Test IKEA: Un mois après l’alerte de Netanyahu, le virus est-il vaincu ?
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Analyse

Test IKEA: Un mois après l’alerte de Netanyahu, le virus est-il vaincu ?

Le gouvernement va restreindre les rassemblements pour Yom HaZikaron et Yom HaAtsmaout, mais des ministres veulent revenir à la normale, car les statistiques sont encourageantes

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Des Israéliens devant le magasin Ikea de Rishon LeZion, le 22 avril 2020. (Capture d'écran Youtube)
Des Israéliens devant le magasin Ikea de Rishon LeZion, le 22 avril 2020. (Capture d'écran Youtube)

Le jour où Israël a annoncé la mesure radicale consistant à interdire l’accès des cimetières militaires aux familles endeuillées lors de Yom HaZikaron, la journée de commémoration des soldats tombés au combat, mardi prochain, et à interdire les rassemblements pour célébrer la fête de Yom HaAtsmaout mercredi, des avis se sont néanmoins multipliés selon lesquels de nombreux dirigeants du pays estiment que la lutte contre COVID-19 avait franchi un cap.

Symbolisant peut-être ce changement, les Israéliens ont afflué mercredi dans les succursales de l’enseigne IKEA – autorisées à rouvrir, selon les termes des directives assouplies introduites en début de semaine, en tant que fournisseur d’articles ménagers. Des images diffusées à la télévision ont montré des acheteurs enthousiastes essayant, sans toujours y parvenir, de respecter la distanciation sociale de deux mètres requise, alors qu’ils attendaient en grand nombre de pouvoir entrer.

Avec des scènes de grandes foules dans les bureaux de poste du pays, les images ont suscité un débat houleux lors de la vidéoconférence du gouvernement du jour, où les ministres se sont entretenus avec le directeur général du ministère de la Santé, Moshe Bar Siman Tov, et l’ont accusé de précipiter Israël plus profondément dans la ruine économique alors que les directives sur l’activité économique en général, et sur les ventes au détail en particulier, étaient désormais inutilement draconiennes.

Les restrictions strictes – et les nombreuses plaintes selon lesquelles les subventions et les prêts accordés par le gouvernement aux petites entreprises n’ont pas abouti – ont déclenché une série de protestations amères de la part des entrepreneurs indépendants ces derniers jours, dans un contexte où l’on craint de plus en plus que le gouvernement ne trouve pas le bon équilibre entre la crise sanitaire et la protection de l’économie.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, visite le centre d’opérations du coronavirus du Magen David Adom à Jérusalem avec le ministre des Finances Moshe Kahlon, à droite, le ministre de la Santé Yaakov Litzman, deuxième à droite, le ministre du Tourisme Yariv Levin, à gauche, et le conseiller à la sécurité nationale Meir Ben-Shabbat, deuxième à gauche, le 27 février 2020. (Crédit : Amos Ben Gershom / GPO)

Le ministre des Finances Moshe Kahlon – un politicien habituellement effacé et discret mais qui a vu le chômage en Israël passer de 3,6 % avant l’arrivée de la pandémie à un taux sans précédent de 26 % et en augmentation – a qualifié les restrictions d’illogiques et injustifiées lors de la séance de mercredi.

Alors que Kahlon insistait sur les dommages causés aux restaurateurs et aux coiffeurs, un deuxième ministre a demandé la réouverture des pépinières, et un troisième a exigé que tous les magasins, à l’exception des centres commerciaux, soient immédiatement autorisés à reprendre leurs activités, plutôt que les catégories de magasins ostensiblement « vitaux » autorisés à rouvrir jusqu’à présent.

Des clients essaient de garder une distance de sécurité entre eux alors qu’ils font la queue pour entrer dans un point de vente IKEA dans la ville côtière israélienne de Netanya le 22 avril 2020, après l’assouplissement par les autorités de certaines des mesures qui ont été mises en place pendant la crise de la nouvelle pandémie de coronavirus. (Photo de JACK GUEZ / AFP)

Se référant aux images d’IKEA, le ministre de l’Education Rafi Peretz a demandé pourquoi, si la situation était suffisamment sûre pour le grand magasin, 2,3 millions d’écoliers israéliens étaient encore gardés à la maison. Il a suggéré qu’il était temps de revenir au moins progressivement dans les salles de classe. Un autre ministre a ensuite insisté sur le début d’un retour pour les enfants d’âge préscolaire.

Une telle discussion aurait été impensable en Israël il y a quelques jours à peine, alors que les responsables de la santé mettaient encore en garde contre d’éventuelles épidémies majeures, en particulier dans les zones ultra-orthodoxes densément peuplées. Pas plus tard que samedi soir, lorsque le Premier ministre Benjamin Netanyahu a assoupli certaines restrictions, il a précisé que les statistiques encourageantes ne devaient pas inciter à la complaisance, et a précisé que la prochaine réévaluation des directives n’aurait lieu que dans deux semaines.

Mercredi, cependant, après avoir entendu le chœur des plaintes ministérielles, M. Netanyahu a décidé de convoquer une autre réunion du gouvernement pour jeudi afin d’envisager un nouvel assouplissement des directives. Selon des informations non confirmées, les restaurants seront bientôt autorisés à reprendre les ventes à emporter, les coiffeurs rouvriront leurs portes avec des restrictions, et les magasins de vêtements pourraient également obtenir le feu vert. Les commerçants du marché mythique Mahane Yehuda de Jérusalem, fermé, jurent de rouvrir dimanche, avec ou sans autorisation.

Un homme dort dans une rue vide pendant le confinement, suite aux mesures gouvernementales visant à stopper la propagation du coronavirus à Tel Aviv, Israël, le 11 avril 2020. (AP Photo/Oded Balilty)

Mercredi matin, le ministère de la Santé avait annoncé un bond relativement important de plus de 400 cas confirmés de COVID-19 depuis mardi, pour atteindre plus de 14 000 au total. Mais les initiés ont déclaré que ce chiffre était trompeur, reflétant en partie une augmentation importante des tests. Au total, Israël avait enregistré 189 décès à la date de mercredi soir – presque tous parmi les personnes âgées ou celles ayant déjà eu de graves problèmes de santé. Le classement mondial du Worldometer le place au 40e rang mondial pour le nombre de décès par habitant. En comparaison, la Belgique, avec environ 11 millions de personnes contre 10 millions pour Israël, a enregistré plus de 6 200 décès ; l’Espagne, avec peut-être cinq fois plus de citoyens qu’Israël, a enregistré près de 22 000 décès.

Depuis une semaine déjà, le nombre de nouveaux cas en Israël est dépassé par le nombre de guérisons. Depuis quelques jours, le nombre d’Israéliens sous respirateur est même en baisse générale, avec un chiffre de 106 à partir de mercredi soir. Israël se prépare à ce que plusieurs milliers de personnes aient besoin de respirateurs, et des directeurs d’hôpitaux non nommés, mercredi, auraient reproché au ministère de la Santé de continuer à allouer d’immenses moyens pour de nouvelles unités de COVID-19, alors que les tendances étaient apparemment si encourageantes.

Il est significatif que la Suède, dont la population est similaire à celle d’Israël, se rapproche des 2 000 décès – soulignant, pour les experts en santé d’Israël, le prix que le pays aurait pu payer s’il avait suivi la politique relativement laxiste de la Suède en matière de bouclage économique. Mais avec une économie si durement touchée et une plus grande confiance dans le fait que le COVID-19 est extrêmement dangereux uniquement pour les personnes âgées et vulnérables, la pression ministérielle de mercredi a reflété la conviction croissante qu’un virage a été pris et que le pire du danger est passé, du moins pour le moment.

Le directeur général du ministère de la Santé, Moshe Bar Siman Tov, lors d’une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 11 mars 2020. (Flash90)

Quelques heures après que son propre député a estimé que la vague actuelle du virus s’était presque « épuisée », Bar Siman-Tov est apparu à la télévision mercredi soir pour dire qu’il espérait qu’il y aurait de « bonnes nouvelles » après la réunion du gouvernement prévue jeudi.

Il a cité les avertissements de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) concernant une éventuelle deuxième et troisième vague de contagion, et a souligné que les tendances encourageantes pourraient s’inverser « en un instant ». Ce serait une erreur, a-t-il dit, « de dire que tout cela est derrière nous ». Mais il a également reconnu que « certaines choses auraient pu être faites de manière plus logique » en ce qui concerne les personnes autorisées à reprendre le travail, et a promis plus de clarté.

Des Israéliens devant le magasin IKEA de Rishon LeZion, le 22 avril 2020. (Capture d’écran sur Youtube)

Le fait que les ministres aient approuvé des restrictions strictes sur les commémorations et les célébrations de Yom HaZikaron et de Yom HaAtsmaout de la semaine prochaine, ainsi que sur les rassemblements pendant le mois musulman du Ramadan (similaires à celles imposées pour Pessah la semaine dernière), souligne qu’ils reconnaissent eux aussi que le virus est encore potentiellement dévastateur.

Mais il y a tout juste un mois, Netanyahu suggérait que le virus pourrait s’avérer être la plus grande menace pour l’humanité depuis le Moyen-Âge, et pressait son rival Benny Gantz de le rejoindre dans un nouveau gouvernement d’unité d’urgence et de l’aider à éviter la mort de « dizaines de milliers d’Israéliens ». Alors que Gantz a maintenant répondu à cet appel, et s’est même engagé à s’associer avec Netanyahu, IKEA est de retour dans les affaires, et le gouvernement actuel fait pression pour rouvrir les salons de coiffure et les crèches.

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