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À Rafah, des « justiciers » armés tentent de faire respecter le régime du Hamas

Les "Comités populaires de protection", ont été créés par les groupes terroristes, pour - selon eux - protéger la rue de toutes les sources de problèmes en pleine guerre

Des membres masqués et armés des "Comités populaires de protection", créés par le Hamas et d'autres groupes terroristes patrouillant dans les rues de la ville de Rafah, au sud de Gaza, le 6 mars 2024. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)
Des membres masqués et armés des "Comités populaires de protection", créés par le Hamas et d'autres groupes terroristes patrouillant dans les rues de la ville de Rafah, au sud de Gaza, le 6 mars 2024. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

Ils veulent réguler l’impossible trafic ou contrôler l’explosion des prix des denrées. À Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, des « volontaires » tentent de maintenir l’ordre après cinq mois de guerre dans l’enclave.

Membres des « Comités populaires de protection » autoproclamés – CPP -, visage masqué de noir, ils patrouillent dans Rafah, une ville où sont massés, selon l’ONU, près d’un million et demi de Palestiniens. Nombre de civils, chassés par l’opération israélienne dans le nord puis le centre et le sud de la bande de Gaza, ont trouvé refuge dans ce bout de territoire bordant la frontière fermée avec l’Égypte.

« Nous sommes des centaines de volontaires pour maintenir la sécurité et protéger les citoyens, organiser les marchés et les transports », a affirmé Abu Mahmoud, 28 ans.

Les prix des denrées alimentaires, lorsqu’elles sont disponibles, ont explosé.

Le ministère de l’Économie du groupe terroriste palestinien du Hamas qui contrôle la bande de Gaza, qu’Israël a juré d’anéantir après l’assaut meurtrier du 7 octobre sur son territoire, établit une liste quotidienne de prix pour les denrées de base comme les légumes.

Les CPP tentent de les faire respecter. « Nous repérons les commerçants qui font monter les prix », a raconté Abu Islam, 29 ans, membre d’une des équipes de sept membres patrouillant un marché dans le camp de réfugiés du centre de Rafah.

Des membres masqués et armés des « Comités populaires de protection », créés par le Hamas et d’autres groupes terroristes, patrouillant dans les rues de la ville de Rafah, dans le sud de Gaza, le 6 mars 2024. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

Un commerçant se plaint auprès de la patrouille : un de ses voisins de marché vend un kilo de sucre 80 shekels au lieu des 65 shekels officiellement décrétés par le Hamas.

Avant la guerre, le kilo de sucre coûtait deux shekels.

« On travaille pour le peuple » 

Les institutions se sont effondrées dans l’enclave, où règne le chaos. Alors que la famine menace selon l’ONU, des convois d’aide sont pillés et une distribution d’aide jeudi dernier a tourné au drame à Gaza City, se soldant par des dizaines de Palestiniens tués en tentant de collecter de l’aide dans le nord de la bande, dans des circonstances qui font toujours l’objet d’une enquête de l’armée israélienne.

« Nous travaillons pour le peuple et nous tentons d’être aussi dignes de confiance que possible », a affirmé Abu Islam.

« Quiconque a un fusil peut s’en servir », a-t-il ajouté, mais tous les membres de son équipe, sauf un, sont armés de bâtons.

Les CPP sont apparus il y a quelques semaines à Rafah, dans la foulée d’une frappe sur une voiture de police qui a tué plusieurs fonctionnaires le 10 février.

Les patrouilles policières sont depuis devenues très rares, selon un correspondant de l’AFP à Rafah.

Des membres masqués et armés des « Comités populaires de protection », créés par le Hamas et d’autres groupes terroristes patrouillant dans les rues de la ville de Rafah, dans le sud de Gaza, le 6 mars 2024. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

Le groupe a été formé par le ministère de l’Intérieur dirigé par le Hamas, ainsi que par d’autres factions politiques influentes à Gaza, et a été chargé d’assurer l’ordre public et d’empêcher les hausses de prix pratiquées par les profiteurs [spéculateurs] du marché, a-t-il déclaré.

Reuters n’a pas pu joindre de porte-parole du ministère, qui a cessé de fonctionner normalement depuis le début de la guerre. Les porte-parole du Hamas, du Jihad islamique palestinien et d’un autre groupe terroriste de Gaza n’ont pas souhaité répondre aux demandes de commentaires.

Lorsque les CPP sont apparus pour la première fois sur les marchés, certains brandissant des fusils d’assaut, des dizaines de jeunes se sont rassemblés autour d’eux pour siffler, applaudir et chanter « Dieu est grand » en signe de soutien, ont indiqué des témoins.

Les volontaires disent également réguler le trafic, pour ouvrir le passage à une ambulance, un camion d’aide ou une voiture des Nations unies, dans le camp de réfugiés surpeuplé.

Abu Ahmed, un déplacé de 61 ans venu de Gaza City, se félicite de leur présence.

« Nous les remercions pour leurs efforts », a-t-il dit, louant surtout leur action pour « maintenir des prix raisonnables ».

Mais si certains habitants de Rafah semblent se réjouir de l’émergence des CPP pour lutter contre l’anarchie et les profiteurs de guerre, d’autres semblent inquiets à l’idée que des hommes armés et masqués prennent en charge le maintien de l’ordre.

« Peut-être que si nous avions de vrais policiers non masqués, des gens connus de la population, ce serait plus organisé et plus rassurant », a déclaré un père de quatre enfants que Reuters a joint par téléphone à Rafah.

Des membres masqués et armés des « Comités populaires de protection », créés par le Hamas et d’autres groupes terroristes vérifiant la carte d’identité d’un homme dans la ville de Rafah, dans le sud de Gaza, le 6 mars 2024. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

Aucune des personnes avec lesquelles Reuters s’est entretenu n’a souhaité être identifiée par son nom complet. Les CPP craignaient d’être identifiés par Israël ou par les clans de spéculateurs dont ils avaient saisi les marchandises, a déclaré l’un d’entre eux. Les personnes qui soutiennent les CPP craignent qu’Israël ne les considère comme des partisans du groupe terroriste palestinien du Hamas.

Ceux qui ont exprimé leur inquiétude à leur sujet craignaient d’irriter le groupe ou les factions qui les soutiennent, ont-ils déclaré.

La guerre a éclaté lorsque des terroristes dirigés par le Hamas ont pris d’assaut le sud d’Israël le 7 octobre, tuant près de 1 200 personnes, principalement des civils, tout en prenant 253 otages de tous âges, en commettant de nombreuses atrocités et en utilisant la violence sexuelle comme arme à grande échelle. La plus jeune victime avait 10 mois tandis que le plus jeune otage a un an.

En réponse à cette attaque, la plus meurtrière de l’histoire du pays et la pire menée contre des Juifs depuis la Shoah, Israël a juré d’anéantir le Hamas et de mettre fin à son règne de seize ans, et a lancé une opération aérienne suivie d’une incursion terrestre dans la bande de Gaza, qui a commencé le 27 octobre.

Plus de 30 000 personnes seraient mortes à Gaza depuis le début de la guerre, selon le ministère de la Santé du Hamas. Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ils incluraient ses propres terroristes et hommes armés, tués en Israël et à Gaza, et les civils tués par les centaines de roquettes tirées par les groupes terroristes qui retombent à l’intérieur de la bande de Gaza.

Spéculateurs – Profiteurs

Le Hamas dirige la bande de Gaza depuis 2007, et contrôle notamment la police civile, après s’être emparé du territoire de l’Autorité palestinienne (AP) basée en Cisjordanie lors d’un coup d’État sanglant.

Des responsables de l’Office controversé de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), ont déclaré que des agents de la police municipale de Gaza, dirigée par le Hamas, avaient refusé d’escorter les convois d’aide après que plusieurs d’entre eux ont été tués lors de frappes israéliennes.

Un membre masqué des « Comités populaires de protection », créés par le Hamas et d’autres groupes terroristes contrôlant la circulation dans la ville de Rafah, dans le sud de Gaza, le 6 mars 2024. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

Le conflit a entraîné de graves pénuries de tous les produits à Gaza, Israël n’autorisant que l’aide humanitaire à entrer dans l’enclave, à un rythme bien plus lent que celui des denrées alimentaires et des médicaments avant le conflit.

Israël, qui contrôle tous les camions entrant dans la bande de Gaza en provenance d’Israël et d’Égypte, a reproché aux Nations unies de ne pas acheminer l’aide assez rapidement après leur validation, ce qui a entraîné une baisse générale des livraisons au cours du mois dernier.

L’ONU a déclaré qu’il était de plus en plus difficile de distribuer l’aide à l’intérieur de la bande de Gaza. Le flux d’aide en provenance d’Égypte s’est quasiment tari au cours des deux dernières semaines, et l’effondrement de la sécurité a rendu de plus en plus difficile la distribution des denrées alimentaires qui parviennent jusqu’à nous, selon les données et les responsables de l’ONU.

Les prix ont grimpé en flèche, exaspérant une population dont presque tous les membres ont déjà perdu leur maison et vivent désormais dans le dénuement, sous des tentes ou dans d’autres abris temporaires, avec peu de biens en dehors des vêtements qu’ils portent.

« Le ministère de l’Économie [dirigé par le Hamas] fixe le prix de chaque marchandise et tout le monde doit s’y conformer, y compris les grands commerçants avant les plus petits », a déclaré l’un des hommes masqués.

Ils avertissent les commerçants dont les prix sont trop élevés et confisquent les marchandises des récidivistes pour les vendre au prix fixé, a-t-il ajouté.

« Ils répondent à notre appel pour nous protéger contre les prix élevés », a déclaré Akram, un habitant de Rafah exaspéré par l’inflation galopante et qui a dû arrêter de fumer parce qu’une seule cigarette coûtait le prix d’un paquet entier auparavant.

Ce père de quatre enfants à Rafah a déclaré qu’il avait d’abord accueilli favorablement l’idée des CPP, mais qu’ils s’étaient révélés inefficaces et qu’ils s’en prenaient aux mauvaises personnes.

« Ils devraient concentrer leur mission sur le poste frontière de Rafah, où les marchandises entrent et où ils doivent faire pression sur les commerçants les plus importants pour qu’ils baissent les prix », a-t-il indiqué.

Selon un autre habitant de Rafah, les commerçants qui vendent des marchandises à un prix élevé sont souvent des personnes déplacées qui ont été forcées d’acheter leurs marchandises à des prix exorbitants auprès de spéculateurs.

« Pourquoi le ministère de l’Économie ne peut-il pas former des groupes pour mener ces campagnes et inspecter les marchés ? »

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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