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Pour Smotrich, c’est une erreur qu’Aharon Barak défende Israël à La Haye

Le ministre des Finances affirme que "mettre les clés aux mains" de l'ex-juge ouvertement opposé à la refonte judiciaire est une décision prise par Netanyahu, "sans nous consulter"

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich lors d'une conférence de presse conjointe avec le ministre de la Défense Yoav Gallant, à Jérusalem, le 26 décembre 2023. (Crédit : Chaïm Goldberg/FLASH90)
Le ministre des Finances Bezalel Smotrich lors d'une conférence de presse conjointe avec le ministre de la Défense Yoav Gallant, à Jérusalem, le 26 décembre 2023. (Crédit : Chaïm Goldberg/FLASH90)

Le choix du Premier ministre Benjamin Netanyahu de nommer Aharon Barak, président de la Cour suprême à la retraite, comme représentant d’Israël au sein du panel de 15 juges de la Cour internationale de justice (CIJ), située à La Haye, a été fait « sans nous consulter », a déclaré lundi le ministre des Finances Bezalel Smotrich, se joignant à un chœur de voix critiques à droite.

S’adressant aux journalistes avant la réunion des factions de son parti HaTzionout HaDatit à la Knesset, Smotrich a affirmé que « mettre les clés dans les mains d’Aharon Barak, qui est un homme honorable, est une erreur ».

« C’est une décision prise par le Premier ministre sans nous consulter. »

Répondant aux informations « selon lesquelles nous aurions mis fin à la guerre et serions passés au stade des opérations spéciales », Smotrich a déclaré que la guerre « ne pourra prendre fin avant que nous n’ayons pleinement atteint les objectifs de la guerre, à savoir tout d’abord la destruction des capacités politiques et armées du [groupe terroriste palestinien du] Hamas et, bien entendu, le retour des otages ».

Les déclarations de Smotrich surviennent après que le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a critiqué le ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour avoir déclaré à la presse américaine que Tsahal passerait de ce qu’il a appelé la « phase de manœuvre intense de la guerre » à « différents types d’opérations spéciales » dans le nord de la bande de Gaza.

Smotrich s’est également défendu des critiques concernant sa recommandation en faveur d’une émigration palestinienne « volontaire » de Gaza, arguant « qu’il n’est pas question d’expulser les résidents par la contrainte ou la force » et soulignant que de nombreux Palestiniens souhaitaient s’installer à l’étranger en raison de la situation humanitaire qui règne dans le territoire côtier.

La fumée des roquettes tirées depuis la bande de Gaza vers Israël au-dessus d’un bâtiment, le 7 janvier 2024. (Crédit : AFP)

« Si j’ai raison et que de nombreux Palestiniens veulent partir, cela se produira, et si ce n’est pas le cas, cela ne se produira pas », a-t-il affirmé.

Le ministre des Finances a également rejeté les critiques américaines concernant son refus d’autoriser le transfert de fonds des impôts palestiniens vers Gaza.

« Est-il concevable que Washington transfère des centaines de millions de dollars chaque mois à Al-Qaïda ? »

Le nom d’Aharon Barak a été suggéré par le département international du bureau de la procureure générale, soutenu par la procureure générale Gali Baharav Miara, et personnellement approuvé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, a rapporté la Douzième chaîne.

D’autres candidats ont été envisagés pour le poste, mais Barak a été choisi en raison de sa réputation internationale, a déclaré au site d’information Walla une source anonyme ayant connaissance des débats.

Barak, rescapé de la Shoah, est respecté à l’échelle internationale et sera perçu comme tout sauf un allié de Netanyahu. Au cours de l’année écoulée, le gouvernement Netanyahu a tenté de faire avancer un plan de refonte du système judiciaire visant à mettre à l’écart les pouvoirs assumés par la plus haute juridiction israélienne, largement attribués au mandat de Barak – ce que le juge à la retraite a vivement critiqué.

Barak est depuis longtemps vilipendé par de nombreuses personnes de la droite radicale pour son approche activiste, et ses déclarations anti-refonte ont suscité de nouvelles critiques cinglantes de la part des partisans du plan. Des manifestants favorables et défavorables à la refonte se sont rassemblés devant son domicile à plusieurs reprises au cours de l’année écoulée.

Selon la chaîne publique israélienne Kan, des ministres ont exprimé des opinions contradictoires sur la nomination dans le groupe WhatsApp du gouvernement.

L’ancien président de la Cour suprême, Aharon Barak, s’exprimant lors d’une conférence de presse avec des familles dont les proches ont été enlevés par des terroristes du Hamas et sont détenus à Gaza depuis le 7 octobre, le 3 novembre 2023. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Le ministre du Patrimoine, Amichaï Eliyahu, du parti d’extrême-droite Otzma Yehudit, a estimé que Barak n’avait pas les « bonnes notions en la matière ».

Eliyahu a déclaré au site d’information Ynet que Barak, 87 ans, « a une vision du monde qui nuit à Tsahal. Ses positions et ses valeurs ont détruit la force de dissuasion de Tsahal ».

« Nous ne devrions pas mentir, il ne nous représente pas », a affirmé Eliyahu.

Le ministre de l’Intérieur Moshe Arbel (Shas) a lui déclaré que Barak était « un choix très raisonnable, en particulier pour l’arène internationale », selon Kan.

Le ministre Benny Gantz, chef du parti HaMahane HaMamlahti, et membre du cabinet de guerre, a salué Barak comme un « patriote israélien qui a toujours répondu à l’appel de son pays qu’il aime tant », et a qualifié la décision de « juste et appropriée », dans un message publié sur X.

« Ce n’est pas la première fois que l’État d’Israël a besoin de l’esprit, des connaissances infinies et du statut international unique du juge Aharon Barak. Je le félicite pour sa nomination et lui souhaite bonne chance », a écrit sur X le chef de l’opposition Yaïr Lapid, président de Yesh Atid.

Le député Gideon Saar (HaMahane HaMamlahti), ancien ministre de la Justice, a salué la « juste » décision de nommer Barak.

« Au moment de vérité, l’incitation à la haine contre Barak, la diffamation et la délégitimation [de Barak] ont cédé la place au statut international, à la bonne réputation acquise au fil des décennies, au professionnalisme » du juge à la retraite, a écrit Saar.

« Ils ont manifesté contre lui, en ont fait un ennemi national, mais au moment de vérité, le gouvernement d’Israël a également compris qu’il s’agissait d’un expert juridique bien informé et apprécié dans le monde entier, et c’est pourquoi le Premier ministre l’a choisi », a écrit la députée Karine Elharrar (Yesh Atid).

« J’espère qu’ils lui ont également demandé pardon », a-t-elle ajouté.

La ministre des Transports Miri Regev (Likud) a déclaré qu’elle « n’aimait pas personnellement cette nomination », parce que Barak, a-t-elle dit, « n’est pas dans le consensus ».

Tally Gotliv (Likud) a exprimé sa déception face à cette nomination, citant les liens de Barak avec les manifestations contre la refonte du système judiciaire. « Celui qui s’est opposé au gouvernement et l’a présenté sous un jour négatif va désormais représenter le pays ? Et cela sous les auspices d’un gouvernement de droite. Extraordinaire », a-t-elle écrit sur X.

L’ONG Mouvement pour un gouvernement de qualité (MQG) en Israël a souhaité bonne chance à Barak : « Votre succès est le succès du pays. » « Nous ne doutons pas que sa grande expérience, son intégrité et la réputation internationale qu’il a acquise en tant qu’autorité dans le domaine juridique seront un atout précieux pour l’État d’Israël dans les moments les plus difficiles qu’il traverse », a déclaré le MQG dans un communiqué, ajoutant que les hommes politiques qui l’avaient dénigré devraient s’excuser.

En réponse à cette nomination, l’analyste politique Ben Caspit a ironisé dans une publication sur X : « J’étais sûr qu’ils enverraient [Ilan] Bombach », en référence à un avocat étroitement associé au Likud, parti du Premier ministre.

« Ceux qui ont insulté et maudit Aharon Barak pendant un an – et pendant des années – ont besoin de lui (…) Et Barak répond [à l’appel], parce qu’il est un démocrate, un sioniste et un patriote », a posté en ligne l’éditorialiste de Yedioth Ahronoth Nadav Eyal.

Des fonctionnaires de plusieurs ministères et agences gouvernementales sont impliqués dans le traitement de l’affaire par la CIJ, notamment le ministère de la Justice, le ministère des Affaires étrangères et le bureau du Premier ministre, entre autres.

Illustration : Les juges de la Cour internationale de justice lors d’une audience dans l’affaire opposant l’Arménie et l’Azerbaïdjan, à La Haye, au Pays-Bas, 30 janvier 2023. (Crédit : Peter Dejong/AP Photo)

Les procédures devant la CIJ ne sont pas de nature criminelle et le défendeur est l’État d’Israël et aucun fonctionnaire gouvernemental ou militaire individuel.

Selon le professeur Amichaï Cohen, expert en droit international des conflits armés à l’Institut israélien de la démocratie, il n’y aurait donc pas de conséquences pénales pour les responsables israéliens si jamais la CIJ se prononçait contre Israël, mais cela pourrait avoir de graves répercussions diplomatiques, en termes de sanctions éventuelles et d’autres mesures que les Nations unies et d’autres organismes internationaux pourraient prendre à l’encontre du pays.

L’une des préoccupations d’Israël est la demande de l’Afrique du Sud à la CIJ d’appliquer des « mesures provisoires » à l’encontre d’Israël, qui pourraient inclure un ordre d’arrêt des opérations de combat. L’Afrique du Sud a déclaré qu’elle demandait de telles mesures « pour assurer le respect par Israël de ses obligations au titre de la Convention sur le génocide de ne pas s’engager dans un génocide, de prévenir et de punir le génocide ».

Cohen a indiqué ne pas croire que la Cour émettra une ordonnance sommant Israël à mettre un terme à son opération militaire, notant qu’elle pourrait toutefois demander à Israël de revoir à la hausse les quantités d’aides humanitaires, de carburant ou de médicaments qui entrent dans l’enclave côtière.

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