Israël en guerre - Jour 291

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Les rabbins israéliens publient des directives sur l’adaptation de la loi juive à la guerre

Depuis l'attaque du Hamas, le principe halakhique de pikuah nefesh - préservation de la vie - a pris le pas sur toute autre considération, même s'il n'y a pas unanimité sur le concept

Des soldats israéliens prient avec un rabbin lors d'une pause dans la ville de Beit Kama, dans le sud d'Israël, le 16 octobre 2023. (Crédit : Thomas Coex/AFP)
Des soldats israéliens prient avec un rabbin lors d'une pause dans la ville de Beit Kama, dans le sud d'Israël, le 16 octobre 2023. (Crédit : Thomas Coex/AFP)

JTA — Pendant d’un Shabbat normal, les Israéliens orthodoxes éteignent les radios, coupent le son des téléphones portables et, s’ils en ont une, déposent leur arme. Ces deux derniers shabbats n’ont pas été normaux.

Les Israéliens ont en effet bénéficié d’une dérogation, de la part des plus grands rabbins du pays, pour continuer à porter les armes. On leur a dit de laisser leurs appareils de communication allumés, mais à faible volume. Et les synagogues ont reçu l’ordre de s’assurer que quelqu’un ait un téléphone.

Le décret du Grand Rabbinat d’Israël illustre de manière assez frappante la manière dont la guerre affecte des restrictions religieuses pourtant profondément ancrées dans la vie des Israéliens. Des siècles de tradition juive ont donné naissance à des avis rabbiniques sur tout un panel de sujet, depuis la nourriture casher jusqu’au transport en passant par les relations conjugales.

Ces opinions sont presque toutes enracinées dans l’idée juive – fondamentale – que pikuah nefesh, la préservation de la vie, l’emporte sur presque toutes les autres prescriptions religieuses. C’est ce principe qui a rendu non seulement possible, mais obligatoire pour les Juifs qui observent la halakha – la loi juive -, d’enfreindre les lois du Shabbat pour agir contre l’assaut sanglant du Hamas, le 7 octobre dernier, et de s’écarter de la halakha dans certaines circonstances.

Les décrets du Grand Rabbinat sur le Shabbat concernant le fonctionnement des radios et des téléphones ont vocation à garantir que les Juifs orthodoxes prennent connaissance des alertes et instructions du Commandement du Front Intérieur d’Israël, en charge de la défense civile. Sous un feu constant de roquettes tirées depuis Gaza, Israël a procédé au plus important rappel de réservistes de toute son histoire et est sur le point de lancer une incursion terrestre majeure à Gaza.

Le Grand Rabbinat a également autorisé un certain nombre de dérogations aux restrictions sur les transports publics. La plupart des villes israéliennes n’ont pas de transport en commun le Shabbat ou lors des grandes fêtes juives, du fait de l’opposition des députés et électeurs orthodoxes haredim. La compagnie aérienne nationale, El Al, n’assure habituellement aucun vol le jour de Shabbat.

Lorsque le Hamas a attaqué, le jour de Shabbat et de surcroît un jour férié, les transports publics israéliens ne fonctionnaient pas. Par conséquent, les réservistes ont dû rejoindre leur base par leurs propres moyens.

Ce dernier Shabbat, en revanche, des trains ont circulé et desservi certaines stations en raison de la situation d’urgence. Les trains n’ont marqué l’arrêt qu’à Tel-Aviv, l’aéroport Ben Gurion et Haïfa, où les États-Unis avaient affrété un navire pour rapatrier leurs ressortissants, à partir de 9 heures dimanche.

Les rabbins israéliens ont par ailleurs accordé la permission à El Al de programmer des vols le jour de Shabbat, pour la première fois depuis la guerre du Liban, en 1982. La compagnie aérienne a déclaré par voie de communiqué avoir reçu l’autorisation des « autorités halakhiques compétentes » d’opérer des vols – deux en provenance des États-Unis, un de Bangkok et un de Madrid – pour transporter des réservistes, sauveteurs, médecins et membres des forces de sécurité « dont la venue est vitale ».

Les équipes d’évacuation médicale de Lahak-United Hatzalah effectuent des missions de sauvetage aérien dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023. (Avec l’aimable autorisation de United Hatzalah)

Dans certains cas, la guerre peut aussi inciter à une observance plus stricte de la loi juive. Les repas préparés et servis par l’armée israélienne doivent ainsi être certifiés casher par le rabbinat militaire. Suite au rejet de 2 000 repas destinés aux soldats israéliens, le restaurant Haachim de Tel Aviv a demandé au président Isaac Herzog de l’aider à obtenir la certification casher. Après avoir formé son personnel et réaménagé ses cuisines, le restaurant peut désormais produire et distribuer des repas conformes aux attentes de tous les soldats.

« Je ne mange habituellement pas casher, mais je respecte », a déclaré le copropriétaire Yotam Doktor à Israel Hayom. « L’idée que nos soldats en soient réduits à mendier de la nourriture avant d’aller au combat m’était insupportable. »

Les adaptations apportées à la loi juive sont évidemment plus frappantes en Israël, où la crise est aiguë et les autorités rabbiniques très influentes sur les lois et les politiques publiques, mais les rabbins de la diaspora ont également émis des opinions liées à la guerre.

Aux États-Unis, le rabbin Herschel Schachter, l’un des principaux rabbins de la mouvance modern orthodox, a décidé la semaine dernière que les fidèles ajouteraient Avinu Malkeinu à la liturgie du Shabbat. Cette supplication n’est généralement récitée que pendant la période de Rosh HaShana et Kippour – et pas pendant le shabbat – car considérée comme contraire à la joie qui prévaut ce jour-là. Par exemple, lorsque Yom Kippour tombe un Shabbat, Avinu Malkeinu est absent de presque toutes les prières.

En Israël, au-delà des seuls rabbins d’État, qui émettent des décisions de portée nationale, des rabbins respectés mais moins éminents, se sont eux aussi penchés sur les questions liées à la guerre. Plusieurs d’entre eux se sont par exemple prononcés sur la question de la casheroute au sein de l’armée.

Auteur de livres sur la loi juive et réserviste au sein du 439e bataillon d’artillerie, le rabbin Avraham Stav a été envoyé dans le sud d’Israël. Il continuer néanmoins à répondre aux questions du front, notamment sur le statut de la casheroute de la nourriture, que ce soit à la maison ou dans les bases de l’armée.

Des résidents druzes distribuant de la nourriture aux soldats israéliens qui montent la garde sur une route près de la frontière israélienne avec le Liban, le 9 octobre 2023. (Crédit : David Cohen/Flash90)

Il peut être difficile de déterminer si les aliments faits maison sont casher, car il n’y a pas de certificat de casheroute pour la cuisine domestique, a écrit Stav sur Facebook, ajoutant que, selon la loi juive, si une personne atteste – même par un simple écrit – que ses plats sont casher, alors elle doit être crue tant qu’il n’y a pas de raison de la soupçonner d’ignorance ou de mépris. Et ce d’autant plus qu’elle le fait « par souci sincère du bien-être des soldats religieux ».

De manière à obtenir un deuxième avis, Stav a posé la question au rabbin Asher Weiss, l’une des principales autorités halakhiques d’Israël, qui abondé en son sens et répondu : « Absolument. »

L’autre rabbin à s’être fait connaitre pour ses avis juridiques sur la guerre est Yoni Rosensweig, rabbin orthodoxe qui dirige une synagogue de Beit Shemesh. Il s’est attiré un auditoire conséquent grâce à ses positions juridiques et son plaidoyer en faveur de la santé mentale. Rosensweig a dit que les soldats et les personnes dans le besoin devaient faire preuve d’indulgence au moment d’évaluer le statut de casheroute de la nourriture faite maison qui leur est offerte. Mais c’est une autre de ses décisions, sur un sujet très différent, qui lui a valu des réactions pour le moins violentes.

Le premier jour de la guerre, Rosensweig a reçu une question demandant si un homme en partance pour la guerre pouvait embrasser sa femme pour lui dire au revoir si elle se trouvait à un moment de son cycle menstruel où le contact est normalement proscrit par la loi juive.

La réponse de Rosensweig, publiée sur Facebook, était claire : oui, à condition que cette étreinte ait uniquement vocation à apporter du réconfort.

« Il n’y a pas de plus grand besoin émotionnel – que ce soit pour le mari ou la femme – que cette étreinte, avant de se lancer dans une opération militaire pour défendre le peuple et le pays », a-t-il écrit.

La réaction ne s’est pas fait attendre. Pendant des jours, Rosensweig a fait face à d’intenses critiques et aux demandes d’explications, pour s’être prononcé en faveur d’une solution contraire à l’opinion dominante sur la loi juive. Après quelques jours, il a tenté de mettre fin à la controverse avec une nouvelle publication.

« Je suis très impressionné par le fait que la plupart des personnes ne m’ont pas attendu pour prendre une décision. Ils ont fait ce qui leur semblait juste ».

« Ceux qui le voulaient se sont embrassés, et ceux qui ne le voulaient pas ne l’ont pas fait. C’est cohérent. Parce que dans ce genre de situation, à un moment comme celui-ci, on n’appelle pas le rabbin, on fait tout simplement ce qui nous semble juste. »

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