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INSIDE STORY

Stressés par la guerre, les Israéliens semblent fumer plus que par le passé

Les soldats et les familles d'otages, entre autres, semblent fumer de plus en plus, inversant des années de baisse ; les experts de la santé ne les poussent pas encore à renoncer

Une femme fumant une cigarette lors d'une manifestation appelant à la libération des personnes prises en otage par les terroristes du Hamas à Gaza, devantles quartiers généraux de l'armée de la Kirya, à Tel Aviv, le 3 novembre 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Une femme fumant une cigarette lors d'une manifestation appelant à la libération des personnes prises en otage par les terroristes du Hamas à Gaza, devantles quartiers généraux de l'armée de la Kirya, à Tel Aviv, le 3 novembre 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Alors qu’Israël est en pleine guerre sur plusieurs fronts et qu’il doit faire face aux conséquences de l’assaut barbare du groupe terroriste palestinien du Hamas sur le sud d’Israël le 7 octobre et de la prise d’otages, il n’est pas surprenant qu’un nombre croissant de personnes se tournent vers la cigarette.

Avec une grande partie de la population touchée par la guerre, les hostilités dans le nord, les attaques à la roquette, des proches engagés dans le service militaire ou impliqués eux-mêmes dans les combats, la vie en Israël semble plus stressante qu’elle ne l’a jamais été. Selon les experts en santé publique, lorsque le niveau de stress augmente, le nombre de personnes qui prennent l’habitude malsaine et addictive d’allumer une cigarette augmente également.

« Nous vivons une période très difficile », a déclaré le professeur Hagaï Levine, président de l’Association israélienne des médecins de santé publique. « La cigarette n’est pas notre amie. Nous n’en avons pas besoin. Mais je comprends parfaitement que nous ayons aussi d’autres priorités et d’autres considérations. »

Bien qu’il soit encore trop tôt pour disposer de données plus que fragmentaires sur l’augmentation de la consommation de tabac, les experts soulignent l’existence de preuves anecdotiques solides indiquant que les taux de tabagisme ont augmenté depuis le 7 octobre. Des chercheurs affiliés à des universités et à des organisations à but non lucratif affirment qu’ils prévoient de collecter des données actualisées afin de déterminer si l’impression d’augmentation du tabagisme se confirme statistiquement lorsque les circonstances le permettront.

« Pour autant que je sache, nous ne disposons pas [encore] de données concernant cette guerre. Mais les données recueillies ailleurs dans le monde montrent que chaque fois qu’un conflit ou un événement entraîne une crise de santé mentale publique, on observe une augmentation du tabagisme », a déclaré Dr. Yaël Bar-Zeev, de l’École Braun de santé publique et de médecine communautaire du centre hospitalier de l’Université hébraïque de Jérusalem-Hadassah.

Selon Levine, les données relatives aux précédentes guerres et opérations militaires israéliennes « montrent qu’il y a souvent une augmentation des comportements addictifs et du tabagisme ».

Selon Bar-Zeev, la plupart de ces augmentations ne sont pas dues à de nouvelles personnes qui commencent à fumer, mais à des fumeurs existants qui cherchent à obtenir de plus en plus de cigarettes ou de cartouches de vapotage pour faire face à la situation.

Dr Yael Bar-Zeev, présidente de l’Association médicale israélienne pour l’arrêt et la prévention du tabagisme et médecin de santé publique à l’école Braun de santé publique et de santé communautaire de l’Université hébraïque de Jérusalem. (Crédit : Autorisation)

« J’ai réalisé quelques enquêtes pendant la guerre de Corée qui ont montré que pendant cette période de détresse, d’anxiété et d’incertitude, le nombre de fumeurs a augmenté d’environ 30 % », a-t-elle déclaré.

Une enquête limitée menée au début de la guerre par Maccabi Healthcare Services, la deuxième caisse de santé israélienne, a révélé que 56 % des fumeurs déclarés reconnaissaient fumer davantage.

Ido Wolf, directeur de la division d’oncologie au centre hospitalier Sourasky de Tel Aviv et à l’hôpital Ichilov, 65 % des personnes interrogées ont admis avoir fumé davantage depuis le 7 octobre.

Selon Shira Kislev, PDG de Smoke Free Israel, une organisation à but non lucratif axée sur la prévention du tabagisme chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes, ceux qui ont fumé dans le passé, mais qui ont réussi à se débarrasser de cette habitude, sont susceptibles de recommencer à fumer pour faire face aux périodes difficiles, comme l’ont montré les enquêtes de son organisation lors de la pandémie de COVID-19.

Shira Kislev, directrice-générale de Smoke Free Israel. (Crédit : Chen Galili)

Kislev a déclaré que les taux de tabagisme étaient déjà en hausse avant la guerre, après avoir chuté pendant plusieurs années, et elle s’attend à ce qu’ils continuent à augmenter en 2024, bien qu’elle ne puisse pas en être certaine tant que de nouvelles données n’auront pas été collectées et analysées pour mars et avril.

« Notre organisation réalise chaque année, au printemps, une enquête par sondage auprès de la population israélienne. Nous répartissons les fumeurs en groupes en fonction de l’âge et de la fréquence du tabagisme », a expliqué Kislev.

« Le pourcentage d’adultes qui fumaient quotidiennement en 2019 était de 24,7 %. Ensuite, il y a eu une tendance à la baisse avec 21,4 % en 2020, 18,3 % en 2021 et 17,9 % en 2022. Cependant, le taux est remonté à 21,3 % en 2023″, a-t-elle indiqué.

Smoke Free Israel surveille l’utilisation des cigarettes traditionnelles, des e-cigarettes (vapes) et des liquides associés, des cigarettes à rouler, des chishas (également connus sous le nom de narguilé ou pipes à eau), et des produits du tabac chauffés. Les autres produits du tabac, comme les cigares, le tabac à tremper, le snus et le tabac à priser ne sont pas pris en compte.

« Les adultes de plus de 40 ans fument généralement des cigarettes. Entre 20 et 40 ans, les cigarettes à rouler sont populaires, et les e-cigarettes sont populaires chez les adolescents« , a déclaré Kislev.

Les données de Smoke Free Israel montrent une augmentation significative du nombre de fumeurs âgés de 18 à 20 ans par rapport à ceux âgés de 15 à 17 ans, ce qui est prévisible lorsque l’âge légal pour la vente de produits du tabac est de 18 ans.

C’est également l’âge auquel la plupart des jeunes sont enrôlés dans l’armée, et c’est à ce moment-là que beaucoup commencent à fumer.

Des cigarettes dans un cendrier, le 10 avril 2021. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Avec des centaines de milliers de réservistes appelés sous les drapeaux, certains supposent que l’effort de guerre lui-même a contribué à faire grimper les taux de tabagisme.

Contrairement aux guerres des décennies précédentes, l’armée israélienne ne distribue pas de cigarettes aux soldats, mais un grand nombre ont tout de même été acheminées vers les différentes unités, au même titre que des collations, des vêtements, de l’équipement et d’autres choses données par des personnes désireuses de soutenir l’effort de guerre ou leurs propres objectifs.

« Nous ne disposons pas encore de données réelles, mais nous savons, d’après des informations anecdotiques et des rapports de terrain, que de nombreux produits du tabac ont été distribués aux réservistes mobilisés sur le champ de bataille », a expliqué Bar-Zeev. « Une partie de ces produits provenait de dons de particuliers, mais une grande partie provenait de dons des fabricants de tabac. »

« Nous avons entendu dire qu’à la suite des dons de cigarettes, de nombreux soldats se sont remis à fumer ou ont commencé à fumer », a-t-elle ajouté, pointant du doigt le nombre élevé de produits donnés à des fins de marketing.

Des adolescents vapotant dans un parc. (Crédit : iStock)

Kislev a souligné que l’initiation et la dépendance au tabac se produisent généralement jusqu’à l’âge de 24 ans, le groupe d’âge le plus à risque étant celui des 18-24 ans, la cohorte dans laquelle se trouvent les conscrits et les jeunes réservistes.

Le Times of Israel a contacté Philip Morris, le plus grand vendeur de cigarettes d’Israël, pour obtenir un commentaire, mais personne n’a répondu au téléphone à son bureau de Tel Aviv. En outre, le ministère de la Santé n’a pas répondu à une demande de renseignements par courriel concernant le tabagisme pendant la guerre.

Levine a déclaré que les soldats avec lesquels il s’était entretenu et qui s’étaient remis à fumer citaient comme facteur de motivation le soulagement du stress pendant les longues heures entre les combats.

Mais il a fait remarquer que le tabagisme ne soulage pas réellement le stress et qu’il a un effet néfaste sur la santé du soldat à court terme et à long-terme.

Des soldats de l’armée israélienne opérant dans la bande de Gaza, sur une photo publiée le 20 mars 2024. (Crédit : Armée israélienne)

« En outre, le tabagisme nuit à l’état de préparation du soldat », a-t-il ajouté. « Si vous êtes en planque et que vous fumez, le bout incandescent pourrait être repéré. Si vous ne fumez pas de cigarette et que votre corps est en manque de nicotine, vous êtes moins concentré. Un soldat professionnel qui veut donner le meilleur de lui-même doit éviter de commencer à fumer. »

Levine, qui dirige le groupe médical et de résilience au sein du Forum des familles des otages et disparus, a indiqué qu’il avait également constaté un retour au tabagisme parmi les proches des captifs et les bénévoles du forum.

Une enquête menée par Levine et son équipe pour évaluer la santé des familles et des bénévoles a montré qu’ils subissaient un stress énorme et que leur état de santé général se dégradait, avec notamment une augmentation du tabagisme.

« C’est ce qui ressort de notre enquête et j’ai aussi l’impression personnelle que le tabagisme est très répandu. C’est ce que j’ai observé en côtoyant les familles », a déclaré Levine. « Certaines de ces personnes ont recommencé à fumer après avoir arrêté il y a plusieurs années. »

Le professeur Hagaï Levine, chef de la commission Santé et Résilience du Forum des familles des otages et disparus (à gauche), s’exprimant lors d’une réunion de la commission Santé de la Knesset, à Jérusalem, le 4 mars 2024. (Crédit : Capture d’écran livestream de la Knesset)

Il y a également eu un relâchement des attitudes consistant à éviter de fumer en public par respect pour ceux qui traversent des moments difficiles, a noté Levine, ce qui peut être constaté lors des rassemblements en faveur des otages à Tel Aviv et ailleurs.

Bien qu’il fasse généralement tout son possible pour éviter de s’exposer au tabagisme passif, Levine a déclaré qu’il avait dû faire preuve de souplesse pendant la crise nationale, notamment en accompagnant des personnes traumatisées lorsqu’elles s’allumaient une cigarette.

« Selon la loi, il est interdit de fumer lors d’un rassemblement de masse, y compris en plein air. Mais comment peut-on dire à un membre de la famille [d’un otage], qui subit un tel stress, de ne pas fumer ici ? Sans porter de jugement, je dis simplement que cela devient de plus en plus courant. »

Mais il a fait remarquer que le fait d’être plus souple ne rendait pas le tabagisme passif moins dangereux.

Des manifestants réclamant la libération des Israéliens enlevés par les terroristes du Hamas à Gaza, sur la « Place des Otages », à Tel Aviv, le 10 février 2024. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« J’ai soigné une femme enceinte de ma famille qui s’était effondrée lors d’un rassemblement après avoir été exposée à une forte fumée, qui semblait provenir d’un mélange de tabac et de cannabis », s’est-il souvenu. « Elle s’est sentie très mal et a failli perdre connaissance. »

Des coups de pied aux fesses

Les experts interrogés par le Times of Israel ont insisté sur le fait que la plupart des fumeurs souhaitent arrêter. Ils pensent qu’avec le soutien et les ressources nécessaires, une augmentation des taxes et une législation appliquée, il sera possible d’aider tous ceux qui veulent arrêter de fumer.

Selon Bar-Zeev, elle et d’autres professionnels de la lutte anti-tabac ont réfléchi ensemble à la question de savoir s’il fallait parler maintenant aux soldats d’un sujet qui pourrait les tuer dans plusieurs dizaines d’années, alors qu’ils partent au combat et qu’ils risquent de ne plus être en vie demain.

Illustration : Un homme appliquant un patch à la nicotine. (Crédit : Henadzi Pechan via iStock by Getty Images)

Bar-Zeev a déclaré que, même si « d’une certaine manière, nous laissons les gens devenir dépendants », elle est favorable à l’idée d’attendre pour aider les soldats, et les familles d’otages entre autres personnes à se débarrasser de cette mauvaise habitude.

Mais elle a suggéré que Tsahal pourrait déjà distribuer des patchs de nicotine aux soldats fumeurs, afin qu’ils obtiennent l’effet chimique dont ils ont besoin sans avoir à fumer.

Levine a indiqué que certains membres des familles des otages avaient promis d’arrêter de fumer une fois que leurs proches seraient rentrés chez eux.

« J’espère que ce soulagement les incitera à arrêter de fumer et que ces personnes tiendront la promesse qu’elles se sont faite à elles-mêmes », a-t-il déclaré. « Malheureusement, nous n’en sommes pas encore là. »

En ce qui concerne les soldats, Levine a suggéré la mise en place d’une ligne téléphonique d’aide à l’arrêt du tabac et l’organisation d’un service de conseil personnalisé pour la fin de leur service.

« Selon moi, nous avons l’obligation de protéger leur vie », a-t-il souligné en faisant référence aux préjudices causés par le tabagisme. « Pas pendant qu’ils sont à Gaza, mais après. Nous devons aider ceux qui ont risqué leur vie pour nous. »

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