capital risque et les activités de fusion et d’acquisition ont atteint les 14,2 milliards de dollars au cours des sept dernières années en date d’octobre 2019, selon les données fournies par Catalyst Investments LP.

Le président américain Donald Trump parle de l’accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique à Derco Aerospace Inc. à Milwaukee, Wisconsin, le 12 juillet 2019. (MANDEL NGAN/AFP)

Le cabinet de sécurité israélien, sous la pression croissante des États-Unis au sujet des investissements chinois croissants dans les entreprises israéliennes, en particulier technologiques, a annoncé en octobre la création d’un nouveau groupe consultatif sur les investissements étrangers. Sa fonction est d’aider les organismes de réglementation à intégrer les considérations de sécurité nationale dans le processus d’approbation des investissements étrangers dans les secteurs des finances, des communications, des infrastructures, des transports et de l’énergie.

Chan conseille aux entreprises israéliennes de continuer à travailler avec les entreprises chinoises, mais de choisir soigneusement leurs partenaires et de s’assurer qu’ils n’offensent pas l’Amérique, malgré les tensions actuelles. Les entreprises israéliennes ne devraient pas privilégier la quantité par rapport à la Chine, dit-il, mais la qualité.

Cela peut se faire, par exemple, en ne vendant pas des startups entières à des entreprises chinoises, mais en donnant plutôt au partenaire chinois une participation minoritaire. Cela permettrait d’accéder au marché chinois tout en laissant le contrôle de l’entreprise entre les mains d’Israël.

Les États-Unis « victorieux »

Les États-Unis sortiront vainqueurs de la guerre commerciale entre les nations, mais pas par K.O., prédit-il.

« La Chine fera en sorte que les États-Unis soient gagnants, tant que Trump restera au pouvoir », pour nourrir son « ego fou », estime Chan. « Il n’est pas si difficile de rendre Trump heureux. Faites-lui croire qu’il a gagné. Qu’il ait gagné ou non est secondaire. »

Chan a reconnu qu’Israël est une économie trop petite pour qu’il puisse y investir, mais indique qu’il s’intéresse néanmoins au pays, entre autres parce qu’il est chrétien.

« Je n’investis jamais dans une ville où il y a moins de six millions d’habitants », explique-t-il avec le sourire. L’ensemble d’Israël compte neuf millions d’habitants.

Mais « Israël a de nombreuses technologies qui pourraient profiter à de nombreux pays dans le monde », estime-t-il. Il a visité le pays à la tête de délégations qui pourraient avoir intérêt à établir une relation avec la Startup Nation.

Edouard Cukierman, associé directeur de Catalyst Investments L.P. (Autorisation)

Israël est une nation avec une jeunesse qui « ne cesse d’inventer des choses ». « C’est assez impressionnant. Au lieu de vendre des ressources naturelles qui ont tendance à s’épuiser d’elles-mêmes, vous vendez des idées, et les idées sont illimitées. Alors, quand vous avez un petit pays sans ressources naturelles, vendre des idées est la meilleure idée. »

La conférence GoforIsrael à Tel Aviv a réuni quelque 1 000 investisseurs, entrepreneurs et responsables d’entreprises d’Europe, de Chine et des Etats-Unis.

L’homme d’affaires israélien d’origine française Edouard Cukierman, président de Cukierman and Co. et fondateur de Catalyst Funds, a joué le rôle d’intermédiaire pour de nombreux acteurs dans les relations Israël-Chine, réunissant investisseurs chinois et entreprises israéliennes depuis la première conférence Go4China organisée à Tel Aviv en 2012.

Les craintes de faire des affaires avec la Chine sont exagérées, a-t-il indiqué au Times of Israel avant la conférence. « Malgré tout ce bruit, il y a une opportunité incroyable pour les entreprises israéliennes d’obtenir des investissements ou des acheteurs potentiels » venus de Chine.

Le fait que les entreprises chinoises rencontrent des difficultés à acheter des technologies aux États-Unis, en raison des tensions, pourrait être une « immense opportunité » pour Israël, car il pourrait devenir le lieu de prédilection des conglomérats chinois avides de nouvelles technologies.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...