Sous-marins : la Haute cour ordonne le maintien en détention de Miki Ganor
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Sous-marins : la Haute cour ordonne le maintien en détention de Miki Ganor

Le juge a accepté l'appel des procureurs contre l'assignation en résidence du témoin de l'accusation, affirmant que le changement de son témoignage sonne la "reprise" de l'enquête

Miki Ganor lors d'une audience à la cour suprême, le 22 mars 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Miki Ganor lors d'une audience à la cour suprême, le 22 mars 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La cour suprême a ordonné vendredi qu’un témoin de l’accusation impliqué dans une affaire de corruption reste derrière les barreaux après son arrestation, suite à sa requête de changer son témoignage.

Ce jugement est venu répondre à un appel des procureurs qui ont cherché à renverser la décision prise par un tribunal d’une juridiction inférieure, jeudi, d’assigner Miki Ganor à résidence. Il restera donc en prison jusqu’à dimanche au plus tôt

Le magistrat à la cour suprême Meni Mazuz, qui a présidé l’audience, a estimé que les inquiétudes des procureurs portant sur une éventuelle obstruction à la justice de la part du témoin s’il devait être libéré étaient justifiées. Il a expliqué que le nouveau témoignage de Ganor marquait une « reprise » de l’enquête qui exigerait qu’il soit une nouvelle fois soumis à un interrogatoire.

Mazuz a également rejeté l’affirmation que l’arrestation de Ganor ait voulu être une « sanction » du changement de son témoignage.

« Et c’est une bonne chose que l’avocat de l’accusé n’ait pas répété ces propos devant moi », a écrit Mazuz dans sa décision.

Le magistrat à la cour suprême Meni Mazuz à la cour suprême de Jérusalem, le 22 mars 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ganor a été arrêté mardi après avoir informé la police de son intention de « changer la version donnée durant son interrogatoire » sur une affaire de corruption qui entoure l’acquisition de sous-marins à Thyssenkrupp, un fabricant naval allemand, pour la marine israélienne. Il a déclaré que ses aveux – il avait reconnu avoir versé des pots-de-vin à des responsables – avaient été obtenus sous la contrainte et qu’ils ne correspondaient pas à la réalité.

Jeudi, les procureurs ont annoncé qu’un accord de négociation de peine passé avec Ganor l’année dernière pourrait être annulé après le changement de son témoignage.

Un communiqué émis par le ministère de la Justice a fait savoir qu’en changeant son témoignage, cette semaine, le témoin de l’accusation a « violé les termes de l’accord et l’Etat est donc en mesure d’annuler ce dernier ».

Ancien représentant en Israël du fabricant naval allemand ThyssenKrupp, Ganor avait signé un accord de coopération avec les procureurs au mois de juillet 2017 dans le cadre de cette enquête, qui s’était concentrée sur la période où il avait travaillé pour la compagnie, entre 2009 et 2017. Il avait reconnu avoir versé des pots-de-vin à de hauts-responsables afin de garantir la conclusion du contrat passé entre ThyssenKrupp et le ministère israélien de la Défense.

La police avait exposé les détails du dossier lorsqu’elle avait conclu l’enquête au mois de novembre 2018, transmettant l’affaire aux procureurs en recommandant de nombreuses inculpations contre de hautes-personnalités au sein de l’élite de la Défense israélienne, ainsi qu’à l’encontre de plusieurs proches du Premier ministre.

Netanyahu avait été interrogé comme témoin dans ce dossier dans lequel il n’est pas considéré comme suspect – même si de nouvelles questions concernant son éventuelle implication ont été posées cette semaine, entraînant des appels à une enquête.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur l’INS Tanin, sous-marin construit par la firme allemande ThyssenKrupp, à son arrivée en Israël, le 23 septembre 2014. (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Pour son rôle de témoin de l’accusation – par lequel il acceptait de coopérer à l’enquête de la police – les procureurs avaient accepté de laisser de côté les accusations majeures de corruption contre Ganor et de ne sanctionner que les délits fiscaux qui avaient découlé de l’affaire. Il avait écopé notamment d’une peine de douze mois de prison et d’une amende de dix millions de shekels.

Suite à sa requête de changer son témoignage, la cour des magistrats de Rishon Lezion a convenu mercredi que les soupçons contre Ganor – obstruction à la justice, corruption, fraude et blanchiment d’argent – devaient faire l’objet d’une nouvelle enquête au vu de sa nouvelle version des événements.

Ce changement a eu lieu peu de temps après l’émergence d’informations sur le fait que Netanyahu avait des actions dans une entreprise qui fournissait des services à Thyssenkrupp.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a qualifié mardi ces accusations de malversations de « calomnie invraisemblable », affirmant ne pas avoir touché « un shekel de l’accord sur les sous-marins » et que l’affaire avait été « largement contrôlé par les procureurs et par le procureur-général qui ont tous établi sans aucune ambiguïté que je ne suis soupçonné de rien ».

Mercredi, la Douzième chaîne et la Treizième chaîne ont fait savoir que les procureurs réfléchissaient à ouvrir une enquête sur les liens commerciaux de Netanyahu avec l’accord passé avec le fabricant naval pour une somme impliquant plusieurs milliards de shekels.

Citant des sources proches du dossier, le reportage de la Treizième chaîne a annoncé que les procureurs avaient récemment reçu des informations « spectaculaires » qui avaient entraîné un nouvel examen des faits.

Selon un reportage de la Treizième chaîne diffusé la semaine dernière, le bureau du procureur de l’Etat a découvert que Netanyahu et son cousin Nathan Milikowsky étaient actionnaires d’une firme de fabrication d’électrodes en graphite, GrafTech International, fournisseur de longue date de Thyssenkrupp.

S’il avait initialement clamé avoir obtenu les actions en tant que citoyen privé, Netanyahu a changé son récit, admettant qu’il était devenu actionnaire en 2007 alors qu’il était chef de l’opposition, a fait savoir le journal Haaretz lundi. Il aurait vendu ses actions en 2010 après être devenu Premier ministre, selon le site Marker.

Netanyahu risque des inculpations sous réserve d’audiences dans trois autres dossiers de corruption. Il a nié toute malversation dans les trois affaires.

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