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Herzog appelle au « tact » dans un contexte de heurts entre Juifs et Palestiniens

Pour Yom Yeroushalayim, le président a affirmé que des "meurtriers dévoyés" voulaient s'en prendre aux Israéliens ; il a appelé à l'unité alors qu'il s'exprimait dans une yeshiva

Le président Isaac Herzog lors d'une cérémonie officielle de Yom Yeroushalayim organisée sur la Colline des munitions à Jérusalem, le 29 mai 2022. (Crédit : Arie Leib Abrams/Flash90)
Le président Isaac Herzog lors d'une cérémonie officielle de Yom Yeroushalayim organisée sur la Colline des munitions à Jérusalem, le 29 mai 2022. (Crédit : Arie Leib Abrams/Flash90)

Le président Isaac Herzog a souligné, dimanche, l’importance de défendre le pays contre « des meurtriers dévoyés » tout en exhortant les Israéliens à faire preuve de « tact envers autrui » alors que des affrontements violents faisaient rage dans la Vieille Ville de Jérusalem.

« Yom Yeroushalayim est une journée de fête pour tout Israël, le symbole d’un moment historique qui a transformé nos vies en tant que peuple et en tant qu’État », a dit le président à l’occasion de la Journée de Jérusalem, citant ensuite les propos tenus par feu son père, Chaim Herzog, qui était général au sein de Tsahal : « Pour des générations entières, les Juifs parleront de ce moment, de cette nation… qui a transcendé cet instant et qui, tournant le dos à la haine mutuelle, a mérité ce moment ».

Même si elle est une fête nationale, la Journée de Jérusalem, qui marque la conquête par l’État juif, en 1967, lors de la guerre des Six jours, de la Vieille Ville et de Jérusalem-Est – qui étaient jusqu’à ce moment-là sous le contrôle de la Jordanie – est principalement célébrée aujourd’hui par les Juifs orthodoxes du camp national-religieux.

S’exprimant lors de la cérémonie nationale organisée pour Yom Yeroushalayim sur la colline des Munitions – là où avait eu lieu l’une des batailles les plus féroces de la guerre des Six jours – Herzog a fait la différence entre « la Jérusalem matérielle » et « la Jérusalem spirituelle », encourageant les personnes présentes à s’interroger sur l’importance de chacun de ces deux aspects dans leur quotidien.

« La Jérusalem du dessous, la Jérusalem matérielle, se développe, elle est en train de pousser en hauteur, de s’élargir, d’approfondir ses racines. Ce qui est la meilleure preuve de l’avenir prometteur de la ville, de sa souveraineté et de son caractère éternel », a-t-il déclaré.

« Mais au-delà de cette grâce qui nous est faite, nous devons prendre le temps nécessaire pour nous interroger : la Jérusalem du dessus est-elle également présente dans nos vies ? Est-ce que la Jérusalem du dessus, cette Jérusalem qui existe en esprit et en pensée, cette Jérusalem si pleine d’inspiration et de profondeur, cette Jérusalem des prophètes qui ont prôné vérité et justice, cette Jérusalem-là est-elle encore centrale dans nos vies d’Israéliens? », s’est demandé Herzog.

« Jérusalem est la ville où l’esprit israélien, et où le sens israélien de la responsabilité sont testés. Jérusalem et notre existence se confondent. C’est de Jérusalem que nous avons reçu notre droit historique, notre identité, notre patrimoine », a ajouté le président qui a exhorté les Israéliens à réfléchir à leur propre rôle et à leurs responsabilités dans la nécessité de « réduire les différences entre la Jérusalem du dessus et la Jérusalem du dessous ».

Des Palestiniens brandissent leur drapeau national sur une barrière alors que des Israéliens lèvent le leur à la porte de Damas, dans la Vieille Ville de Jérusalem, à l’occasion de Yom Yeroushalayim, le 29 mai 2022. (Crédit : Ahmad GHARABLI / AFP)

Créer le lien entre les deux « est inextricablement lié à l’intensité de notre certitude que notre connexion à Israël est éternelle » et est lié aussi « à notre tact à l’égard d’autrui – à l’égard de la mosaïque de religions, de communautés et de confessions qui vivent ici », a-t-il continué.

Herzog a vivement recommandé à l’assistance de s’efforcer de vivre à la fois « dans la Jérusalem du dessous et dans la Jérusalem du dessus, ensemble et pour toujours », avant d’ajouter que « ce que nous réussirons à faire ici, sur ce carré de terre offert par Dieu, nous pourrons le réussir partout ».

Dimanche dans la journée, plus de 70 000 nationalistes qui ont défilé dans la Vieille Ville de Jérusalem dans le cadre de la « marche des drapeaux » traditionnelle et controversée.

Certains ont entonné des slogans racistes et se sont heurtés aux Palestiniens et aux forces de police.

Ce cortège a été considéré comme ayant réuni un nombre sans précédent de participants depuis des années, avec des dizaines de milliers de Juifs israéliens – un grand nombre d’entre eux étant de jeunes étudiants originaires des implantations de Cisjordanie – qui ont envahi le centre-ville de Jérusalem avant de se rendre à la porte de Damas, où une vague de drapeaux bleus et blancs a déferlé.

Plus de 2 600 Juifs israéliens ont par ailleurs pu entrer sur le mont du Temple avant le défilé, un chiffre là aussi sans précédent. Le mont du Temple – c’est le lieu le plus saint du judaïsme et le troisième sanctuaire le plus sacré de l’Islam – est un point de friction majeur entre Juifs et musulmans.

Des Palestiniens affrontent des Juifs brandissant des drapeaux israéliens dans la Vieille Ville de Jérusalem lors de Yom Yeroushalayim, le 29 mars 2022. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

« Nous devons le souligner et le dire aussi clairement que possible : Jérusalem dans son ensemble, Jérusalem en tant que ville unifiée, est la capitale d’Israël, un symbole de l’État et de la souveraineté d’Israël, et ainsi en sera-t-il pour toujours », a dit Herzog dans son discours de dimanche.

« La diversité humaine unique que Jérusalem a reçu en bénédiction, cette mosaïque colorée formée de membres de toutes les religions, de toutes les communautés et de toutes les parties de la société, n’est pas contradictoire avec l’unité de la souveraineté de Jérusalem », a continué le président.

« Bien au contraire, tout cela nous délègue une responsabilité particulière. De cet engagement souverain naît notre engagement en faveur de la liberté de confession, de la liberté de culte pour tous ceux qui arpentent les portes de la ville, les portes des cieux », a-t-il poursuivi.

Terminant son discours, Herzog a mentionné « les familles endeuillées et les personnes blessées dans leur corps et dans leur âme » au cours de la dernière vague d’attentats terroristes, la plus meurtrière depuis des années.

« Les derniers mois nous ont apporté une fois encore la preuve que nous devons encore nous défendre face à des meurtriers dévoyés qui veulent nous nuire – notamment à Jérusalem. Ils n’y parviendront pas, ni dans la capitale éternelle d’Israël, ni où que ce soit ailleurs », a-t-il indiqué, terminant par une prière, « une prière de grâce, une prière d’espoir, une prière pour une ville de Jérusalem réédifiée, une prière pour une ville de Jérusalem en cours de réédification, pour une ville de Jérusalem qui sera réédifiée pour nous, en dessous et au dessus ».

Herzog était aussi invité à s’exprimer à la yeshiva Mercaz HaRav à Jérusalem, l’un des établissements religieux les plus grands et les plus influents de tout le pays. Il a été le seul haut-responsable à avoir été invité à prendre la parole cette année à l’occasion de la Journée de Jérusalem, après la décision prise par la yeshiva de ne pas convier le Premier ministre Naftali Bennett.

Certains commentateurs ont critiqué le centre pour ce boycott de Bennett, déplorant une décision politique, tandis que d’autres ont défendu la yeshiva, notant que le leader de l’opposition Benjamin Netanyahu n’a pas été non plus invité et estimant que cette démarche avait eu pour objectif d’éviter de manière plus générale une intrusion dans le domaine politique. L’allocution de Herzog s’est concentrée sur l’unité et sur l’importance de mettre de côté les différends politique, apparemment en référence à cette controverse.

« Je me tiens devant vous et je veux le souligner : l’unité israélienne est sacrée. Nous devons la sauvegarder, la renforcer. Nous devons combattre les haines et le factionnalisme et nous devons refuser le boycott de ceux qui ne pensent pas comme nous », a dit Herzog.

« Nous devons tous nous comporter de manière responsable », a-t-il ajouté. « Nous devons placer ce qui est bon pour la nation toute entière et ce qui est bon pour l’État d’Israël au-dessus de tout le reste… Nous devons nous souvenir que personne n’a demandé à ceux qui défendaient, à ceux qui aidaient à l’unification d’Israël, en ces moments de gloire, d’héroïsme, de sanctification du nom de Dieu, en ces moments où ils offraient leur corps et leur âme, il y a 55 ans, quelles étaient leurs opinions politiques, s’ils portaient ou non la kippa et quelle kippa exactement ».

Aaron Boxerman et Emanuel Fabian ont contribué à cet article.

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