Tally Gotliv accuse les forces de sécurité de « trahison » à la Knesset
La députée du Likud tente d'obtenir l'immunité après avoir dévoilé l'identité d'un agent du Shin Bet ; les élus haredim réclament une Loi fondamentale sur l'étude de la Torah pour protéger les réfractaires

Alors que des millions d’Israéliens se préparaient lundi à de nouvelles attaques de missiles iraniens, la Knesset a (encore) été le théâtre de plusieurs controverses. Les débats ont notamment porté sur la demande d’immunité parlementaire de la députée Tally Gotliv (Likud), poursuivie pour avoir révélé l’identité d’un officier de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, lors d’une séance où les théories du complot visant les forces de sécurité ont dominé. Les partis haredim ont, quant à eux, renouvelé leurs exigences en faveur d’une Loi fondamentale consacrant l’étude de la Torah. Enfin, une altercation au sein de la commission des Finances a provoqué le départ en larmes d’une collaboratrice gouvernementale.
Le chef du parti Yashar et ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, Gadi Eisenkot, a fustigé la coalition pour avoir poursuivi l’avancement d’un projet de loi visant à créer une commission d’enquête politiquement nommée sur les attaques du 7 octobre 2023, alors même que les attaques iraniennes reprenaient.
Il a qualifié cette initiative de « preuve des priorités faussées de la coalition » et de « profond mépris pour la population et son esprit de résilience ».
« Les discussions commencent à la Knesset, non pas au sujet du front intérieur, ni des habitants du nord, ni des écoles fermées. Au lieu de cela, ils discutent de la demande d’immunité de Tally Gotliv », a déclaré la députée Meirav Cohen (Yesh Atid).
Alors que la discussion sur l’enquête politique a finalement été retirée de l’ordre du jour à la dernière minute, en raison des critiques des députés de l’opposition, la première audience de la commission de la Chambre de la Knesset concernant la demande d’immunité de Gotliv s’est déroulée comme prévu.
Le bureau de la procureure générale, Gali Baharav-Miara, qui a exceptionnellement assisté à la séance de la commission, avait annoncé le mois dernier la mise en accusation de Gotliv pour des messages sur les réseaux sociaux datant de 2024, dans lesquels elle identifiait le compagnon de la cheffe de file des manifestations anti-gouvernement, Shikma Bressler, comme un agent du Shin Bet. Elle avait également relayé des théories du complot infondées, le liant au groupe terroriste palestinien du Hamas, et insinué qu’il était responsable des événements du 7-Octobre.
Gotliv ne nie pas les faits qui lui sont reprochés et a soutenu à maintes reprises, lors de l’audience, que la divulgation de l’identité de l’agent était justifiée.
« J’ai dévoilé l’identité du partenaire de la cheffe de la rébellion qui nous a menés au désastre », a-t-elle déclaré.
L’audience, qui a duré environ cinq heures, s’est principalement articulée autour de longues diatribes de Gotliv contre Baharav-Miara, qui est restée assise en silence face à la députée tout au long de la procédure, ainsi que contre les institutions de sécurité et les manifestants anti-gouvernement, plutôt que sur des arguments juridiques concernant l’immunité de Gotliv.
« Vous êtes devenus les ennemis du gouvernement, des personnes qui nuisent à la sécurité nationale », a déclaré Gotliv aux procureurs, accusant Baharav-Miara de tout, allant de permettre aux réservistes de refuser de servir pendant les manifestations contre la refonte judiciaire à « affamer les enfants haredim », tout en omettant de poursuivre « 100 000 réfractaires à la conscription à Tel Aviv »…
L’un des moments les plus dramatiques de l’audience a été lorsque Gotliv a diffusé ce qui semblait être une vidéo TikTok, comme élément de sa défense, combinant des images de leaders de la contestation anti-gouvernement et de militants du groupe « Ahim laneshek » (Frères d’armes) discutant du refus de servir pendant la crise de la refonte judiciaire de 2023 avec des allégations non fondées selon lesquelles des responsables militaires et de la sécurité auraient délibérément omis de réagir aux avertissements avant l’attaque du 7-Octobre.
La vidéo les accuse à de multiples reprises de « trahison » et avance la théorie du complot selon laquelle le massacre aurait été rendu possible par des éléments au sein même des services de sécurité israéliens, provoquant l’indignation des députés de l’opposition.
« Cette incitation à la haine est insensée. Le peuple d’Israël a honte. Vous n’êtes que des dérangés pour faire cela », a crié la députée Cohen avant d’être expulsée de la salle.
« Une vidéo à la Knesset affirmant qu’il y a eu trahison ? N’avez-vous pas honte ? Qu’est-ce qui ne va pas chez vous ? »
מופע האימים בוועדת הכנסת נמשך – עכשיו טלי גוטליב עברה לשלב הקונספירציות והאשמות בבגידה וכל זה בזמן מלחמה. כעת מקרינים סרטונים שהיא הביאה. pic.twitter.com/u4lKSgsmYN
— דפנה ליאל (@DaphnaLiel) June 8, 2026
Son collègue du parti Yesh Atid, Simon Davidson, a ensuite été expulsé après avoir crié à l’adresse de Gotliv : « Vous êtes folle. Vous avez perdu la tête. »
Les députés de l’opposition ont ensuite été expulsés les uns après les autres de l’audience, qui s’est transformée en dispute autour des affirmations de Gotliv, laissant peu de temps pour débattre du sujet officiellement inscrit à l’ordre du jour de la commission : la question de savoir si elle devait bénéficier de l’immunité parlementaire.
Les délibérations doivent reprendre mardi, date à laquelle Gotliv présentera ses arguments devant des représentants du bureau de la procureure générale, et d’autres députés s’adresseront à la commission. Un vote sur sa demande d’immunité est prévu à l’issue de cette audience.
Figure controversée du parti au pouvoir du Premier ministre Benjamin Netanyahu bénéficie d’un soutien important auprès d’une partie de la base du parti, et devrait obtenir de bons résultats lors des primaires du parti, qui doivent se tenir d’ici la fin du mois de juillet.
Depuis son entrée à la Knesset en novembre 2022, Gotliv s’est forgé une réputation en tenant des propos incendiaires contre les groupes de manifestants et en accusant Tsahal et le Shin Bet de « travailler pour les terroristes ».
Elle a également perturbé à plusieurs reprises les travaux de la Knesset et les procédures judiciaires, notamment lorsqu’elle a comparé un agent de sécurité qui l’avait expulsée de force d’une audience à des Juifs ayant appliqué les instructions nazies sous la contrainte pendant la Shoah.
Les partis haredim réclament une Loi fondamentale consacrant l’étude de la Torah
L’audition de Gotliv n’était pas la seule priorité controversée de la coalition à avoir été abordée lundi, puisque le chef du parti ultra-orthodoxe Shas, Aryeh Deri, a continué d’exiger que le projet de loi consacrant l’étude de la Torah en tant que Loi fondamentale soit soumis au vote cette semaine, non pas malgré, mais bien en raison des nouvelles attaques iraniennes contre Israël.
S’exprimant lors de la réunion hebdomadaire de son parti, Deri a insisté sur le fait que « précisément à un moment où le peuple d’Israël a besoin d’une aide accrue pour garantir le succès de la campagne contre nos ennemis, nous exigeons que la Loi fondamentale sur l’étude de la Torah soit soumise au vote cette semaine, comme condition préalable à tout soutien à d’autres projets de loi », qualifiant cela de « déclaration de la contribution des érudits de la Torah au peuple d’Israël et à sa sécurité ».
Également soutenu par le parti haredi Yahadout HaTorah, ce projet de loi ferait de l’étude de la Torah une valeur nationale fondamentale et définirait l’étude à long terme de la Torah comme un « service utile » à l’État, équivalent au service militaire, avec des implications pour les droits et les obligations de ceux qui s’y consacrent.
Cette initiative marque la dernière tentative des partis ultra-orthodoxes de préserver les exemptions du service militaire accordées aux Haredim étudiant en yeshiva, jugées inconstitutionnelles par la Haute Cour de justice, et de rétablir les allocations de l’État suspendues aux familles des réfractaires à la conscription. Les partis ont menacé à plusieurs reprises de faire tomber le gouvernement s’il n’adoptait pas de législation sur cette question.
Cette déclaration a suscité la colère des députés de l’opposition, qui ont condamné cette tentative de faire adopter un projet de loi assimilant l’étude de la Torah au service militaire, alors que des soldats israéliens se battent et meurent sur le champ de bataille.
Le chef du parti Yashar, Eisenkot, a notamment critiqué les efforts de la coalition pour faire avancer cette législation à un moment « où de nombreux citoyens israéliens sont aujourd’hui assis dans des abris antiatomiques et où nos soldats se battent et risquent leur vie », affirmant que « le Premier ministre qui les a envoyés à la guerre s’efforce de faire adopter une Loi fondamentale qui accorderait des droits égaux aux combattants de Tsahal et aux étudiants de la Torah ».
« Sous le gouvernement Netanyahu, il est avantageux de refuser de servir [dans l’armée] – c’est à la fois plus sûr et plus rentable », a-t-il ajouté.
L’ancien Premier ministre et chef de file de la liste « BeYahad » (« Ensemble » en hébreu), Naftali Bennett, a dénoncé cette proposition comme une « loi sur les exemptions militaires dopée aux stéroïdes » présentée de manière « cynique et fallacieuse » sous le nom d’ « étude de la Torah ».
Le député Yuli Edelstein (Likud), ancien président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, évincé pour avoir refusé de faire avancer la législation sur l’exemption du service militaire pour les étudiants de yeshiva, a également condamné ce projet de loi, le qualifiant de « profanation flagrante du nom de Dieu » et de « profonde distorsion morale ».
Au cours des deux dernières années, Tsahal a envoyé des dizaines de milliers d’ordres de conscription à des membres de la communauté ultra-orthodoxe dont les exemptions du service militaire obligatoire ont été révoquées en vertu d’un arrêt de la Haute Cour de 2024. La plupart d’entre eux ont ignoré ces ordres, ce qui a conduit un grand nombre de jeunes hommes à être classés comme réfractaires et à faire l’objet d’arrestations ou d’autres sanctions.
Le gouvernement a également cessé de verser des subventions aux crèches des enfants des réfractaires et de financer les yeshivot des étudiants aptes à s’enrôler dans l’armée, mettant ainsi fin au versement de subventions à un nombre croissant d’étudiants talmudiques à temps plein.
Les députés ont toutefois continué à allouer des milliards de shekels au financement des écoles ultra-orthodoxes et font actuellement avancer un projet de loi visant à annuler la suppression des subventions destinées aux crèches.
Une collaboratrice quitte la salle en larmes après une altercation avec un député
Le président de la commission des Finances et député (Likud), Hanoch Milwidsky, a réprimandé une collaboratrice du bureau du Premier ministre lors d’une réunion de la commission, la faisant fondre en larmes et la poussant à quitter la salle. Il s’agit de son dernier accès de colère contre une collaboratrice.
Lors de la séance filmée, le président de la commission s’est emporté alors que la collaboratrice tentait de présenter aux députés des données relatives aux modifications du budget de l’État 2026. Après l’avoir interrompue tout au long de l’échange, Milwidsky s’est lancé dans une tirade furieuse.
« Vous faites traîner les choses. Vous perdez du temps. Que faites-vous ? Pensez-vous que nous n’allons pas faire le calcul et nous rendre compte que vous ne nous avez pas tout donné ? », a déclaré Milwidsky, irrité et agité.
La collaboratrice a tenté de répondre, puis a fondu en larmes et a quitté la salle. Un collègue a alors pris le relais et a poursuivi la présentation à sa place.
״את מבזבזת זמן, את מעכבת זמן״ – עוד יום שבו פקיד ממשלתי מוצא את עצמו בוש ונכלם בגלל התפרצות של יו״ר וועדה בכנסת.
הפעם: תקציבאית במשרד רה״מ שפרצה בבכי אחרי המתקפה הזאת של חנוך מילביצקי pic.twitter.com/w5omNDbdEC
— מיכאל שמש Michael Shemesh (@shemeshmicha) June 8, 2026
Plus tard dans la séance, Milwidsky a justifié son comportement, insistant sur le fait qu’il s’agissait d’une question « purement professionnelle » et non personnelle, et a critiqué les médias pour avoir diffusé des images de l’incident.
Milwidsky a été nommé président de la puissante commission des Finances l’été dernier, malgré une enquête policière en cours pour des allégations de viol et de subornation de témoins. Depuis, il fait l’objet de critiques pour ses accès de colère répétés à l’égard de femmes membres du gouvernement et du personnel de la Knesset.
En décembre, la conseillère juridique de la Knesset, Sagit Afik, avait vivement critiqué Milwidsky pour la manière dont il avait traité Shlomit Erlich, la conseillère juridique de la commission, lors d’une réunion. Il l’avait notamment interrompue à plusieurs reprises, se moqué de ses conseils juridiques et l’avait accusée de le « perturber et de le retarder » pendant des heures. Il avait crié et frappé du poing sur la table, poussant finalement Erlich à quitter la salle.







