Le festival du théâtre yiddish de NY met en lumière des dramaturges féminines
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Le festival du théâtre yiddish de NY met en lumière des dramaturges féminines

Le National Yiddish Theatre Folksbiene donne le coup d'envoi d'une série consacrée aux femmes dramaturges oubliées avec la célèbre pièce de Chava Rosenfarb du 19 au 22 avril

La dramaturge yiddish Chava Rosenfarb. (Crédit : National Yiddish Theatre Folksbiene)
La dramaturge yiddish Chava Rosenfarb. (Crédit : National Yiddish Theatre Folksbiene)

NEW YORK — Il n’y a pas longtemps, Sabina Brukner, responsable littéraire du National Yiddish Theatre Folksbiene (NYTF), a été chargée de moderniser certains vieux documents. Le NYTF, comme nous l’avons déjà souligné par le passé, est la plus ancienne compagnie théâtrale des États-Unis à produire en continu. Et quand les dossiers remontent à 1915, il y a de quoi faire. Le moment était donc venu de créer un document répertoriant toutes les productions de la compagnie, en un seul endroit. Lorsque Brukner a terminé ce travail, elle a fait un constat : il y avait « peu, voire aucune » pièce écrite par des femmes.

Brukner a toutefois nuancé ce constat : il y avait eu des monologues, des mémoires, des contributions à des revues et peut-être une pièce complète, mais aucune « auteure dramatique littéraire ».

Plutôt que monter au créneau, de se précipiter au bureau, de fouiller dans ses notes et de décrier l’injustice, Brukner a fait des recherches supplémentaires. Si l’on considère les possibilités offertes aux femmes écrivains au cours des décennies passées, existe-t-il seulement des pièces en langue yiddish que le Folksbiene pourrait produire ? À la satisfaction de Brukner, la réponse est oui.

C’est ainsi qu’est né le Yiddish Women Playwrights Festival du NYTF, qui commence par une lecture scénique de The Bird of the Ghetto de Chava Rosenfarb, diffusée (gratuitement !) du 19 au 22 avril sur le site Web du NYTF.

« Chava Rosenfarb est considérée comme l’une des plus grandes écrivaines yiddish de l’après-guerre », explique Brukner via Zoom. « Elle est bien connue pour ses romans, mais cette pièce est la seule qu’elle ait écrite ».

Sabina Brukner, directrice littéraire du National Yiddish Theatre Folksbiene. (Autorisation)

La pièce, qui se déroule dans le ghetto de Vilna et juxtapose deux personnages, Yacov Gens, du Judenrat – le conseil juif nommé par les nazis et chargé de gérer la logistique du ghetto – et Itsik Vitenberg, le chef des Partisans. (En tapant le nom de Vitenberg sur Google, on obtient l’enregistrement d’une chanson folklorique à son sujet sur le site de Yad Vashem, et Brukner me dit qu’elle sera incluse dans la lecture de la pièce). La pièce met en scène la lutte de l’ensemble de la communauté et la résistance, qui a conduit au martyre de Vitenberg.

Bien que Rosenfarb, déportée par la suite dans plusieurs camps de concentration, ne soit pas originaire de Vilna, Brukner affirme que « son expérience dans le ghetto de Łódź a influencé son écriture à propos de Vilna. »

Bien que la pièce ait été produite en hébreu et en anglais, elle n’a jamais été jouée en yiddish, ce qui est particulièrement touchant pour Brukner, férue de cette langue et qui entretient un lien personnel avec la dramaturge. Née en France et élevée à New York, ses parents étaient originaires de Pologne, et sa mère a connu Rosenfarb dans son enfance. Près de 40 ans plus tard, Brukner a eu l’honneur d’accueillir Rosenfarb dans un camp d’été yiddish (« KlezKamp ! ») quelques années avant son décès.

« J’ai fait ce lien avec ma mère avec elle », dit-elle – et, oui, elle a fait ce lien en yiddish. « J’ai fait de mon mieux, mais c’était intimidant. Je pense qu’elle l’a apprécié. »

Une poignée de dramaturges féminines

En raison des fermetures liées à la pandémie, le calendrier des futures lectures scéniques et, espérons-le, des éventuelles productions complètes, n’est pas gravé dans la pierre. Cependant, nous savons ce qui se prépare.

Brukner a fait de longues recherches pour se procurer des œuvres. Elle a consulté la base de données du Yiddish Book Center et a cherché des œuvres dramatiques, puis a cherché un par un des noms de femmes. En plus de The Bird of the Ghetto, elle en a trouvé trois autres.

Capture d’écran des acteurs du Théâtre national yiddish Folksbiene lisant « The Bird of the Ghetto ». Rangée du haut (de gauche à droite) : Kirk Geritano, Avi Hoffman, Spencer Chandler. Rangée du bas (de gauche à droite) : Rebecca Brudner, Motl Didner. (Crédit : National Yiddish Theatre Folksbiene)

All Windows Face the Sun est une pièce pour enfants, partiellement en vers, qui parle d’une tour magique d’où les enfants du présent peuvent voir les tragédies historiques qui ont frappé les Juifs dans le passé. Elle a été écrite par Kadya Molodowsky (née en Biélorussie en 1894), qui est surtout connue comme poète.

La pièce « a été écrite avant la Seconde Guerre mondiale », explique Brukner, « mais après l’imposition des lois de Nuremberg, et espère, ce qui est assez ironique, un avenir sans tragédies de ce type. »

Cette pièce revêt également un caractère personnel pour Brukner, puisque Molodowsky (« dont j’adore l’œuvre ») est venu lire dans le camp de vacances yiddish qu’elle a fréquenté enfant à la fin des années 1960.

The Abandoned Woman de Marie Lerner serait la première pièce yiddish écrite par une femme dramaturge à avoir été mise en scène, en 1881. C’est la plus ancienne de la série et « un peu un mélodrame ».

Elle raconte l’histoire d’une jeune femme dont le mariage est arrangé, mais qui est amoureuse d’un autre, ce qui entraîne des « complications ».

« Elle examine la vie des femmes dans la société juive, sous l’égide de la société rabbinique, mais comme elle essaie d’épouser quelqu’un qu’elle aime, elle aborde des thèmes féministes de façon précoce », explique Brukner.

Illustration : ‘Di Goldene Ken’ (« une fiancée en or ») mis en scène par la National Yiddish Theatre Folksbiene. C’est une opérette de 1923 qui se joue au Musée du patrimoine juif de New York. (Crédit : Ben Moody/JTA)

Enfin, il y a In The Stormy Days, de Miriam Karpalov, qui a été une auteure très prolifique de romans et de nouvelles. In The Stormy Days, qui date de 1909, a été, selon Brukner, « un succès ».

« La pièce a été montée peu de temps après la révolution de 1905, et elle explore la vie des femmes en Russie, des révolutionnaires juifs, des prétendants, des Russes en ville. Elle se déroule à la même époque que « Un violon sur le toit » et il y a même une marieuse », explique Brukner.

La lecture tombera à point nommé, puisque, selon Brukner, Miriam Karpalov connaît un certain « engouement » dans les cercles yiddish, avec la nouvelle traduction de son roman humoristique Diary of a Lonely Girl qui suscite beaucoup d’attention.

« C’est vraiment une initiative fantastique, et j’applaudis Sabina et le Folksbiene », a déclaré Rokhl Kafrissen, une dramaturge yiddish actuelle.

Bien que l’amie avec laquelle elle assiste habituellement à toutes les productions de Folksbiene soit actuellement à San Francisco à cause de la pandémie, Kafrissen dit qu’elle est très enthousiaste à l’idée de regarder en même temps qu’elle, la lecture en streaming de The Bird of the Ghetto de Chava Rosenfarb.

« Nous serons à nouveau ensemble, même à l’autre bout du pays », dit-elle.

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