Lapid appelle à la prudence sur le conflit israélo-palestinien après la victoire de Trump
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Lapid appelle à la prudence sur le conflit israélo-palestinien après la victoire de Trump

Netanyahu et Bennett s’affrontent sur la politique des implantations

Yaïr Lapid, le 27 juillet 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Yaïr Lapid, le 27 juillet 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Yair Lapid, le dirigeant du parti Yesh Atid, a averti samedi les politiques israéliens de ne pas faire d’hypothèses précipitées sur l’avenir du processus de paix après l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis.

« Nous devons attendre, je sais que c’est difficile pour les politiques, mais cette administration a été élue il y a trois jours, et ne prêtera serment que le 20 janvier », a déclaré Lapid lors d’un événement au théâtre Habima de Tel Aviv.

Lapid a fait cette déclaration alors que plusieurs ministres ont réagi à l’élection de Trump en déclarant qu’ils attendaient une politique américaine régionale totalement différente.

Naftali Bennett notamment, le président du parti HaBayit HaYehudi, a déclaré que la victoire de Trump était une opportunité de mettre fin au concept d’état palestinien.

D’autres responsables ont annoncé leur intention de construire massivement à l’est de la Ligne verte.

Lapid a cependant prévenu que les intentions de Trump ne devraient pas être prises pour acquises.

« Ils ne savent pas encore à quoi (l’administration) ressemblera, ils n’ont pas encore établi de directives politiques claires, a déclaré Lapid. Les politiques israéliens doivent être patients et s’abstenir du besoin de faire les gros titres, et attendre, pour que nous puissions commencer à façonner nos relations avec l’administration américaine, et, cette fois, d’une meilleure manière. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, se rencontrent à la Trump Tower de New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, se rencontrent à la Trump Tower de New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Son message faisait écho à celui d’autres députés de l’opposition.

« Je suggèrerais à mes amis de droite d’attendre avant de se réjouir », a déclaré le député de l’Union sioniste Eyal Ben-Reuven, selon la Dixième chaîne.

« La solution à deux états n’a non seulement pas disparu avec l’élection de Trump, mais elle reste la seule solution au problème palestinien », a-t-il déclaré.

Lapid s’en est également pris au Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui n’a pas nommé de ministre des Affaires étrangères après sa réélection en 2015, et a gardé le poste pour lui. Netanyahu a également été accusé d’appauvrir le ministère en distribuant ses responsabilités cruciales aux autres ministères.

Le ministère des Affaires étrangères, à Jérusalem. (Crédit : AFP)
Le ministère des Affaires étrangères, à Jérusalem. (Crédit : AFP)

« Nous devons pouvoir parler de tout aux Américains, et pour cela, nous avons besoin d’un ministère des Affaires étrangères efficace. Malheureusement, nous n’avons pas de ministère des Affaires étrangères, ou de ministre des Affaires étrangères à temps plein », a déclaré Lapid.

Suite à l’élection de Trump, Bennett avait déclaré que « la victoire de Trump est une opportunité pour Israël de retirer immédiatement la notion d’un état palestinien au centre du pays, qui nuirait à notre sécurité et (à notre) juste cause. »

Naftali Bennett, président du parti haBayit Hayehudi, pendant une réunion avec ses députés à la Knesset, le 7 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Naftali Bennett, président du parti haBayit Hayehudi, pendant une réunion avec ses députés à la Knesset, le 7 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

D’autres responsables gouvernementaux ont été encouragés par les déclarations du camp Trump, indiquant qu’il reconnaitrait Jérusalem comme la capitale d’Israël et y déplacerait l’ambassade américaine, déclarant que ceci présente une opportunité de lancer une série de constructions à Jérusalem.

Meir Turgeman, le directeur du Comité de planification et construction du district de Jérusalem, prévoit de donner son accord aux plans de quelque 7 000 logements qui ont été gelés en raison de la pression du gouvernement, qui a craint de contrarier Washington.

Bien que la plupart de la communauté internationale considère que ces quartiers sont des implantations, Israël les considère comme des quartiers de Jérusalem et affirme qu’ils appartiendront à Israël dans le cadre de tout accord de paix négocié.

Les Etats-Unis se sont catégoriquement opposés à la construction israélienne dans les territoires saisis par Israël pendant la guerre des Six Jours en 1967, affirmant que cela nuisait aux perspectives d’une solution à deux états.

Le dirigeant du parti HaBayit HaYehudi Naftali Bennett (à gauche) avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 22 avril 2013. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)
Le dirigeant du parti HaBayit HaYehudi Naftali Bennett (à gauche) avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 22 avril 2013. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

D’autre part, Netanyahu et Bennett se sont affrontés dimanche matin sur la politique d’implantation israélienne en Cisjordanie, et sur la question de comment le gouvernement devrait se conduire après l’élection surprise de Donald Trump à la présidence américaine.

Pendant la réunion hebdomadaire du cabinet, Netanyahu a prévenu ses ministres que bien que le président élu et son équipe aient été sans équivoque sur leur « amitié profonde » pour l’Etat juif, les politiques israéliens devraient s’abstenir de spéculer sur la future politique américaine et laisser la diplomatie aux voies appropriées, après l’installation de la nouvelle administration à Washington.

« Je demande à tous les ministres et députés d’attendre jusqu’à l’installation du nouveau gouvernement et à la formulation, avec lui, des politiques par les voix acceptées et discrètes, et pas par des interviews dans les médias, a-t-il déclaré. Ces dernières années, nous avons géré la relation avec les Etats-Unis de manière sage et responsable, et nous continuerons à agir ainsi ces prochaines années. »

La réprimande de Netanyahu a eu lieu après que Bennett, qui préside le parti pro-implantations HaBayit HaYehudi, a affirmé à la radio dimanche que Trump suivrait Israël dans les négociations avec les Palestiniens et suggéré que son élection offrait à Netanyahu une opportunité d’abandonner publiquement la solution à deux états pour résoudre le conflit avec les Palestiniens.

Mobile home dans l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie. (Crédit : Noam Moskowitz/Flash90)
Mobile home dans l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie. (Crédit : Noam Moskowitz/Flash90)

« Le Premier ministre doit se tourner vers Trump, et dire que cet état d’esprit a échoué. Je n’ai aucune attente envers Trump si nous continuons nous-même avec ce narratif raté, a déclaré Bennett à la radio militaire. L’attente n’est pas envers Trump, mais envers Netanyahu. S’il continue comme aujourd’hui à dire que nous avons besoin d’un état palestinien, alors bien sûr, Trump adoptera » ce narratif.

Bennett a déclaré que l’un des moyens de montrer les intentions réelles d’Israël serait de voter un projet de loi reconnaissant les avant-postes illégaux de Cisjordanie, et d’empêcher l’évacuation imminente de l’avant-poste d’Amona, assombrissant ainsi les tentatives de Netanyahu de reporter ce sujet.

« J’attends que le Premier ministre donne aux centaines de milliers de citoyens israéliens vivant en Cisjordanie une chance de vivre normalement, pas comme des citoyens de second rang, a-t-il déclaré. J’ai donné au Premier ministre et à d’autres l’opportunité de mettre en place d’autres options, mais le temps manque. »

Quelques heures après, pendant ses remarques d’ouverture de la réunion gouvernementale hebdomadaire à Jérusalem, Netanyahu a répété son objection au projet de loi, qui devrait être examiné dimanche, déclarant qu’il entraînerait certainement un rejet par la Cour suprême de la demande du gouvernement de repousser encore le démantèlement d’Amona. L’avant-poste est situé à l’est de Ramallah, sur un terrain palestinien privé.

« Le procureur général a clairement déclaré qu’adopter le projet de loi nuirait sérieusement aux chances de report, et par conséquent, aujourd’hui, pendant la réunion des présidents de partis de la coalition, nous examinerons avec discrétion et responsabilité les options que nous avons. Personne n’est plus préoccupé des implantations que nous le sommes », a-t-il déclaré.

Le procureur général Avichai Mandelblit pendant une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice à la Knesset, le 18 juillet 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le procureur général Avichai Mandelblit pendant une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice à la Knesset, le 18 juillet 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Mais après la sortie des journalistes de la salle, Netanyahu a fustigé personnellement Bennett, lui disant qu’il était « complètement puéril » et qu’il « manquait de responsabilité ».

« Nous ne perdrons pas notre temps pour des blogueurs », aurait déclaré Netanyahu au sujet de Bennett, comparant le ministre de l’Education à un troll d’internet.

« Vraiment ? C’est toi le blogueur », a rétorqué Bennett.

Les députés de droite craignent que tout report supplémentaire de l’examen du projet de loi ne laisse pas suffisamment de temps pour qu’il soit voté par la Knesset avant le 25 décembre, date à laquelle la Cour suprême a fixé le démantèlement d’Amona.

La Cour suprême avait initialement fixé le démantèlement à 2014, après une décennie de querelles juridiques. Ce mois-ci, le gouvernement a demandé à la Cour de repousser le démantèlement de sept mois supplémentaires.

Le sujet place Netanyahu dans une position compliquée. D’une part, l’évacuation imminente menace de déstabiliser sa coalition, qui repose en grande part sur la droite pro-implantation.

D’autre part, le procureur général a prévenu qu’une loi visant à contourner un jugement de la Cour suprême serait inconstitutionnel et nuirait à l’Etat de droit, et que par conséquent il ne pourrait pas défendre le gouvernement devant la Cour.

Bezalel Smotrich, député HaBayit HaYehudi, à la Knesset, le 8 juin 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Bezalel Smotrich, député HaBayit HaYehudi, à la Knesset, le 8 juin 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Les députés de droite ont cherché une échappatoire légale pour empêcher l’évacuation avec un projet de loi qui reconnaitrait officiellement les avant-postes de Cisjordanie.

Une version précédente du projet de loi, défendu par la députée de HaBayit HaYehudi Shuli Moalem-Refaeli, a été jugé inconstitutionnel par Mandelblit, tout comme un projet de loi révisé présenté par les députés Bezalel Smotrich (HaBayit HaYehudi), Yoav Kisch et David Bitan (Likud). Ce dernier préside la coalition gouvernementale.

Le projet de loi révisé stipule que la construction non autorisée sur des terrains palestiniens privés sera légalisée si les habitants peuvent « prouver une implication du gouvernement ».

De plus, alors que le projet de loi de Moalem-Refaeli permettait au gouvernement de s’approprier les terres, la nouvelle version ne lui donne que le droit de les utiliser, et elles appartiendraient toujours à leurs propriétaires originaux.

L’Etat dédommagerait les propriétaires financièrement ou avec d’autres terrains, selon leur demande. Il nommerait également une autorité judiciaire israélienne pour traiter des poursuites judiciaires.

La Cour suprême ne s’est pas encore prononcée sur la demande de sept mois de délai supplémentaire pour le démantèlement d’Amona déposée par le gouvernement.

Une quarantaine de familles habite l’avant-poste, fondé en 1995. Amona est le plus grand de la centaine d’avant-postes non autorisés qui parsèment la Cisjordanie. Ils ont été construits sans permission, mais sont généralement tolérés par le gouvernement. Une évacuation partielle il y a dix ans avait déclenché de violents affrontements entre les habitants et les forces de sécurité, et le démantèlement pourrait déclencher une autre confrontation.

Des policiers israéliens affrontent des habitants juifs sur une barricade en feu dans l'avant-poste non autorisé d'Amona, proche de l'implantation juive d'Ofra, en Cisjordanie, le 1er janvier 2006. (Crédit : Pierre Terdjman/Flash90)
Des policiers israéliens affrontent des habitants juifs sur une barricade en feu dans l’avant-poste non autorisé d’Amona, proche de l’implantation juive d’Ofra, en Cisjordanie, le 1er janvier 2006. (Crédit : Pierre Terdjman/Flash90)

En 2008, un groupe de Palestiniens représentés par l’association israélienne de défense des droits de l’Homme Yesh Din avait saisi la Cour suprême, affirmant que des habitants d’Amona avaient empiété sur leurs terrains, et demandant le démantèlement de tout l’avant-poste.

Cette saisie avait lancé une longue bataille juridique, pendant laquelle plusieurs dates d’évacuation avaient été dépassées et reportées à plusieurs reprises avant un jugement final de 2014, qui a ordonné à l’Etat de démanteler l’avant-poste avant le 25 décembre 2016. L’Etat avait également accepté de dédommager les propriétaires à hauteur de 75 000 dollars.

Le gouvernement a récemment approuvé la construction de 98 logements dans l’implantation de Shilo, en Cisjordanie, pour les propriétaires d’Amona, ce qui avait déclenché une réponse furieuse de Washington.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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