Sortie du confinement, taux d’infection en chute libre, mais inquiétudes accrues
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Sortie du confinement, taux d’infection en chute libre, mais inquiétudes accrues

Avec la levée de certaines restrictions et l'arrivée de règles moins contraignantes, les statistiques sur le virus sont encourageantes, mais les décès continuent de s'accumuler

Une membre du personnel du centre médical Bnai Zion de Haïfa pendant le coronavirus 2020. (Autorisation, Micha Brikman)
Une membre du personnel du centre médical Bnai Zion de Haïfa pendant le coronavirus 2020. (Autorisation, Micha Brikman)

Israël a brisé sa réputation de mouton noir du coronavirus. Le pays a fait ses premiers pas vers une sortie du confinement national il y a une semaine, et se réjouit maintenant de redescendre dans le classement mondial des statistiques sur le coronavirus, après avoir occupé la place la plus critique.

Alors que le pays a entamé dimanche sa deuxième semaine d’allègement des restrictions, le cabinet du coronavirus s’est réuni et a voté la réouverture des écoles pour les enfants du CP au CM1 en début de semaine prochaine, si les taux de morbidité restent faibles.

Les ministres doivent encore décider s’il faut autoriser la réouverture des entreprises en contact avec la clientèle. Si cette décision est approuvée, elle devrait être limitée et ne concerner qu’une poignée de personnes.

Le gouvernement semble résister à la pression des lobbies qui réclament un retour plus rapide à la normale, soucieux d’éviter de répéter la réouverture rapide après le confinement du printemps, qui a été qualifiée d’échec. Lors de la réunion de dimanche, les ministres ont décidé de maintenir la plupart des restrictions sanitaires pendant au moins une semaine supplémentaire.

Le gouvernement tient à éviter de revivre l’humiliation de ces dernières semaines, au cours desquelles Israël, qui s’est autoproclamé vainqueur de la première vague de coronavirus, est devenu le pays qui a enregistré le plus grand nombre de nouveaux cas de COVID-19, puis le premier pays à réinstaurer un confinement.

Fin septembre, dix jours après le début de ce confinement, le nombre de nouvelles infections par habitant, calculé en moyenne sur sept jours, était presque trois fois supérieur à celui du second pays le plus touché.

Une personne fait du vélo dans une rue vide, au coucher du soleil, au premier jour du confinement à Tel Aviv, le 18 septembre 2020. (AP Photo/Ariel Schalit)

Aujourd’hui, Israël n’occupe plus que la 11e place, avec un nombre de nouveaux cas par habitant nettement inférieur à celui des États-Unis, du Royaume-Uni et de la Belgique.

Mais la question de la position d’Israël et de son pronostic est plus compliquée qu’un simple coup d’œil à un tableau. Pour avoir un bon aperçu, il faut examiner le bon, le mauvais et le moche dans la sortie de confinement d’Israël.

Le bon

Dans les hôpitaux, le personnel peut à nouveau respirer. Quand Israël est entré dans sa deuxième période de confinement le 18 septembre, on comptait près de 1 200 patients dans les hôpitaux, un nombre qui est passé à environ 1 700 au début du mois d’octobre, avec près de 900 dans un état grave.

Après quatre semaines de confinement rigoureux, et la dernière semaine passée sous restrictions allégées, 969 personnes sont hospitalisées pour le coronavirus, dont sont 548 dans un état grave.

Il y avait 46 370 cas actifs au début du confinement ; il y en a maintenant 15 833.

Le dépistage, qui est important dans la lutte contre le virus, fonctionne bien – si bien, en fait, qu’il y a de grandes capacités de réserve et, dans de nombreuses régions, des sessions de dépistage sont ouvertes à tous. La capacité de dépistage passera de 70 000 tests par jour à 100 000, ce qui signifie théoriquement que tout le pays pourrait être testé en l’espace de trois mois.

Un homme se fait tester au coronavirus à l’université Hébraïque de Jérusalem, le 21 octobre 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

L’État a apparemment réalisé que renvoyer les enseignants à l’école en septembre sans leur proposer de se faire tester avait été une erreur. Il a encouragé les enseignants de maternelle à le faire avant leur retour au travail le 18 octobre, et prévoit maintenant de faire de même pour les enseignants du primaire.

Le nombre de nouveaux cas quotidiens dans l’ensemble du pays, qui avait atteint une moyenne de plus de 6 000 sur sept jours au plus fort de la deuxième vague (prendre un instantané d’un jour n’est pas fiable) est maintenant inférieur à 1 000.

Israël peut être replacé sur une échelle mondiale grâce à une analyse des nouveaux cas quotidiens au cours de la dernière semaine par million de citoyens. La Belgique a enregistré en moyenne 963 cas, le Royaume-Uni 288 et les États-Unis 186. L’État juif, qui était en tête du peloton avec 703 cas fin septembre, n’en est plus qu’à 132, ce qui le place au 11e rang.

La question, bien sûr, est de savoir si Israël parviendra à conserver ces résultats durement acquis et à apporter de nouvelles améliorations, ou si nous nous dirigeons vers un scénario de déjà-vu avec une augmentation des cas et un nouveau pic.

Donnant lieu à l’optimisme, les principaux responsables politiques semblent avoir intériorisé la folie de la jubilation lorsque le premier confinement a été levé au printemps. Puis, un spectacle de voltige aérienne le jour de Yom HaAtsmaout, au-dessus des hôpitaux, a été ressenti par beaucoup comme un défilé de la victoire.

Le personnel médical acclame une équipe de voltige de l’armée de l’air israélienne survolant l’hôpital Ichilov à Tel Aviv, lors du 72e anniversaire de l’indépendance d’Israël, Yom HaAtsmaout, le 29 avril 2020. (Miriam Alster/Flash90)

Au départ, Israël a traité la bataille contre le coronavirus comme l’équivalent de la guerre des Six Jours : un combat court et intense au résultat rêvé. Aujourd’hui, il est clair que le combat ressemble davantage à la guerre d’usure de trois ans qui a suivi et qui a nécessité patience et détermination.

Contrairement à la dernière fois, où les discussions sur une réouverture mesurée ont fait place à un sprint désorganisé de retour à la normale, il y a cette fois-ci un plan de transition. Il est progressif et il est entendu que la « nouvelle normalité » devra rester en place pendant un certain temps.

Le gouvernement ne préconise jusqu’à présent pas de solutions rapides. La réunion du cabinet sur le coronavirus, qui s’est tenue dimanche, n’a pas débouché sur des projets fermes d’allégement plus important des restrictions, à part la réouverture des écoles pour les plus jeunes, ceux qui sont censés présenter le risque le plus faible d’attraper et de propager le virus.

Ils apprendront en petits groupes, par mesure de précaution supplémentaire, ce qui signifie que les élèves de CP et de CE1 n’iront à l’école que la moitié de la semaine.

Dimanche, le mot d’ordre du Premier ministre Benjamin Netanyahu était « progressivement ». Il a souligné avant la réunion : « Si la mortalité diminue, alors les restrictions diminueront aussi progressivement. Si la mortalité augmente, il n’y aura pas d’autre choix que de réimposer les restrictions. »

Et bien que la confiance du public dans les efforts déployés par l’État pour lutter contre le virus continue de poser de sérieux problèmes, les dirigeants sont devenus beaucoup plus transparents ces dernières semaines, apportant un changement indispensable dans la manière dont ils communiquent sur les mesures prévues.

Le ministre de la Santé, Yuli Edelstein, s’exprime lors d’une conférence de presse à Airport City, près de Tel Aviv, le 17 septembre 2020. (Flash90)

Le gouvernement s’est aliéné l’opinion par sa façon d’imposer le confinement, puis par sa décision de le renforcer. Mais à mesure que le confinement progressait, les dirigeants ont commencé à donner une meilleure idée de leurs plans, en indiquant les objectifs statistiques qu’ils visaient afin d’alléger les restrictions et en donnant une idée de ce à quoi ressemblera la levée des restrictions.

D’autres bévues ont également été corrigées. La lutte sanitaire d’Israël n’est pas parvenue à s’appuyer efficacement sur la recherche scientifique pour amener le public à se conformer aux règles, mais de réels efforts ont récemment été déployés dans ce domaine.

L’un des meilleurs a été une campagne, présentée à plusieurs reprises aux téléspectateurs d’émissions populaires et diffusée sur des panneaux d’affichage en hébreu et en arabe, disant aux gens en termes simples que les masques réduisent le risque d’infection de 85 %, et si deux personnes se côtoyant se couvrent le visage, de 95 %.

Des gens passent devant des affiches du ministère de la Santé demandant aux gens de porter un masque, à Jérusalem, le 11 octobre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le gouvernement aurait eu intérêt à partager ces chiffres lorsque les recherches ont été rendues publiques il y a plusieurs mois. Mais mieux vaut tard que jamais.

Le mauvais

Nous perdons encore des vies à cause du virus – et à une vitesse vertigineuse par rapport aux premiers mois de la pandémie.

Le nombre de morts s’élève désormais à 2 404, ce qui reflète une augmentation rapide depuis qu’il a franchi le cap des 1 000 morts le 5 septembre.

Un travailleur de la « Hevra Kadisha », la société funéraire juive officielle d’Israël, prépare un corps pour des funérailles, dans une morgue spéciale pour les victimes de la COVID-19 à Holon, le 23 septembre 2020. (AP Photo / Oded Balilty)

Israël est peut-être en train de glisser vers le bas du tableau mondial des infections, mais il reste en tête du tableau des décès par habitant au cours des sept derniers jours – conjointement avec la Belgique qui compte 3,2 décès par million de citoyens.

Et beaucoup d’autres décès sont inévitables, car les médecins sont consternés de constater que, même à ce stade de la pandémie, après sept mois de prise en charge de malades, ils constatent que lorsque l’état des patients se détériore à un point tel qu’ils ne peuvent plus respirer sans assistance, les taux de survie sont désastreux.

L’arrivée de l’hiver, et les épisodes de grippe qu’il entraîne, suscite des inquiétudes quant à l’effet dit de double épidémie, dans lequel les effets les plus néfastes de la COVID-19 et de la grippe se combinent.

L’effet peut être limité, car la distanciation sociale freinera la propagation de la grippe. Son effet peut aussi être accentué si la ruée mondiale sur les vaccins antigrippaux retarde l’approvisionnement d’Israël, ce qui, selon certains médecins, signifierait que certains vaccins arrivent trop tard pour apporter la meilleure protection. Il est trop tôt pour prédire l’intensité du combat qu’Israël mènera cet hiver, mais il est clair que le pays en aura un autre à mener.

Et il est inquiétant qu’Israël puisse disputer cette guerre sans général. Le responsable de la lutte contre le coronavirus, Ronni Gamzu, devrait quitter son poste à la fin du mois d’octobre. Il a été vivement critiqué par certains responsables politiques et plusieurs de ses projets ont été mis sur la touche. Ses fonctions sont considérées par de nombreux experts de la santé comme un calice empoisonné. Son remplaçant n’a pas encore été nommé, et il est tout à fait possible que le poste, créé et pourvu bien après la première vague, s’avère être sans lendemain.

Le responsable de la gestion du coronavirus en Israël, Ronni Gamzu, en visite à l’hôpital Ziv de Safed, le 27 septembre 2020. (David Cohen/ FLASH90)

Quant à la sortie de confinement elle-même, le talon d’Achille sont les « zones rouges », ou foyers épidémiques. Dans son plan, le gouvernement n’a pas prévu de mesures beaucoup plus strictes pour les zones les plus touchées que pour le reste du pays. Les mesures supplémentaires ont été timides et de courte durée, le gouvernement ayant levé mercredi les restrictions locales, sauf dans un quartier de Jérusalem. (La ville druze de Majdal Shams, où la mortalité liée au coronavirus a atteint un pic, sera sous cordon sanitaire pendant cinq jours à partir de lundi soir.)

Oui, les foyers de contamination, presque tous ultra-orthodoxes, ont connu une amélioration, mais les taux de virus y sont toujours préoccupants. Il semblerait que les résidents évitent de se faire tester, motivés par le désir de minimiser les taux d’infection. De plus, les progrès dans les quartiers sont fragiles, car dans beaucoup d’entre eux, les écoles ont rouvert sur la base de décisions rabbiniques qui violent la loi de l’État. Parallèlement, les étudiants plus âgés retournent à la yeshiva.

Dans les anciennes zones rouges, le sentiment n’est pas celui d’une tentative de retour à la normale, qui pourrait être interrompue si nécessaire. On a plutôt le sentiment que la vie est revenue à la normale, les responsables fermant largement les yeux sur la réouverture prématurée des écoles. Ce retour à la routine est considéré comme un fait accompli, sans retour en arrière.

Le moche

Alors que les dirigeants israéliens ont commencé à communiquer avec le public de manière plus efficace et plus transparente, la dynamique de confiance est toujours brisée. L’un des aspects les plus dommageables est le sentiment que les responsables politiques disent au public : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais. »

La liste des personnalités qui ont enfreint les règles ne cesse de s’allonger, laissant à de nombreux citoyens ordinaires le sentiment qu’ils sont des friers, ou des pigeons, s’ils se sacrifient davantage pour arrêter le virus que ceux qui mènent la bataille.

Gila Gamliel, ministre du Likud, s’exprime lors d’une conférence à l’université de Tel Aviv, le 11 juin 2019. (Flash90)

La ministre de la Protection de l’environnement, Gila Gamliel (Likud), est sous le feu des critiques depuis qu’elle a été contaminée par le coronavirus. Selon certaines informations, elle aurait voyagé du centre d’Israël à Tibériade à l’occasion de Yom Kippour et aurait prié à l’intérieur d’une synagogue.

Lors de la fête de Souccot, alors que recevoir des invités était interdit, Aviv Kohavi, chef d’état-major de l’armée israélienne, qui joue un rôle important dans la lutte sanitaire, a enfreint les règles. Il a présenté ses excuses, tout comme Nadav Argaman, chef du service de sécurité du Shin Bet, qui traque les téléphones de la nation pour donner des instructions de quarantaine aux personnes soupçonnées d’avoir été en contact avec un porteur de la COVID-19.

Le comportement des dirigeants n’encourage pas au respect des règles, tout comme la colère suscitée par la question Haredi.

Le second confinement a commencé après que des responsables politiques ultra-orthodoxes ont bloqué les tentatives de confinement localisé, dans les zones d’infection – principalement des quartiers Haredim.

Pendant la période de confinement, des informations ont montré que les règles sanitaires n’étaient pas respectées dans les zones ultra-orthodoxes, certaines d’entre elles ayant vu des rassemblements d’une ampleur stupéfiante être orchestrés par des rabbins, alors que les médecins mettaient en garde contre les conséquences sanitaires.

Des Juifs ultra-orthodoxes de la dynastie hassidique de Vishnitz assistent à un événement dans une Soucca à Bnei Brak, le 12 octobre 2014. (Crédit : Dror Garti/FLASH90)

Les frictions dans la société israélienne sont très fortes, le ressentiment envers les Haredim ne cesse de croître, aucun discours ne vient le dissiper, et on prédit qu’il pourrait être dominant lors des prochaines élections. Si les craintes des experts de la santé se concrétisent, et si les zones ultra-orthodoxes connaissaient de nouvelles flambées épidémiques qui se propagent à l’ensemble de la société, ce ressentiment deviendrait de plus en plus toxique.

Israël a fait des progrès significatifs dans sa lutte contre le coronavirus depuis la mi-septembre, mais la dynamique complexe de la politique et de la société israéliennes, ainsi que la virulence du virus et l’arrivée de l’hiver, font que nous devons les évaluer avec la plus grande prudence.

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