Il y a trois mois, lors de son intervention annuelle aux Nations unies à New York, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait déclaré quelque chose qu’il prévoyait comme un « choc » pour ses auditeurs : « Israël dispose d’un avenir brillant aux Nations unies ».

Il avait concédé qu’il « pourrait y avoir une tempête avant le calme », notant les rumeurs selon lesquelles certains pays prévoyaient de « se liguer contre Israël aux Nations unies plus tard cette année ». Affirmant qu’il « n’accepterait aucune tentative des Nations unies de dicter ses termes à Israël », il a réitéré sa conviction absolue que « la révolution de la place d’Israël parmi les nations » se fera même sentir au sein des Nations unies. « J’ai tellement confiance, en fait, que je prédis que d’ici une décennie, un Premier ministre israélien se trouvera où je suis et applaudira les Nations unies. »

Dans les récentes semaines, il avait mis à jour son évaluation, affirmant que le changement aux Nations unies interviendrait « encore plus tôt ». Les nations du monde sont demandeuses de la haute technologie israélienne et de son expertise anti-terrorisme, disait-il alors, et elles ne pensent plus que les implantations constituent la source du conflit israélo-palestinien, ou que le conflit israélo-palestinien, à son tour, est la source de l’instabilité du Moyen Orient.

Samedi soir, pendant sa première apparition publique après que les 15 membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont voté la résolution condamnant les implantations israéliennes, avec 14 voies pour et l’abstention américaine, Netanyahu n’a pas changé de position sur son objectif ambitieux.

« La résolution des Nations unies adoptée hier constitue seulement le chant du cygne d’un vieux monde qui a des préjugés contre Israël. Mais, mes amis, nous entrons dans une nouvelle ère », a-t-il proclamé.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu condamne la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies sur les implantations israéliennes, le 24 décembre 2016. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu condamne la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies sur les implantations israéliennes, le 24 décembre 2016. (Crédit : capture d’écran Deuxième chaîne)

Plutôt que d’admettre que la cuisante défaite diplomatique de vendredi montrait que la révolution attendue dans les relations internationales d’Israël pourrait, et c’est un euphémisme, avancer plus lentement que prévu, il a encore accéléré le calendrier qu’il avait fixé. « Contrairement à ce que vous pourriez attendre, il est très probable que la résolution scandaleuse d’hier puisse accélérer le processus. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. »

Netanyahu a fustigé l’administration américaine en place pour avoir permis que la résolution soit votée. Il a décidé de punir deux des quatre états qui ont présenté la résolution (les deux autres, la Malaisie et le Venezuela, n’entretiennent pas de relations diplomatiques avec Israël). Il a annulé la visite en Israël du ministre des Affaires étrangères du Sénégal et a suspendu tous les programmes d’aide aux états à majorité musulmane d’Afrique occidentale, alors qu’il avait déclaré la semaine dernière qu’il visiterait bientôt la région afin de renforcer les relations. En outre, le Premier ministre, qui est également ministre des Affaires étrangères, a ordonné l’annulation des visites en Israël des ambassadeurs non résidents du Sénégal et de Nouvelle-Zélande.

Enfin, il a annulé la visite prévue cette semaine en Israël du Premier ministre ukrainien Volodymyr Groysman, et a promis de couper le financement de plusieurs agences des Nations unies.

Ces décisions ont ignoré, peut-être de manière pratique, un fait simple : ce n’était pas les « Nations unies », ni Ban Ki-moon, ou l’administration Obama, qui ont voté la résolution vendredi, mais une majorité, presque unanime, de membres parmi les plus importants de l’institution. Oui, l’administration d’Obama l’a laissée passer en s’abstenant, mais les représentants de tous les 14 autres pays du conseil, dont, parmi eux, des alliés proches, ont levé la main en faveur de la résolution.

Ce n’était pas seulement la Nouvelle-Zélande, le Sénégal et l’Ukraine, mais aussi la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni, pas seulement des nations hostiles comme la Malaisie et le Venezuela, mais également des amis d’Israël comme l’Egypte, l’Angola, l’Espagne, la Japon et l’Uruguay. (Il y a seulement deux semaines et demi, Netanyahu a accueilli le ministre des Affaires étrangères de l’Uruguay Rodolfo Nin Novoa à Jérusalem et l’a remercié pour « l’amitié et le soutien » de son pays, soulignant « son rôle important au Conseil de Sécurité des Nations Unies ».)

On peut difficilement nier que Netanyahu soit un analyste perspicace sur les questions internationales. Il avait prédit que le Printemps arabe ne prendrait pas le tour aussi heureux que beaucoup avaient espéré, et il était aussi parmi les premiers à reconnaître la menace nucléaire venant d’un Iran toujours plus affirmé et cherchant à dominer la région.

Dans moins de dix ans, nous saurons si sa vision optimiste de la place d’Israël dans le monde était aussi précise que ses prédictions pessimistes concernant le Moyen Orient en général. Mais le fait que 14 des 15 états, représentant tous les continents, aient voté en faveur de la résolution, et que pas un seul n’ait voté contre, rend difficilement crédible son hypothèse, répété ad nauseam dans des discours et des réunions, qui affirmait que le monde ne se souciait plus de ce qu’Israël faisait en Cisjordanie.

Ce qui a été ressenti vendredi au Conseil de Sécurité va à l’encontre de la théorie de Netanyahu, selon laquelle les relations internationales d’Israël vont se développer si rien ne change dans les territoires. Tant que Jérusalem ne fera pas d’effort franc et visible pour résoudre le conflit israélo-palestinien, et le vote l’a démontré, il est peu probable que le monde oublie les implantations.

L’abstention américaine aurait-elle pu être évitée ?

Netanyahu avait anticipé avec anxiété la possibilité que Washington puisse soutenir une résolution anti-Israël au Conseil de sécurité dans les derniers jours de la présidence d’Obama. « Chaque jour qui passe, cela devient moins probable, mais c’est toujours possible », a-t-il récemment déclaré.

Il y a encore quelques semaines, tout semblait aller relativement calmement. Netanyahu et Obama semblaient avoir oublié leur opposition amère sur l’accord du nucléaire iranien et signé un accord pour la plus importante aide militaire américaine jamais accordée. Netanyahu avait fait un douloureux effort pour rester neutre dans la campagne américaine, de peur d’être perçu comme favorisant le candidat républicain, Donald Trump, qui avait promis de revenir sur beaucoup des décisions importantes d’Obama.

Même dans les jours qui ont immédiatement suivi l’élection du 8 novembre, Netanyahu s’est bien gardé de la sorte de jubilation exprimée par le ministre de l’Education Naftali Bennett, qui a salué la victoire de Trump comme la fin de la solution à deux états. Le président sortant, c’est tout du moins ce que beaucoup de gens pensaient, n’allait pas, dans les derniers jours de son mandat, ruiner son état de service du seul président américain à avoir bloqué toutes les initiatives anti-Israël au Conseil de Sécurité depuis 1967.

Mobile home dans l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie. (Crédit : Noam Moskowitz/Flash90)

Mobile home dans l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie. (Crédit : Noam Moskowitz/Flash90)

Puis la crise autour d’Amona, un avant-poste construit sur des terrains palestiniens privés et qui doit être démantelé, est survenue.

Netanyahu a fait de grands efforts pour apaiser les habitants des implantations, en proposant une loi qui légaliserait beaucoup d’autres implantations non reconnues, y compris des avant-postes illégaux et éloignés. Dans cette démarche, il a réaffirmé son « amour » pour le mouvement d’implantation. « Il n’y a pas de gouvernement qui ait montré plus d’intérêt pour l’implantation sur la Terre d’Israël, et aucun gouvernement ne montrera plus d’intérêt à ce sujet », a-t-il déclaré dimanche dernier.

Si Obama s’était effectivement « associé » aux Palestiniens pour proposer une résolution, comme des responsables israéliens l’affirment, la déclaration d’amour de Netanyahu aux habitants des implantations n’a certainement pas aidé à faire changer d’avis le président sortant. Affirmer ses propres préoccupations pour les implantations est « irréconciliable » avec le soutien affiché par Netanyahu à une solution à deux états, a déclaré Samantha Power, ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies, vendredi au Conseil de Sécurité pour expliquer son abstention.

L'ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies, Samantha Power devant le Conseil de sécurité après s'être abstenu sur une résolution anti-implantations, le 23 décembre 2016. (Crédit : capture d'écran Nations unies)

L’ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies, Samantha Power devant le Conseil de sécurité après s’être abstenu sur une résolution anti-implantations, le 23 décembre 2016. (Crédit : capture d’écran Nations unies)

« On ne peut pas à la fois soutenir l’expansion des implantations israéliennes et soutenir une solution viable à deux états qui mettrait un terme au conflit, a-t-elle déclaré. Il faut faire un choix entre les implantations et la séparation. »

Revenons un instant en arrière. Jeudi après-midi, quelques heures après que l’Egypte a appelé, de manière surprenante, à un vote sur un projet palestinien qui condamnait les implantations et « les actes de terrorisme, comme tous les actes de provocation, d’incitation à la violence ou de destruction », Netanyahu a publié un communiqué appelant les Etats-Unis à apposer leur veto sur le texte. Parallèlement, des responsables de Jérusalem (qui disent avoir appris que l’administration actuelle ne bloquera pas la résolution) ont contacté l’équipe de transition de Trump et ont demandé de l’aide pour que l’Egypte retire sa proposition.

Le président élu a fait ce qu’il fallait, et Le Caire a demandé un report indéfini du vote. Alors que d’autres pays allaient se mêler au débat, Jérusalem a continué de demander à Obama de suivre la politique de longue date de Washington : protéger Israël aux Nations unies.

Donald Trump et le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi lors d'une réunion à l'hôtel Plaza de New York, le 19 septembre 2016. (Crédit : Dominick Reuter/AFP)

Donald Trump et le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi lors d’une réunion à l’hôtel Plaza de New York, le 19 septembre 2016. (Crédit : Dominick Reuter/AFP)

Vendredi après-midi, un responsable israélien a accusé pour la première fois l’administration américaine d’avoir « concocté avec les Palestiniens une résolution anti-israélienne dans le dos d’Israël ». Dans un vocabulaire d’une dureté sans précédent, l’officiel a déclaré que la résolution fournirait un « soutien au terrorisme et aux boycotts et ferait du mur Occidental un territoire palestinien occupé. »

Quelques heures plus tard, la résolution a été votée à New York. Netanyahu a enlevé ses gants en fustigeant Obama pour s’être « associé » aux Palestiniens sur un texte « honteux » et « absurde ».

Samedi, des responsables israéliens sont allés encore plus loin en déclarant qu’Obama était la force motrice responsable de la résolution. « Nous savons cela de sources arabes et internationales », a déclaré un important responsable, refusant de donner plus de détails. D’autres responsables à Jérusalem ont supposé que c’était la tentative d’Israël de demander à Trump de contrer une possible abstention américaine qui a conduit à la décision d’Obama de ne pas mettre son veto.

Parallèlement, des sources bien placées à Washington ont déclaré qu’Obama, qui est actuellement en vacances à Hawaï, avait pris sa décision finale vendredi matin (heure d’Hawaï), lorsque le Sénégal, la Nouvelle-Zélande, le Venezuela et la Malaisie ont soutenu l’Egypte et ont appelé à un vote sur le projet palestinien.

On ne sait pas précisément ce qui s’est passé à Washington, New York, Hawaï et Jérusalem, ni si l’abstention américaine aurait pu être évitée si Netanyahu avait agi différemment ces derniers jours. Mais basé sur ce que l’on sait actuellement, la décision de Netanyahu d’attaquer publiquement Obama pour s’être « associé » contre Israël avant même que la résolution ne soit proposée au vote semble, pour le moins, peu sage. Pourquoi provoquer un homme qui a encore un mois au pouvoir, tout particulièrement lorsqu’un Conseil de Sécurité va se réunir d’ici quelques heures ?

Et maintenant ?

Dans un communiqué publié tard vendredi soir, le Premier ministre a déclaré qu’il avait hâte de travailler avec Trump « et avec tous nos amis au Congrès, républicains et démocrates confondus, pour s’opposer aux effets néfastes de cette résolution absurde ».

En effet, alors que la résolution 2334 n’appelle pas à des mesures immédiates et concrètes contre Israël, elle contient plusieurs passages inquiétants, d’un point de vue israélien. Par exemple, elle incite toutes les nations à « distinguer, dans leurs domaines respectifs, le territoire de l’Etat d’Israël et les territoires occupés depuis 1967 ». Cela pourrait être interprété comme un encouragement à étiqueter ou à boycotter les produits israéliens fabriqués dans les implantations.

Le texte appelle également « à la prise de mesures fortes pour renverser les tendances négatives sur le terrain », que certains pourraient comprendre comme une invitation à des sanctions contre Israël.

Le Dôme du Rocher, à gauche, sur le complexe appelé al-Haram al-Sharif par les musulmans et mont du Temple par les juifs, et le mur Occidental, site le plus saint du judaïsme, dans la Vieille Ville de Jérusalem, en octobre 2007. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Le Dôme du Rocher, à gauche, sur le complexe appelé al-Haram al-Sharif par les musulmans et mont du Temple par les juifs, et le mur Occidental, site le plus saint du judaïsme, dans la Vieille Ville de Jérusalem, en octobre 2007. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Des détracteurs israéliens, notamment le Premier ministre samedi soir, ont fustigé la résolution en la qualifiant d’absurde, puisqu’elle considère la Vieille Ville de Jérusalem, y compris le mur Occidental, comme un « territoire palestinien occupé ». Pour la plupart des oreilles juives, cela n’a bien sûr aucun sens, mais il n’y a rien de nouveau. Personne dans la communauté internationale, pas même les Etats-Unis, n’a jamais reconnu la souveraineté israélienne sur le moindre centimètre de territoire pris en 1967.

La résolution 465 du Conseil de sécurité, votée à l’unanimité en 1980, a établi que les actions israéliennes dans « les territoires palestiniens et arabes occupés depuis 1967, y compris Jérusalem, ou dans n’importe quelle autre partie, n’ont aucune validité légale […], constituent une violation de la quatrième Convention de Genève, et représentent une obstruction sérieuse à une paix globale, juste et durable au Moyen Orient. »

Le fait que les Etats-Unis n’aient pas apposé leur véto à une résolution du Conseil de sécurité condamnant une nouvelle fois Israël pour ses constructions dans les « territoires palestiniens » conquis en 1967 ne signifie pas que Washington a maintenant reconnu Jérusalem et la totalité de la Cisjordanie comme faisant partie d’un état de Palestine souverain. La position affichée par la majorité de la communauté internationale est que les frontières doivent être déterminées par les deux parties dans le cadre d’un accord final. Cette résolution ne change pas cela. Elle se contente d’appeler Israël à cesser d’essayer d’établir des faits sur le terrain avant qu’un tel accord ne soit obtenu.