Des dizaines de milliers d’Israéliens bloqués à l’étranger
Des vols de rapatriement seront organisés lorsque l'espace aérien aura rouvert ; les Israéliens dans cette situation sont invités à rester calme et suivre les informations ; deux vols Flydubai en provenance de Ben Gurion ont été déroutés vers l'Arabie saoudite
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Samedi, des dizaines de milliers d’Israéliens n’ont pu rentrer en Israël en raison de la frappe militaire conjointe contre l’Iran menée par Israël et les États-Unis.
En raison des tirs de riposte iraniens, composés de missiles et de drones, Israël a fermé son espace aérien jusqu’à lundi, a fait savoir le ministère des Transports, interdisant de facto le passage par l’aéroport Ben Gurion ou d’autres centres aériens.
Des vols de rapatriement auront lieu dès la réouverture de l’espace aérien israélien : El Al a annoncé la mise en oeuvre d’un plan de grande ampleur et précisé que ses clients déjà détenteurs de billets se verraient automatiquement attribuer des sièges.
Originaire de Modiin, Naomi Burnham était partie pour Londres, la semaine dernière avec l’un de ses quatre enfants, dans l’idée d’y passer six jours et de rendre visite à ses parents et deux de ses enfants.
« Nous voilà coincés ici », se lamente Burnham, qui aurait dû rentrer en Israël dimanche après-midi via El Al. Samedi, elle a passé des heures au téléphone, avec la compagnie aérienne, pour tenter de lier sa réservation à celle de son fils, qui l’a rejointe en toute dernière minute.
« Non que cela me manque d’avoir à courir vers un abri, mais je veux être avec mon peuple », confie Burnham. Son fils, la fiancée de ce dernier et d’autres membres de la famille restés à Tel Aviv ont passé la journée à faire la navette entre chez eux et l’abri anti-aérien, souligne-t-elle
« C’est le fait de ne pas être à la maison », explique Burnham. « C’est stressant, et je n’aime pas être hors d’Israël quand il se passe des choses pareilles. »
On ignore à ce stade combien de temps durera le conflit, ou combien de temps l’espace aérien demeurera fermé. Il est conseillé aux voyageurs de s’informer via les médias et les compagnies aériennes des horaires des vols qui seront programmés une fois rouvert l’espace aérien », a déclaré le ministère des Transports par voie de communiqué.
Des dizaines de milliers de personnes bloquées
Selon un document du ministère des Affaires étrangères, samedi, 74 vols entrants ont été annulés et 191 devaient l’être ce dimanche, ce qui représente en tout 42 000 passagers qui auraient dû arriver en Israël, et parmi eux, 35 000 ressortissants israéliens.
Ces chiffres pourraient monter jusqu’à 133 000 voyageurs – 110 000 ressortissants israéliens, si l’espace aérien restait fermé jusqu’à mercredi prochain, lit-on dans ce document qui précise que près de 291 000 Israéliens ont quitté le territoire israélien ces trois derniers mois et ne sont pas encore revenus.
Par ailleurs, plus de 33 000 touristes étrangers se trouvent en Israël en ce moment-même, apprend-on dans ce même document.
Dans les premières heures de l’offensive, samedi matin, près de 2 100 passagers qui avaient pris place à bord de 14 vols différents ont été déroutés vers d’autres destinations, explique le document du ministère des Affaires étrangères. Des vols de Wizz Air, Flydubai, United, Delta et Azerbaijan Airlines ont ainsi été déroutés vers Athènes, Larnaca, New York, Bakou ou encore Rome, lit-on dans le document.
A cela s’ajoutent 140 olim qui auraient dû arriver en Israël dans ces prochains jours : ils ont dû reprogrammer leur vol, a fait savoir par voie de communiqué le ministère de l’Immigration et de l’Intégration.
Précautions à prendre
« Pour l’heure, nous disons simplement aux gens de rester calme, de rester en contact et de suivre l’actualité », explique Mark Feldman, PDG et fondateur de l’agence de voyages Ziontours, à Jérusalem. « Il est encore tôt et il faut attendre d’avoir plus d’informations. »
Des vols de rapatriement seront organisés une fois que l’espace aérien israélien aura ouvert, précise Feldman. Jusque là, même les vols diplomatiques sont suspendus.
L’espace aérien jordanien est lui aussi fermé et l’Égypte a relevé son niveau d’alerte aérienne, si bien que certaines alternatives utilisées lors de la guerre contre l’Iran, en juin dernier, ne sont plus disponibles, ajoute Feldman. L’an dernier, des voyageurs très désireux de rentrer en Israël l’avaient fait par la route en passant par ces deux pays.
« La seule option possible reste de louer un yacht privé à Chypre », ajoute Feldman tout en ne le recommandant pas à tous.
Si la guerre devait durer, il pourrait y avoir une certaine logique à se rendre à Athènes ou Larnaca pour trouver un trajet en bateau vers Israël, explique Feldman. « Mais pour l’heure, restez plutôt là où vous êtes ».
D’autres pays de la région, dont les Émirats arabes unis et le Qatar, ont eux aussi fermé leur espace aérien samedi. Le ministère israélien des Transports a annoncé que la reprise des vols serait annoncée avec un préavis de 24 heures.
Selon les informations en direct de flightradar24.com, le trafic aérien autour du Moyen-Orient s’est presque totalement arrêté dans la journée de samedi.
Déroutés vers l’Arabie saoudite
Samedi, deux vols Flydubai qui avaient décollé de l’aéroport Ben Gurion ont été déroutés vers l’Arabie saoudite. A leur bord, les Israéliens qui ont dû atterrir dans un aéroport non loin de Ryad ont indiqué à Ynet qu’ils attendaient à l’aéroport et qu’on les traitait avec respect.
« C’est fou ce qui nous arrive », confie un passager du nom de Reuven, qui avait pris place à bord de ce vol Flydubai en partance pour Dubaï en compagnie de son épouse et leurs deux enfants. L’avion a décollé de l’aéroport Ben Gurion une heure environ après la fermeture de l’espace aérien israélien, avant d’être dérouté vers l’aéroport international saoudien d’Al-Ahsa, lorsque des missiles sont tombés sur Dubaï.
« Ils nous ont laissés dans l’avion, portes fermées, pendant plus de quatre heures sans nourriture ni information », avant de nous emmener dans un hall de l’aéroport, explique Reuven. « Nous ne sommes pas rassurés. Il faudrait qu’un représentant du ministère des Affaires étrangères nous contacte pour nous rassurer sur le fait qu’ils s’occupent de notre cas. »
Une fois débarqués de l’avion, les Israéliens ont été bien traités par les habitants, explique Reuven à Ynet. « Il est important pour eux que nous fassions savoir qu’ils nous traitent avec respect. »
Suite à cet incident de vol, Flydubai a annoncé l’annulation de plusieurs vols et suspendu temporairement ses opérations jusqu’à nouvel ordre.
« C’est une situation très mouvante, que nous suivons de près : nous travaillons avec les autorités pour ajuster notre planning de vol en conséquence », a déclaré flydubai.
Plus tôt dans la journée, Lufthansa a annoncé la suspension de tous ses vols à destination et en provenance de l’aéroport Ben Gurion de Tel Aviv, et ce jusqu’au 7 mars. La compagnie allemande, par ailleurs propriétaire de SWISS, Austrian Airlines, Brussels Airlines et Eurowings, a également annulé ses vols vers d’autres destinations au Moyen-Orient, comme Beyrouth, Amman, Erbil et Téhéran.
Les passagers concernés par ces annulations pourront, sans frais, réserver d’autres billets à une date ultérieure ou se faire rembourser la totalité du prix de leur billet, a indiqué Lufthansa.
Coincés à Paris
Originaire de Highland Park, dans le New Jersey, Aly Mandel se trouve actuellement à Paris en compagnie de son époux et de deux de leurs cinq enfants. Ils auraient dû se rendre en Israël lundi, pour voir l’un de leurs enfants, installé à Tel Aviv.
« Nous allons gentiment rester à Paris un peu plus longtemps que prévu », conclut Mandel, « je n’ai pas envie de ramener les enfants aux États-Unis et d’essayer de repartir pour Israël ensuite. »
Mandel et son mari se sont rendus à Paris à bord d’un vol United et ils avaient réservé un vol sur la compagnie low-cost Transavia pour aller de Paris à Israël. Mandel explique n’avoir à ce stade reçu aucun e-mail de la part de la compagnie aérienne.
Ses deux plus jeunes enfants, qui sont jumeaux, ont bénéficié d’un programme consistant à prendre une année sabbatique en Israël. La fille a terminé le programme en décembre dernier et émigré en Israël, où elle partage l’appartement de sa sœur aînée à Tel Aviv.
« Nous avions pris un aller simple », explique Mandel, qui est psychologue et dont le mari fait de l’import-export de pièces automobiles à Dubaï. Ils avaient dans l’idée de passer les fêtes de Pourim en Israël et d’y rester jusqu’à Pessah, en avril.
« Je dis que je suis semi-retraités parce que nous faisons en sorte d’être le plus souvent possible en Israël, là où vivent trois de nos enfants. »
Elle sait ce que sont les alertes puisqu’elle était là, avec son mari, lorsque les Houthis du Yémen ont tiré des roquettes sur Israël à l’automne dernier.
« Avant d’arriver, en septembre dernier, j’avais vraiment peur : une fois sur place, je me suis dit : ‘Ce n’est pas si effrayant, finalement’, » conclut Mandel. « Ce n’est pas mon projet de vie, mais quitte à être coincés quelque part, ce n’est pas si mal de l’être à Paris. »
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