Moins de la moitié des Arabes israéliens ont voté le 9 avril – Enquête
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Moins de la moitié des Arabes israéliens ont voté le 9 avril – Enquête

Arik Rudnitzky de l'Institut de la démocratie, cite la loi de l'État-nation pour l'abstention arabe, l'effondrement de la Liste arabe unie et l'effet dissuasif des caméras du Likud

Une arabe israélienne vote aux élections législatives israéliennes du 9 avril 2019 à Daliyat al-Carmel, dans le nord d'Israël. (Jalaa Marey/AFP)
Une arabe israélienne vote aux élections législatives israéliennes du 9 avril 2019 à Daliyat al-Carmel, dans le nord d'Israël. (Jalaa Marey/AFP)

Moins de la moitié des Arabes israéliens éligibles, y compris les Druzes, ont voté aux élections nationales d’Israël en avril, selon un nouveau rapport de l’Institut israélien de la démocratie [IID]. Selon la nouvelle étude, le taux de participation arabe est inférieur aux estimations précédentes, qui avaient déjà montré que le taux de participation dans le secteur arabe était nettement inférieur à celui des élections précédentes.

L’estimation de l’IID situe la participation arabe du 9 avril à 49,2 %. A titre de comparaison, quelque 63,5 % des Arabes israéliens ont voté aux élections nationales de mars 2015, selon le rapport de l’IID.

Les chiffres de l’IID montrent que la participation du secteur arabe en 2019 a été la plus faible en 20 ans. Certains analystes ont indiqué que le taux de participation a été le plus bas de l’histoire d’Israël.

Les calculs de l’IID sont inférieurs à ceux de Yousef Makladeh, un statisticien arabe israélien, qui a déclaré qu’environ 52 % des Arabes israéliens ont voté lors des élections d’avril. Pour 2015, l’estimation de Makladeh était plus proche de celle de l’IID, à 63,7 %.

Il est pratiquement impossible de déterminer avec précision le taux de participation global des électeurs arabes car les données officielles n’indiquent pas combien d’Arabes et de Juifs votent dans des villes mixtes comme Jaffa.

Taux de participation global et du secteur arabe aux récentes élections israéliennes. (Institut israélien de la démocratie)

Arik Rudnitzky, le chercheur qui a rédigé le rapport de l’IID, a déclaré que moins d’Arabes ont voté lors des dernières élections qu’en 2015, en partie pour protester contre les politiques israéliennes telles que la loi de l’État-nation.

Les dirigeants de Hadash-Taal, Ayman Odeh (à gauche) et Ahmad Tibi à l’extérieur de la Commission centrale électorale, le 21 février 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

« La loi de l’État-nation a créé un obstacle majeur à la participation des Arabes à cette élection », a-t-il déclaré lors d’un entretien téléphonique avec le Times of Israel.

La loi, adoptée par la Knesset en juillet 2018, proclamait Israël comme « la patrie nationale du peuple juif », reconnaissait les fêtes juives et les journées de commémoration, et contrairement à la Déclaration d’indépendance d’Israël, elle ne faisait aucune référence à l’égalité des citoyens israéliens.

De nombreux dirigeants arabes ont critiqué la législation, certains allant même jusqu’à la qualifier de « raciste ». Des dizaines de milliers d’arabes israéliens et de juifs ont également participé à des manifestations contre elle, dans les semaines qui ont suivi son adoption.

M. Rudnitzky a également estimé que moins d’Arabes étaient venus voter en partie pour s’opposer à la dissolution de la Liste arabe unie, une alliance des quatre principaux partis à majorité arabe qui ont travaillé ensemble pendant le mandat précédent de la Knesset.

Après plusieurs cycles de négociations en février, la Liste arabe unie n’est pas parvenue à un accord pour se présenter ensemble aux élections du mois dernier. Au lieu de cela, ses quatre principales factions constituantes se sont présentées sur deux listes distinctes et ont remporté 10 sièges à elles deux, soit trois de moins que la Liste arabe unie en 2015.

La Liste arabe unie a été constituée en janvier 2015 après que la Knesset a relevé de 2 % à 3,25 % le seuil électoral d’entrée à la Knesset qui compte 120 sièges, faisant craindre que les petits partis ne puissent se présenter seuls pour les élections.

Une caméra cachée sur un observateur du Likud, dans un bureau de vote d’une ville arabe, lors des élections du 9 avril 2019. (Crédit : Hadash-Taal)

Un autre facteur qui a été cité pour expliquer la baisse de la participation arabe est le fait que le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le Likud, a envoyé 1 200 observateurs équipés de caméras dans les bureaux de vote des localités arabes, dans des zones qui présentaient un fort risque de fraude électorale le jour des élections, a-t-il dit.

Ce jour-là, Hadash-Taal et le président de Balad, Jamal Zahalka, ont déposé une plainte au sujet des caméras cachées devant la commission centrale électorale, qui a conclu que les appareils d’enregistrement violaient les lois électorales. Zahalka a allégué dans sa plainte que l’action « illégale » était une tentative d’intimidation pour empêcher les Arabes d’exercer leur droit de vote. Le président de la commission, le juge Hanan Melcer, a déclaré que la loi n’autorisait le tournage dans les bureaux de vote que dans des « circonstances extraordinaires » et a ordonné au Likud de retirer son matériel d’enregistrement.

Les caméras auraient été déployées à l’initiative de Netanyahu. Effectuée par Kaizler Inbar, une société de relations publiques pro-implantations, l’opération comprenait 1 200 caméras et appareils d’enregistrement, 40 coordinateurs dans tout le pays et 19 membres des forces de sécurité envoyés pour protéger les activistes dans le cas où ils seraient interpellés. Kaizler Inbar s’est ensuite vanté que la campagne avait dissuadé les électeurs arabes. Dans un message sur Facebook, il établit un lien direct entre la campagne et le faible taux de participation des Israéliens arabes, se félicitant du fait qu’il a été « le plus bas enregistré ces dernières années ».

Cependant, les résidents arabes de Tamra et de Shfaram qui ont parlé au Times of Israel le 9 avril, y compris certains qui ont dit qu’ils n’avaient pas l’intention de voter, ont déclaré que les caméras ne les avaient pas intimidés.

Le rapport de l’IID a constaté que 52 % des Arabes vivant dans les villages arabes du nord d’Israël ont voté le jour du scrutin, tandis que 49,9 % résidant dans les villes arabes du triangle (villes arabes du centre d’Israël près de la Cisjordanie) ont voté, 41,5 % vivant dans les localités arabes du secteur de Jérusalem et 37,5 % dans les communautés bédouines du Néguev ont aussi voté.

Un Arabe israélien se prépare à voter aux élections parlementaires israéliennes dans un bureau de vote installé dans une école à Taibé, dans le nord du pays, le 9 avril 2019. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

M. Rudnitzky a déclaré que les Bédouins du Néguev ont traditionnellement voté en petit nombre, s’intéressant davantage au leadership tribal et local qu’à la Knesset. Il a également déclaré que les Bédouins qui ont voté en avril ont surtout soutenu le parti Raam-Balad, qui a remporté quatre sièges, franchissant ainsi de justesse le seuil de la Knesset. L’autre liste arabe, Hadash-Taal, a remporté six sièges.

Dans certains cas, les Bédouins du Néguev, qui vivent dans des villes qu’Israël ne reconnaît pas, doivent aussi parcourir de longues distances pour aller voter dans les localités voisines.

Selon le rapport, 28,4 % des électeurs arabes israéliens ont voté pour les partis sionistes, Meretz ayant obtenu 8,7 % de l’ensemble des voix arabes, Kakhol lavan 8,1 % et le Likud 2,3 %.

Vue de la ville arabe-israélienne de Nazareth, le 26 janvier 2016. (Lior Mizrahi/Flash90)

Dix-huit pour cent des électeurs arabes israéliens ont soutenu les partis sionistes lors des élections de 2015 et 22 % l’ont fait en 2013, selon Rudnitzky, qui a affirmé que l’augmentation du soutien aux partis sionistes ne signifie pas un changement dans la société arabe israélienne.

« Fondamentalement, de nombreux électeurs arabes ont voté pour des partis arabes lors des élections précédentes, mais se sont abstenus cette fois-ci, augmentant le pourcentage d’électeurs arabes pour les partis juifs », a-t-il précisé.

Le rapport note que Hadash-Taal a remporté 39,3 % du vote total des Arabes israéliens, alors que Raam-Balad en a obtenu 31,5 %.

Hadash-Taal est une alliance d’un parti socialiste qui met l’accent sur le partenariat arabo-juif (Hadash) et une faction exclusivement arabe (Taal) ; Raam-Balad est une coalition d’un parti islamiste (Raam) et d’une faction nationaliste (Balad).

Le rapport indique également que plusieurs arabes chrétiens, 45 %, ont voté pour Hadash-Taal. En comparaison, 8,7 % des arabes chrétiens ont voté pour Raam-Balad, 16,9 % pour Meretz et 15,9 % pour Kakhol lavan.

Aida Touma-Sliman, la candidate numéro trois sur la liste de Hadash-Taal, est chrétienne.

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