Israël en guerre - Jour 139

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Analyse

Les États-Unis félicitent Israël pour sa gestion des conflits pendant les fêtes

La descente de police à Al-Aqsa pendant le ramadan a failli déclencher un conflit régional ; la conduite israélienne a contribué à calmer l'hostilité, mais l'inquiétude demeure

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le ministre des Finances Bezalel Smotrich arrivant à une réunion du cabinet au Bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 23 février 2023. (Crédit : Alex Kolomoisky/Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le ministre des Finances Bezalel Smotrich arrivant à une réunion du cabinet au Bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 23 février 2023. (Crédit : Alex Kolomoisky/Pool)

WASHINGTON – L’administration Biden a manifesté à Israël son appréciation pour la manière dont ce dernier a géré les tensions sécuritaires pendant le ramadan, ont indiqué mardi un responsable israélien et un responsable américain au Times of Israel.

Cette reconnaissance a été exprimée au cours de plusieurs conversations que les fonctionnaires de Biden ont eues avec leurs homologues israéliens cette dernière semaine, a déclaré le haut fonctionnaire israélien.

Ce message est un rare signe d’approbation des États-Unis au gouvernement intransigeant du Premier ministre Benjamin Netanyahu, en place depuis quatre mois, dont les efforts pour réformer le système judiciaire et étendre la présence d’Israël en Cisjordanie ont suscité de vives critiques de la part du président américain Joe Biden lui-même, ainsi que la convocation de l’ambassadeur d’Israël à Washington pour une mise au point en privé.

Un haut fonctionnaire américain a confié que l’administration Biden appréhendait particulièrement la conduite du gouvernement Netanyahu à l’approche du ramadan, dans la mesure où le mois sacré exacerbe les tensions entre Israéliens et Palestiniens et que le fait que les fêtes juives, musulmanes et chrétiennes coïncidaient cette année encore, compliquait d’autant plus la situation.

Jeudi a marqué la fin d’un ramadan relativement calme, si ce n’est le sursaut de violence enregistré au début du mois d’avril à la suite d’affrontements intenses entre la police israélienne et des émeutiers palestiniens à l’intérieur de la mosquée Al-Aqsa, point névralgique de Jérusalem, située sur le mont du Temple.

Israël soutient que ses forces de sécurité n’ont eu d’autre choix que de faire une descente dans la mosquée avant l’aube du 5 avril, après que plusieurs centaines de Palestiniens se sont barricadés à l’intérieur avec des armes et des explosifs qu’ils prévoyaient d’utiliser pour attaquer la police et les civils israéliens.

Toutefois, des images montrant la police en train de battre brutalement les Palestiniens, dont certains avaient déjà été appréhendés, ont suscité un tollé général et ont servi d’appel au ralliement des adversaires d’Israël dans toute la région.

Dans les heures et les jours qui ont suivi, des dizaines de projectiles ont été tirés sur Israël depuis Gaza, la Syrie et le Liban. Le barrage de 34 roquettes en provenance du Liban est le plus important qui ait été tiré depuis 2006.

Plusieurs autres attaques terroristes visant des Israéliens ont également eu lieu cette semaine-là, notamment une fusillade en Cisjordanie qui a coûté la vie à une mère et à ses deux filles, ainsi qu’un attentat à la voiture-bélier à Tel Aviv, qui a coûté la vie à un touriste italien.

Le 10 avril, un Palestinien de 15 ans a été abattu par Tsahal lors d’une opération pour arrêter un individu près de Jéricho. Des témoins ont affirmé que le jeune homme était un passant ; l’armée israélienne, quant à elle, soutient que ses troupes ont riposté à des tirs.

À mesure que le nombre de victimes augmentait, l’administration Biden – ainsi que les Émirats arabes unis, l’Égypte et la Jordanie – a intensifié son engagement auprès des responsables israéliens, les exhortant en privé à faire preuve de retenue, a déclaré un diplomate de haut rang du Moyen-Orient au Times of Israel.

Forces de sécurité sur les lieux d’un attentat terroriste meurtrier, dans le nord de la vallée du Jourdain, le 7 avril 2023. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

Un accent particulier a été mis sur la prévention de scènes similaires à celles du raid du 5 avril sur la mosquée Al-Aqsa, a déclaré le diplomate.

Le matin du 9 avril, on a assisté à un scénario similaire, la police affirmant qu’un groupe important de Palestiniens s’était barricadé à l’intérieur de la mosquée. Israël a néanmoins fait savoir que les forces avaient finalement décidé de ne pas entrer dans la mosquée après avoir reçu des informations selon lesquelles les personnes qui s’y trouvaient n’avaient pas l’intention de déclencher des affrontements.

Le haut diplomate du Moyen-Orient a ri de l’explication israélienne, affirmant que la décision de la police de se replier avait été le fruit d’un marathon d’appels téléphoniques des représentants de Biden, le jour même de l’affrontement qui a failli se répéter.

Deux jours plus tard, Netanyahu a annoncé que l’accès au mont du Temple serait interdit aux non-musulmans jusqu’à la fin du ramadan.

Bien que cette décision soit conforme à la politique israélienne de longue date, les jours précédant l’annonce les spéculations sur un éventuel changement de cap de Netanyahu sous la pression de ses partenaires de la coalition d’extrême-droite, se sont multipliées.

Sur cette question également, les représentants de Joe Biden ont régulièrement appelé leurs homologues israéliens, les exhortant à maintenir le cap des gouvernements précédents.

La police israélienne escortant les visiteurs juifs marquant la fête de Pessah vers l’enceinte de la mosquée Al-Aqsa au sommet du mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, pendant le ramadan, le 9 avril 2023. (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)

Israël a également proposé une série de petites mesures visant à soutenir financièrement l’Autorité palestinienne (AP) à court d’argent, a déclaré la semaine dernière un haut fonctionnaire du Conseil national de sécurité au Times of Israel.

« Les choses auraient pu être bien pires et nous sommes passés très près d’une guerre régionale », a déclaré un deuxième fonctionnaire américain, qui a souligné la « dangereuse confluence » des jeunes Palestiniens au mont du Temple, des groupes terroristes qui tentent de provoquer et d’exploiter les tensions, ainsi que de certains membres de la coalition Netanyahu qui ont montré leur volonté à faire escalader les hostilités.

Alors que l’administration Biden a fait part de son inquiétude croissante quant à la capacité de Netanyahu à maîtriser ses partenaires politiques les plus radicaux, sa conduite au cours des dernières semaines « a prouvé qu’il pouvait calmer les choses quand il le voulait », a déclaré le second responsable américain au Times of Israel.

La manière dont le Premier ministre a géré les dernières semaines pourrait bien créer l’élan nécessaire à la reprise du Forum du Neguev, qui est en sommeil depuis janvier en raison du mécontentement croissant de la région à l’égard du gouvernement israélien.

Aucune date n’a été fixée pour la deuxième réunion ministérielle du forum du Neguev, mais les premières discussions à ce sujet ont repris, a déclaré le fonctionnaire israélien.

Le haut diplomate du Proche-Orient estime que la tenue en Israël d’un autre sommet régional avec l’AP, les États-Unis, l’Égypte et la Jordanie permettrait d’accélérer la programmation de la prochaine conférence du Forum du Neguev.

Des participants au forum du Neguev tenant une réunion, à Abou Dhabi, le 10 janvier 2022. (Crédit : Ministère des Affaires étrangères des Émirats)

Le gouvernement de Netanyahu a déjà participé à deux rassemblements de ce type à Aqaba, en Jordanie, et à Charm el-Cheikh, en Égypte, où les parties s’étaient engagées à s’abstenir temporairement de prendre des mesures unilatérales auxquelles l’autre partie s’opposait. Elles s’étaient également engagées à se réunir une troisième fois en avril, mais les responsables américains et israéliens ont reconnu qu’il était peu probable que cela se produise avant la fin du mois, étant donné qu’aucune date n’a encore été fixée.

La capacité de Netanyahu à diriger la politique de son gouvernement pour tout ce qui concerne les Palestiniens semble toutefois avoir une limite.

En début de semaine, le gouvernement a soumis un avis à la Cour suprême de justice dans lequel il exprimait son intention de raser le hameau palestinien de Khan al-Ahmar, tout en indiquant qu’il ne le ferait pas dans un avenir proche.

Le quotidien Israel Hayom a révélé qu’une première version de l’avis comprenait l’engagement du gouvernement à ne pas nuire au « processus de Charm el-Cheikh », dans le cadre duquel les parties ont convenu de « développer des mesures visant à instaurer la confiance, à renforcer la confiance mutuelle, à créer un horizon politique et à traiter les questions en suspens par le biais d’un dialogue direct ».

Le député Bezalel Smotrich, chef du parti HaTzionout HaDatit, avec le député Itamar Ben Gvir, chef du parti Otzma Yehudit, au plénum de la Knesset, le 28 décembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Les références aux sommets régionaux israélo-palestiniens ont néanmoins été supprimées de la version finale de l’avis du gouvernement à la Cour suprême, sous la pression du ministre des Finances, Bezalel Smotrich, et du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir.

Leur influence sur les décisions de Netanyahu aura probablement un impact sur la manière dont le Premier ministre choisira de gérer la « Marche des drapeaux » des nationalistes religieux à l’occasion de la Journée de Jérusalem – Yom Yeroushalayim – le mois prochain. Ces dernières années, les États-Unis ont fait pression sur Israël pour qu’il modifie l’itinéraire traditionnel du rassemblement afin d’éviter la porte de Damas et le quartier musulman de la Vieille Ville, une pratique généralement considérée comme une provocation, car les participants extrémistes en ont profité ces dernières années pour scander des slogans racistes à l’encontre des Arabes et des Palestiniens.

Mais Smotrich et Ben Gvir, qui comptent parmi les participants les plus en vue de la « Marche des drapeaux », insisteront probablement pour que Netanyahu maintienne l’itinéraire traditionnel. Le haut fonctionnaire américain a reconnu que cette question était déjà dans le collimateur de l’administration Biden.

Le député Bezalel Smotrich, au centre, agitant un drapeau israélien lors de la « Marche des drapeaux » annuelle à côté de la porte de Damas, à l’extérieur de la Vieille Ville de Jérusalem, le 15 juin 2021. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)

Par ailleurs, les discussions importantes concernant la visite de Netanyahu à la Maison Blanche, invitation tant attendue, n’ont pas encore eu lieu, a déclaré le fonctionnaire israélien, spéculant que les États-Unis souhaitent toujours obtenir plus de clarification sur la réforme du système judiciaire du gouvernement avant d’aller de l’avant.

Le mois dernier, Netanyahu a accepté de mettre en pause le blitz législatif visant à réduire radicalement les pouvoirs de la Haute Cour de justice afin de permettre des négociations de compromis avec l’opposition. Il y a eu plusieurs réunions à la résidence du président Isaac Herzog au cours des dernières semaines, mais elles n’ont pas encore abouti et la coalition pourrait bien décider d’aller de l’avant avec certaines parties de la réforme le mois prochain ou au mois de juin.

L’annonce faite mardi par Biden de se représenter comme candidat aux élections compliquera probablement davantage les efforts visant à programmer une visite de Netanyahu aux États-Unis, les considérations de politique intérieure jouant un rôle encore plus important dans les décisions de politique étrangère à l’approche de novembre 2024.

La Maison Blanche et le Bureau du Premier ministre ont décliné toute demande de commentaire sur l’affaire.

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