Suisse : Le magnat franco-israélien Beny Steinmetz jugé à Genève
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Suisse : Le magnat franco-israélien Beny Steinmetz jugé à Genève

L'homme d'affaires de 64 ans est accusé d'avoir fait verser d'importants pots-de-vin à de hauts dignitaires guinéens en échange de droits miniers

Beny Steinmetz. (Crédit : Autorisation)
Beny Steinmetz. (Crédit : Autorisation)

C’est l’aboutissement de sept ans d’enquête : le magnat franco-israélien Beny Steinmetz comparaît cette semaine à Genève, accusé d’avoir fait verser, via des comptes suisses, d’importants pots-de-vin à de hauts dignitaires guinéens en échange de droits miniers.

Accompagné de ses avocats, l’homme d’affaires de 64 ans, conseiller du groupe Beny Steinmetz Group Resources (BSGR) actif notamment dans les ressources naturelles, est arrivé vêtu d’un complet gris et d’une cravate bleue, sans s’exprimer, au tribunal correctionnel de Genève une vingtaine de minutes avant l’ouverture de l’audience.

L’audience doit durer une semaine, mais le verdict ne devrait être annoncé que dans deux semaines.

En raison de la pandémie, des parois de plexiglas séparent les avocats. Seuls Beny Steinmetz et son avocat, Marc Bonnant, partagent le même espace.

Connu pour avoir fait fortune dans l’industrie du diamant, Beny Steinmetz conteste entièrement les conclusions du parquet genevois qui l’accuse de « corruption d’agents publics étrangers et de faux dans les titres ».

L’affaire remonte à la fin des années 2000, lorsque le gouvernement guinéen de l’ancien président Lansana Conté avait déchu, peu avant sa mort en 2008, le groupe anglo-australien Rio Tinto de l’exploitation d’un des plus importants gisements de fer au monde, à Simandou en Guinée, au profit de BSGR.

Selon le parquet genevois, un « pacte de corruption » aurait alors été passé entre Beny Steinmetz, et ses représentants en Guinée, et Lansana Conté ainsi que sa quatrième épouse, Mamadie Touré.

Les pots-de-vin présumés s’élèveraient à environ dix millions de dollars (8,2 millions d’euros).

Beny Steinmetz est jugé aux côtés de deux autres prévenus, dont le Français Frédéric Cilins, qui a été condamné à de la prison ferme aux États-Unis en 2014 dans ce dossier.

Vue aérienne de Conakry, capitale de la République de Guinée. (Crédit : CC BY-SA/Wikipedia)

Épouse ou maîtresse ?

Mamadie Touré doit elle être entendue durant le procès comme témoin le 13 janvier.

« C’est le personnage clé dans cette affaire mais il est peu probable que Mamadie Touré assiste en personne au procès. Elle vit aujourd’hui aux États-Unis, où elle bénéficie d’un statut de témoin protégé », a indiqué à l’AFP la porte-parole de l’ONG suisse Public Eye, Géraldine Viret, qui en 2013 avait publié un organigramme très complexe de BSGR.

Son statut de « témoin de la Couronne » (expression désignant un témoin clé dans une affaire) aux États-Unis a d’ailleurs fait l’objet de la plus grande partie des débats lors de cette première matinée d’audience dédiée aux questions préjudicielles, la défense et le parquet se querrellant sur la validité d’un tel témoignage.

« C’est un cas de ‘subornation de témoin' », a assuré Me Marc Bonnant, en expliquant que ce statut de « témoin de la Couronne » n’existe pas en Suisse.

La défense clame par ailleurs que Beny Steinmetz « n’a jamais versé un centime à Mme Mamadie Touré », et assure que cette dernière n’était pas l’épouse du président Conté, mais une maîtresse n’exerçant aucune influence.

La façon dont l’ancien procureur Claudio Mascotto en charge du dossier a mené l’enquête, est également contestée par la défense, qui l’accuse d’avoir voyagé de façon informelle en Israël en mars 2017 sans le mentionner dans le dossier.

Si une demande de récusation de M. Mascotto a été rejetée l’an dernier, c’est désormais un duo de procureurs – Yves Bertossa et Caroline Babel Casutt – qui a repris le dossier.

L’homme d’affaires israélien Beny Steinmetz, à droite, avec Ehud Barak, alors ministre de la Défense, le 17 mai 2007. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

« Opacité »

« L’affaire Steinmetz illustre les ravages de l’opacité lorsque des groupes s’en servent pour réaliser des profits gigantesques sur le dos de pays pauvres », a expliqué Géraldine Viret.

En 2013, Beny Steinmetz avait affirmé dans une interview à un journal français avoir investi 170 millions de dollars dans cette mine, avant d’en revendre 51 % en 2010 au groupe brésilien de matières premières Vale pour 2,5 milliards de dollars, soit presque 30 fois plus cher. Une transaction qualifiée par certains médias de « casse du siècle ».

À la suite de son élection en 2010, le nouveau président Alpha Condé avait lancé une remise à plat de tous les permis d’exploitation minière accordés par son prédécesseur Lansana Conté (1984-2008), annulant notamment les droits de BSGR en 2014.

Après des années de bataille, Beny Steinmetz et la nouvelle présidence guinéenne étaient parvenus début 2019 à un accord convenant que BSGR renonce aux droits sur Simandou en échange d’un abandon des poursuites pour corruption.

Cet arrangement n’a toutefois pas mis fin aux poursuites engagées par le parquet genevois.

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