Ashdod emploierait des Juifs pour inspecter d’autres Juifs pendant Shabbat
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Ashdod emploierait des Juifs pour inspecter d’autres Juifs pendant Shabbat

Des milliers d'habitants d'Ashdod ont dénoncé la législation controversée qui vise à empêcher l'ouverture des entreprises juives le samedi

Vue sur les toits de Ashdod (Crédit : Kberlin/domaine public/Wikimedia Commons)
Vue sur les toits de Ashdod (Crédit : Kberlin/domaine public/Wikimedia Commons)

La municipalité d’Ashdod emploierait des inspecteurs juifs pour faire appliquer la loi controversée régissant la fermeture des magasins lors du Shabbat qui a été adoptée au début du mois et qui donne au ministère de l’Intérieur l’autorité nécessaire pour faire fermer les entreprises qui travaillent le samedi.

La semaine dernière, la municipalité a publié un appel d’offres à la recherche d’inspecteurs non-juifs susceptibles d’émettre des amendes le jour du Shabbat mais, selon un reportage diffusé dimanche par la chaîne Hadashot, la ville déléguerait cette tâche à d’autres Juifs depuis trois semaines.

Des photos des amendes distribuées ces dernières semaines dans les commerces locaux et diffusées sur les réseaux sociaux montrent qu’elles ont été émises par des enquêteurs portant des noms juifs typiques comme Maimon, Edry et Dahan.

Des dizaines de résidents locaux ont souligné ce week-end sur les réseaux sociaux « l’hypocrisie » de la municipalité.

« La ville d’Ashdod envoie des inspecteurs juifs pendant Shabbat pour faire appliquer la législation qui interdit le travail pendant Shabbat », s’indigne un utilisateur de Twitter. « Si l’on veut résumer la stupidité du gouvernement israélien, c’est vraiment l’exemple à utiliser ».

Des propriétaires de commerces ont indiqué dimanche à la radio militaire que des inspecteurs municipaux juifs étaient venus dans leurs établissements pour leur infliger des amendes. « Je suis à mille pour cent certain » que l’inspecteur qui a délivré l’amende était Juif, a expliqué le gérant d’une boutique de prêt-à-porter féminin, exprimant son étonnement face à l’ironie d’une situation dans laquelle un Juif employé par la municipalité travaille pendant Shabbat pour sanctionner les entreprises employant des Juifs pendant Shabbat.

Le statu-quo religieux est une combinaison fragile de législations nationales et de décrets municipaux, qui s’est formé au cours de plusieurs décennies, et il est supposé créer l’équilibre entre les besoins des communautés religieuses et laïques en Israël.

Le 9 janvier, une loi controversée accordant au ministre de l’Intérieur le pouvoir de faire fermer les petits commerces lors du Shabbat a été adoptée à la Knesset par une courte majorité après que la coalition au pouvoir a surmonté ses divisions internes pour rassembler les voix nécessaires.

La loi donne au ministère de l’Intérieur – qui est actuellement le chef du parti ultra-orthodoxe Shas, Aryeh Deri – le pouvoir de superviser et de rejeter les ordonnances locales liées à l’ouverture des entreprises lors du Shabbat, la journée hebdomadaire du repos du calendrier juif, qui s’étend du vendredi dans la soirée à la nuit du samedi.

Après l’adoption de la législation, Deri a fait savoir qu’il ne la mettrait pas en application, ce qui avait suscité l’indignation des communautés laïques.

Mais la semaine dernière, un député ultra-orthodoxe se serait vanté de ce que des centaines d’inspecteurs non juifs ont été formés pour imposer la fermeture des magasins pendant le Shabbat. Dans des enregistrements obtenus par la chaîne Hadashot, Moshe Gafni, du parti Yahadout HaTorah, notait que la mise en œuvre soudaine de la législation était susceptible de causer la colère de certains, et recommandait que les personnes présentes dans la salle au moment où il tenait ces propos gardent le silence concernant ces nouveaux inspecteurs.

Le chef du parti Yesh Atid, Yair Lapid, et le député Yoel Razvozov lors d’une manifestation contre la fermeture des commerces à Shabbat dans la ville israélienne d’Ashdod, le 20 janvier 2018 (Crédit : Flash90)

Samedi, des milliers d’habitants d’Ashdod ont manifesté contre la loi, accusant la municipalité de discriminer ses résidents laïcs et de se prêter à une « coercition religieuse ».

« Nous sommes venus pour rendre Ashdod à ses habitants », ont scandé les manifestants, selon Hadashot. « Nous n’avons rien contre les religieux, mais nous disons aux membres ultra-orthodoxes de la Knesset : ‘Ne touchez pas à Ashdod' ».

La ville, dont un nombre important de résidents est originaire de l’ex-Union soviétique, a connu ces dernières années une augmentation de sa population ultra-orthodoxe, menant à des tensions politiques entre les deux groupes sur des questions relatives à l’observance religieuse.

Le député Yair Lapid, dont le parti Yesh Atid d’opposition fait depuis longtemps campagne contre l’influence religieuse en politique, est venu à ce rassemblement pour afficher son soutien aux manifestants et a demandé l’abrogation de la loi.

« Nous sommes venus ici, à Ashdod, parce que cette loi insultante sur les petits commerces doit disparaître », a-t-il dit en se référant à la législation sous son nom officieux. « La coercition ultra-orthodoxe ne peut gouverner l’Etat d’Israël ».

Lapid a également déclaré qu’il annulerait cette loi si son parti devait remporter les prochaines élections. Des sondages récents indiquent que Yesh Atid serait au coude à coude avec le Likud.

Moshe Gafni du parti YaHadout HaTorah lors d’un vote de la Knesset sur le projet de loi dit des petits commerces, le 8 janvier 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman s’est également rendu à Ashdod pour réaffirmer son soutien aux résidents laïcs en visitant une zone commerciale ouverte de la ville.

Son parti, Yisrael Beytenu, dont les partisans incluent un grand nombre d’Israéliens laïcs originaires de l’ancienne Union soviétique, s’étaient opposés à cette loi et ce bien que la formation appartienne à la coalition.

« Ceux qui disent que la loi sur les petits commerces ne changera rien ont tort et ils induisent volontairement en erreur. Cette législation va créer une division plus importante encore dans la nation », aurait dit Liberman lors de sa visite à Ashdod, selon la chaîne Hadashot.

Les formations ultra-orthodoxes ont lourdement critiqué Liberman pour sa visite à Ashdod le jour de Shabbat, l’accusant d’attiser les tensions entre Israéliens religieux et laïcs.

Dans une déclaration tranchante, YaHadout HaTorah a appelé le Premier ministre à prendre des mesures contre Liberman qui « a décidé d’attiser les tensions de manière agressive au beau milieu du Shabbat et s’est livré à des provocations contre d’importantes communautés et contre le caractère sacré du Shabbat, espérant obtenir des gains politiques de cet attisement des tensions entre différents groupes tout en creusant davantage les clivages au sein de la société israélienne ».

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