Après l’arrêt de la grève de la faim, Israël affirme n’avoir ni négocié, ni cédé sur aucune demande
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Les Palestiniens affirment que Barghouthi a négocié avec Israël, ce que démentent les autorités

Après l’arrêt de la grève de la faim, Israël affirme n’avoir ni négocié, ni cédé sur aucune demande

Rejetant les informations palestiniennes, les autorités indiquent que l’accord pour une visite familiale supplémentaire par mois a été négocié par la Croix Rouge et sera payé par l’AP

Des manifestants palestiniens brandissent des portraits de Marwan Barghouthi devant la statue de  Nelson Mandela pendant un rassemblement de soutien aux prisonniers en grève de la faim dans les prisons israéliennes, à Ramallah, en Cisjordanie, le 3 mai 2017. (Crédit : Abbas Momani/AFP)
Des manifestants palestiniens brandissent des portraits de Marwan Barghouthi devant la statue de Nelson Mandela pendant un rassemblement de soutien aux prisonniers en grève de la faim dans les prisons israéliennes, à Ramallah, en Cisjordanie, le 3 mai 2017. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Quelques heures après que les prisonniers sécuritaires palestiniens ont mis fin à une grève de la faim de 40 jours, les autorités israéliennes ont démenti les affirmations palestiniennes, selon lesquelles Israël avait négocié avec les détenus pour mettre fin à la protestation massive. Israël a également précisé n’avoir accepté aucune demande des prisonniers.

Des responsables israéliens de la sécurité ont dit à la Deuxième chaîne qu’Israël ne s’était pas penché sur les demandes des prisonniers. Ils ont ajouté que l’accord avait été négocié par le Comité international de la Croix Rouge (CICR) et l’Autorité palestinienne (AP), et qu’il n’était pas le résultat d’une pression américaine.

Le président du Club des prisonniers, Qadura Fares, a indiqué à l’AFP que le mouvement a été suspendu le jour du début du ramadan, à la suite d’un accord conclu entre les représentants des prisonniers et les autorités israéliennes.

« Jusqu’à vendredi 08h00, l’administration pénitentiaire israélienne assurait qu’aucune négociation n’était possible, a dit Fares. Deux heures plus tard, tout avait changé. »

L’accord annoncé samedi matin ne répond apparemment qu’à une seule demande des prisonniers : que le nombre de leurs visites familiales mensuelles passe à nouveau à deux.

La prison de Saharonim, dans le sud d'Israël. Illustration. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
La prison de Saharonim, dans le sud d’Israël. Illustration. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Cependant, la question des visites familiales ne dépend pas d’Israël. Les visites aux prisonniers sécuritaires palestiniens détenus en Israël sont organisées uniquement par la Croix Rouge. L’année dernière, l’organisation avait réduit le nombre de visites qu’elle organisait, en raison du coût de ces visites et du peu d’intérêt manifesté par les familles.

« Le CICR est prêt à aider pour organiser une deuxième visite » par mois, a indiqué son porte-parole Jesus Serrano.

Il s’est félicité de la fin de la grève car son organisation, la seule à visiter les détenus, était « inquiète de la détérioration de l’état de santé des grévistes ».

Une trentaine d’entre eux ont été hospitalisés ces derniers jours en raison de la détérioration de leur état de santé, selon l’administration pénitentiaire.

Des responsables carcéraux ont indiqué à la Deuxième chaîne que Marwan Barghouthi, terroriste condamné et leader de la grève de la faim, avait négocié une visite supplémentaire par téléphone avec Hussein al-Sheikh, le ministre des Affaires civiles de l’AP. Ils ont indiqué que les autorités de la prison Shikma d’Ashkelon avaient autorisé Barghouthi à parler avec al-Sheikh, et à rencontrer d’autres prisonniers pour tenter de mettre fin à la grève de la faim avant le début du Ramadan, mois saint musulman.

Manifestation de soutien aux prisonniers palestiniens en grève de la faim en Israël, à Ramallah, le 24 avril 2017. Le drapeau porte un portrait de Marwan Barghouthi. (Crédit : Abbas Momani/AFP)
Manifestation de soutien aux prisonniers palestiniens en grève de la faim en Israël, à Ramallah, le 24 avril 2017. Le drapeau porte un portrait de Marwan Barghouthi. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Selon les responsables israéliens, Barghouthi et les autres prisonniers ont accepté de mettre fin à la grève quand l’AP a promis de payer les visites supplémentaires, ce qui représenterait environ six millions de dollars par an.

La radio publique israélienne a indiqué qu’un message avait été transmis aux prisonniers pour leur dire qu’Israël était prêt à discuter des autres conditions de détention à un autre moment, mais pas sous la menace d’une grève de la faim.

La seule personne à avoir parlé aux prisonniers au nom d’Israël est Yuval Biton, qui dirige la division des renseignements du service des prisons, et a transmis l’approbation du Shin Bet pour les visites mensuelles supplémentaires, ont indiqué les autorités israéliennes.

Les Palestiniens avaient eux affirmé que les négociations avaient été organisées directement entre Barghouthi et les autorités israéliennes, et que l’accord avait été conclu après 20 heures d’un marathon de pourparlers. Les responsables de l’AP ont dit dans un communiqué publié par l’agence de presse Maan que les prisonniers avaient suspendu leur grève « après avoir conclu un accord » avec le service des prisons d’Israël.

« Le communiqué a ajouté que les responsables du service des prisons d’Israël ont annoncé la fin de la grève après avoir négocié avec Barghouthi, avec qui ils avaient refusé de parler pendant toute la durée de la grève », a indiqué Maan.

Les détails de cet accord ne sont pas connus. Issa Qaraqe, en charge des prisonniers au sein de l’AP, a indiqué à l’AFP qu’ils seraient annoncés « bientôt ».

Malgré le flou sur les résultats, les Palestiniens ont proclamé la « victoire » et loué « l’épopée de la dignité et de la liberté » à l’issue de la grève.

Le groupe terroriste du Hamas a essayé samedi de décrire une victoire palestinienne, en félicitant dans un communiqué les prisonniers pour « avoir forcé Israël à céder à leurs demandes. » Le groupe a déclaré que les prisonniers palestiniens resteraient au premier plan des revendications de l’organisation.

Des Palestiniennes devant un mur d'affiches, dont un portrait de Marwan Barghouthi, pendant un rassemblement de soutien aux prisonniers palestiniens en grève de la faim, à Ramallah, en Cisjordanie, le 24 avril 2017. (Crédit : Abbas Momani/AFP)
Des Palestiniennes devant un mur d’affiches, dont un portrait de Marwan Barghouthi, pendant un rassemblement de soutien aux prisonniers palestiniens en grève de la faim, à Ramallah, en Cisjordanie, le 24 avril 2017. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Sur la place Yasser Arafat à Ramallah, où siège l’AP en Cisjordanie, des dizaines de proches, en majorité des mères et des filles de détenus, ont convergé vers la tente de soutien aux grévistes de la faim, a constaté une journaliste de l’AFP.

Au milieu des youyous, Amal Abou Dalal a explosé de joie. « C’est le prisonnier qui a vaincu son geôlier ! On est heureux, on a gagné », a lancé cette Palestinienne de 50 ans dont le fils de 33 ans a déjà passé 14 ans en prison. Fadwa, l’épouse de Marwan Barghouthi, a salué auprès de l’AFP « la victoire de la résistance et de la dignité ».

Pour le politologue Abdel Majid Souilem, le mouvement a « contraint Israël à négocier avec les représentants des détenus ». « Reste désormais à savoir si Israël respectera ses engagements », dit-il à l’AFP.

La grève de la faim avait été initiée par Barghouthi, terroriste du Fatah et figure politique palestinienne, le 17 avril dernier. Il purge cinq peines de prison à perpétuité pour son rôle dans le meurtre de civils israéliens pendant la deuxième Intifada.

Israël a constamment refusé de négocier avec les prisonniers, soulignant que beaucoup d’entre eux étaient des terroristes condamnés et que leurs conditions de détention étaient conformes aux normes en vigueur.

Des manifestants palestiniens jettent des pierres lors d'affrontements avec des soldats israéliens dans la ville de Hébron, en Cisjordanie, le 27 avril 2017. Illustration. (Crédit : Hazem Bader/AFP)
Des manifestants palestiniens jettent des pierres lors d’affrontements avec des soldats israéliens dans la ville de Hébron, en Cisjordanie, le 27 avril 2017. Illustration. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

La grève a cependant provoqué de grandes manifestations de soutien et des dizaines d’affrontements avec l’armée israélienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Vendredi, certains des prisonniers, qui n’ont bu que de l’eau salée pendant la grève, avaient menacé de jeûner également pendant le Ramadan, en ne buvant rien pendant la journée, ce qui aurait rapidement dégradé leur état de santé.

Des centaines de prisonniers palestiniens ont participé à cette grève, sur environ 6 500 détenus palestiniens.

Ils demandaient un accès au téléphone, plus de visites familiales, une amélioration de leurs soins médicaux et la fin de la mise à l’isolement.

Selon l’AP, plus de 1 000 prisonniers ont atteint le 40e jour de grève. Israël affirme que ce nombre se rapproche de 800.

Israël a estimé que la grève avait moins à voir avec les conditions de détention qu’avec la politique palestinienne intérieure, affirmant que c’était une stratégie politique de Barghouthi, qui voulait démontrer son influence sur la rue palestinienne pour tenter de se poser en successeur naturel du président de l’AP, Mahmoud Abbas.

Marwan Barghouthi filmé en train de manger en secret dans sa cellule au moment où il mène une vaste grève de la faim des détenus palestiniens. (Crédit : capture d'écran Service des prisons israéliennes)
Marwan Barghouthi filmé en train de manger en secret dans sa cellule au moment où il mène une vaste grève de la faim des détenus palestiniens. (Crédit : capture d’écran Service des prisons israéliennes)

Israël a néanmoins tenté de miner Barghouthi pendant la guerre, notamment en plaçant une barre chocolatée dans sa cellule et en le filmant en train de la manger.

Israël a également publié une note manuscrite de Barghouthi où ses demandes étaient listées, pour montrer à quel point elles étaient minimes.

Il demandait notamment l’accès à 20 chaînes de télévision, à des livres et des magazines, à l’air conditionné, à une plus grande sélection d’articles disponibles à l’achat dans les cantines, à des visites familiales, à des études universitaires, au téléphone public et à des visites médicales annuelles.

Jeudi, Abbas avait demandé à Jason Greenblatt, envoyé spécial des Etats-Unis pour les négociations internationales, d’intervenir pour les prisonniers, mais il n’existe aucun signe de l’implication de Washington.

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