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Analyse

Le Likud : L’implosion du parti au pouvoir … et sa transformation

Sous Netanyahu, le Likud est passé d'un parti fier de sa démocratie interne à un monolithe sans débat ni dissidence ; ce changement façonne la lutte pour le pouvoir judiciaire

Haviv Rettig Gur

Haviv Rettig Gur est l'analyste du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirigeant une réunion de la faction du Likud, à la Knesset, le 13 mars 2023. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirigeant une réunion de la faction du Likud, à la Knesset, le 13 mars 2023. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)

Lors des législatives de 2015, le parti de Benjamin Netanyahu, le Likud, a mené une campagne avertissant que le leader de l’opposition d’alors, Isaac Herzog (aujourd’hui président d’Israël), autoriserait le groupe terroriste de l’État islamique à entrer dans le pays. Lors de l’élection suivante, en 2019, il a prévenu que son principal opposant, Benny Gantz, faisait l’objet d’un chantage de la part des services de renseignement iraniens au sujet d’une prétendue liaison extra-conjugale révélée par le piratage de son téléphone privé.

Les responsables du Likud aiment à dire que la politique n’est pas un jeu pour les personnes trop sensibles.

Ou, comme l’a dit de façon mémorable l’ancien directeur de campagne Ofer Golan, « d’abord on gagne, ensuite on limite les dégâts ».

Au cours des deux derniers mois, cette culture politique s’est manifestée dans la guerre éclair du gouvernement pour réformer le système judiciaire, dans une stratégie qui visait à pousser l’opposition à des pourparlers désespérés de dernière minute, sous peine d’effacer complètement la capacité du pouvoir judiciaire à contrôler les autres branches du gouvernement.

Cette stratégie était agressive au point d’être prédatrice, et désastreusement contre-productive. Au lieu de s’incliner devant le mastodonte, la moitié du pays s’est convaincue que la version radicale de la réforme n’était pas une position de négociation ouverte, mais la preuve que l’objectif initial de la réforme était exactement ce qu’il semblait être : une tentative de transformer Israël en un État autoritaire. La coalition est donc entrée en guerre.

À lire : Anatomie d’une réforme d’auto-sabotage

Presque tout ce que la coalition a fait depuis semble aller dans ce sens. Elle a proposé des projets de loi visant à imposer des peines de prison pour toute tenue jugée non conforme à la tsniout – ou règles vestimentaires de la loi juive orthodoxe – au mur Occidental, à accorder à la police le droit de perquisitionner les domiciles sans mandat, à réserver aux haredim jusqu’à 30 % des postes dans les administrations publiques, à étendre massivement les subventions de l’État aux hommes haredim qui ne travaillent pas, en grande partie aux dépens des Israéliens laïcs qui paient la majeure partie des impôts sur le revenu, à étendre la compétence des tribunaux rabbiniques à l’ensemble de la population, à l’exception des femmes et des enfants, à étendre la juridiction des tribunaux rabbiniques où les femmes sont structurellement désavantagées sur des questions aussi fondamentales que la force relative de leur témoignage, à fixer des heures de baignade séparées selon le sexe dans les points d’eau des parcs nationaux, à politiser la gestion des élections, et ainsi de suite.

Affrontements entre la police et des manifestants lors d’un rassemblement d’opposition au projet du gouvernement Netanyahu de remanier le système judiciaire, à Tel Aviv, le 9 mars 2023. (Crédit : AP Photo/Ohad Zwigenberg)

Parmi la demi-douzaine de projets de loi présentés par la coalition, l’un d’entre eux permettrait aux fonctionnaires de recevoir des dons financiers presque illimités (en guise de cadeaux), y compris de la part de donateurs anonymes, une mesure destinée à permettre à Netanyahu lui-même de conserver les 270 000 dollars qu’il avait reçus en cadeau de la part d’un défunt cousin.

Cette campagne éclair s’est accompagnée, tout au long des deux derniers mois, d’un roulement régulier de rhétorique populiste, les députés de la coalition qualifiant la Haute Cour de « tyrannie qui doit être renversée », se vantant que les Israéliens laïcs seraient « remplacés » (comme l’a laissé entendre un député du Shas), et expliquant calmement et à plusieurs reprises, qu’une ville palestinienne devrait être « anéantie« .

Certains de ces projets de loi ou de ces déclarations ont été retirés suite à un tollé public ; mais la plupart ne l’ont pas été. Pourtant même ceux qui n’ont pas progressé ont contribué à établir le récit – et à définir la perception publique des intentions – de ce gouvernement.

« D’abord on gagne, ensuite on limite les dégâts. »

La plupart des Israéliens n’ont pas suivi les détails complexes des changements institutionnels au cœur de la réforme. Leur soutien ou leur opposition à la refonte est principalement basée sur leur confiance ou leur méfiance à l’égard du gouvernement actuel. Le comportement du gouvernement est important.

La Knesset fantôme

Les membres de la Knesset ne sont pas élus directement par les électeurs. La plupart d’entre eux obtiennent leur siège lorsque le chef de leur parti les nomme sur la liste de la Knesset. Même au sein du Likud, l’un des rares partis à encore organiser des primaires, l’ascension ou la chute d’un député dépend plus de sa loyauté envers Netanyahu que de tout autre facteur. La plupart des députés sont donc redevables non pas aux électeurs, mais aux dirigeants de leur parti. Et comme ce sont les chefs de parti qui forment le gouvernement, les députés israéliens servent essentiellement selon le bon vouloir des ministres qui les ont nommés.

Benjamin Netanyahu parlant avec d’autres députés du Likud, dont Nir Barkat et Avi Dichter, lors du plénum de la Knesset, le 28 décembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Cela fait de la Knesset israélienne un organe de contrôle extrêmement faible du pouvoir gouvernemental, plus que dans d’autres systèmes parlementaires où les députés sont élus au suffrage direct ou sur des listes ouvertes où les électeurs choisissent les candidats le jour de l’élection.

C’est particulièrement vrai ces dernières années, avec le déclin des primaires des partis. Il y a trente ans, la plupart des députés des grands partis étaient élus par les membres de leur parti lors d’une élection primaire, ce qui leur donnait une assise politique à partir de laquelle ils pouvaient contester et contrôler les dirigeants du parti, et donc le gouvernement. Au centre et à gauche, ce n’est plus le cas.

Mais ce n’est pas non plus vrai au Likud. Il y a dix ans à peine, Danny Danon (Likud), a pu utiliser sa présidence de la commission centrale électorale du parti pour interpeller Netanyahu et même se présenter contre lui à la tête du parti sans risquer de compromettre sa carrière politique. Israel Katz, aujourd’hui ministre de l’Énergie, a brigué avec enthousiasme la présidence du secrétariat du parti, responsable des opérations de terrain du Likud le jour des élections, un poste qui a fait de lui une force avec laquelle il fallait compter, même pour le chef du parti.

Cette époque est aujourd’hui révolue. La commission centrale électorale, qui avait fait parler d’elle en entamant un débat sur le désengagement de Gaza, ne débat plus de rien. Les campagnes électorales sont menées directement depuis le Bureau de Netanyahu. Même les sections locales du Likud, qui constituaient autrefois une étape clé sur la voie de l’accession au pouvoir national, dépérissent aujourd’hui sans budget ni programme.

Au cours des deux derniers mois, on peut dire que ce processus, qui consiste à vider lentement les institutions du parti de leur substance, a atteint son paroxysme. Alors que la bataille judiciaire déchire le pays, le Likud se montre si étonnamment unifié et harmonieux que, dans la pratique, ses institutions internes ont pratiquement disparu. Les critiques ont commencé à parler du « vœu de silence monastique » des députés, qui les empêchait de remettre en question la réforme.

Et cela est non négligeable dans le débat sur le système judiciaire. L’intensité de l’opposition aux réformes radicales du gouvernement n’est pas seulement liée à la protection de la Cour ; les sondages montrent régulièrement un large soutien de principe à une réforme du système judiciaire. Mais trois facteurs ont rendu le projet du gouvernement anathème : le radicalisme de la version avancée par le gouvernement, la litanie apparemment sans fin de lois illibérales et de rhétorique belliqueuse, et le Likud transformé qui, par sa conduite au cours des 11 dernières semaines, a démontré la faiblesse inhérente de la Knesset en tant que frein au pouvoir du gouvernement.

Des Israéliens protestant contre la refonte judiciaire prévue par le gouvernement israélien, à Tel Aviv, le 18 mars 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Sans voix

Le 14 février, lors d’une interview avec la Treizième chaîne, Avi Dichter (Likud), a accidentellement laissé échapper une étrange confidence.

« Au Likud, en interne, nous ne nous sommes pas encore assis et n’avons pas encore étudié la question sérieusement, de sorte que quiconque tente de décrire ‘ce qu’ils pensent au Likud, ce qu’ils disent ou ne disent pas au Likud’, tous ces commentaires, croyez-moi, ne valent pas le papier sur lequel ils sont écrits », a répondu Dichter interrogé sur le silence de la plupart des députés du Likud jusqu’à ce moment-là, alors que la bataille judiciaire secouait le pays.

Cette déclaration a surpris l’intervieweur, le sympathique journaliste de droite Sharon Gal.

« Quoi, il n’y a pas eu de réunion sérieuse sur la réforme au sein du Likud ? C’est ce que vous dites ? »

« Pas encore », a répondu Dichter, près de six semaines après que la réforme eut été présentée au public – le 4 janvier – et alors que certains de ses projets de loi avaient déjà été déposés à la Knesset. Le premier vote en plénum devait avoir lieu six jours plus tard.

« Mais cela fait des mois que l’on en parle », s’est exclamé Gal.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu au lancement de la campagne électorale de son part du Likud, à Ramat Gan, le 4 mars 2019. (Crédit : Aharon Krohn/Flash90)

« Je vous le dis », a répondu Dichter, « les choses ont été étudiées ». « C’est Yariv Levin qui dirige tout cela. Il présentera quelque chose de très réfléchi et détaillé, puis nous nous assiérons, nous discuterons, et nous ferons le tri. Croyez-moi, le Likud ne compte pas de personnes irresponsables en ses rangs, du Premier ministre Netanyahu au dernier membre du Likud, en passant par Yariv Levin. Toute tentative de nous décrire comme une bande de combattants polarisés n’est tout simplement pas crédible. »

Cette discussion – en interne – n’a jamais eu lieu.

Au contraire, au cours des deux mois et demi qui ont suivi la première présentation de la réforme, le Likud et le reste de la coalition se sont montrés unis et peu curieux à l’égard de ce projet largement controversé. La plupart des députés ont exprimé un soutien sans faille, quelques-uns ont lancé de timides appels au dialogue et aucun n’a remis en question un seul article de cette législation tentaculaire.

Les députés les plus indépendants et les plus puissants du Likud ont au contraire tenté d’éviter complètement la question.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et le président de la commission de la Défense et des Affaires étrangères Avi Dichter, durant une réunion de la commission, le 9 novembre 2018. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

« Nous sommes tous Shas maintenant »

Après que la Haute Cour a statué en janvier que le dirigeant du Shas, Aryeh Deri, devait être limogé de ses postes de ministre de la Santé et de l’Intérieur, les ministres du Shas ont développé un curieux rituel. Chaque fois que Deri entrait dans le plénum, les ministres du Shas se levaient précipitamment de leurs sièges à la table du gouvernement et retournaient dans les rangs des députés ordinaires pour s’asseoir à côté de leur chef.

Comme l’explique Ishay Cohen, du site d’information haredi Kikar HaShabbat, « il n’y a jamais eu de moment dans le plénum où Deri s’est assis en tant que député ordinaire et où [les membres du cabinet Shas] se sont assis en tant que ministres du gouvernement ».

Il s’agit d’un théâtre de la loyauté d’un type assez courant au sein du parti ultra-orthodoxe, le Shas, mais probablement jamais vu auparavant dans le plénum de la Knesset. Comme les députés du Likud à qui l’on a dit de se tenir loyalement derrière Netanyahu le jour où son procès a commencé en mai 2020, il s’agit d’un acte de théâtre politique qui reflète de plus en plus une nouvelle réalité politique.

Le Shas n’est pas seul.

Le projet de loi connu sous le nom de « loi Deri n° 2« , un amendement à la Loi fondamentale : Le Gouvernement – qui est peut-être le moins populaire des récents textes législatifs du gouvernement, même parmi les députés de la coalition – supprimerait le contrôle judiciaire des nominations au cabinet et permettrait à Deri de revenir au cabinet malgré ses multiples condamnations pour corruption.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, en haut à droite, présidant une réunion du Conseil des ministres consacrée à l’examen du budget de l’État, le 23 février 2023. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Quoi que l’on pense de la question juridico-constitutionnelle de l’intervention d’un tribunal dans les nominations du cabinet – certains universitaires libéraux sont aussi opposés à l’idée que les conservateurs – le projet de loi est généralement considéré par les députés comme la moins attrayante des nombreuses propositions de la coalition.

Il revient à modifier une Loi fondamentale constitutionnelle pour le bénéfice personnel direct d’un homme politique, et plus précisément pour lui permettre de servir le gouvernement malgré des délits de corruption avérés. Il s’agit d’une loi à laquelle de nombreux députés du Likud s’opposent discrètement et que peu d’entre eux souhaitent voir promulguée.

Et c’est précisément la raison pour laquelle chacun d’entre eux a reçu l’ordre non seulement de voter en sa faveur, mais aussi de la parrainer activement.

Lorsque le projet de loi Deri a été officiellement soumis à la Knesset le 6 février, il portait la signature de 37 parrains, soit tous les députés de la coalition qui n’étaient pas ministres, vice-ministres ou président de la Knesset, postes qui leur interdisent de parrainer des projets de loi – un seul député n’avait pas encore signé le 6 février : Simcha Rothman (HaTzionout HaDatit).

À titre de comparaison, le projet de loi visant à empêcher que Netanyahu ne soit déclaré inapte à exercer ses fonctions de Premier ministre en raison de son procès a été soutenu par cinq députés, le projet de loi visant à réserver des emplois gouvernementaux exclusivement aux haredim par trois députés et le projet de loi permettant aux hôpitaux d’interdire l’entrée de hametz – aliments à base de levain – à Pessah, par un seul député.

Comme l’a expliqué un député chevronné, le fait d’ordonner à tout le monde de parrainer le projet de loi était une tactique d’intimidation destinée à empêcher quiconque de prétendre plus tard qu’il n’avait pas soutenu le projet de loi. « Je n’ai jamais vu, durant toutes mes années à la Knesset, un député recevoir l’ordre de signer un projet de loi en tant que parrain », a déclaré le député.

« Nous sommes tous Shas maintenant », a déclaré un autre député.

Le ministre de la Justice Yariv Levin soutenant Aryeh Deri lors d’une réunion du parti Shas, à la Knesset, le 23 janvier 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Loyauté

Les besoins du dirigeant ont de plus en plus pris le pas sur les besoins du parti et, selon les critiques, sur les besoins du pays.

Alors même que la coalition cherche ostensiblement un compromis pour sa réforme et annonce le report de certaines mesures et une version « édulcorée » de son projet de loi sur les nominations judiciaires, deux projets de loi avancent à vitesse grand V et la coalition refuse catégoriquement de les adoucir ou de les retarder : le projet de loi qui ramènerait Deri au cabinet, et celui qui lèverait les restrictions sur les dons aux fonctionnaires afin que Netanyahu puisse garder le cadeau de son cousin désormais décédé.

Au sein du plénum, en tout cas, le théâtre de la loyauté n’est pas qu’une simple mise en scène ; c’est la façon dont la coalition établit ses priorités en matière de législation.

Il influe également sur la politique. À la mi-mars, un Netanyahu malmené par le refus de l’administration Biden de le rencontrer aurait ordonné à tous les ministres du gouvernement d’éviter de se rendre aux États-Unis et de refuser des réunions avec des fonctionnaires américains jusqu’à ce que l’administration mette fin à son boycott du Premier ministre – quelles que soient les affaires qu’ils pourraient avoir à mener avec l’administration américaine.

Les trois premiers mois du 37e gouvernement israélien ont été marqués par un grand nombre d’événements : le lent effondrement du Likud. Autrefois bruyante et compétitive, la stratégie consistait à gagner à tout prix et à essayer de minimiser les dégâts après coup, la rapidité et la rhétorique populiste qui n’ont fait qu’intensifier l’opposition à la réforme, et le flux continu de projets de loi élargissant le pouvoir des institutions religieuses de l’État ou affaiblissant les règles de lutte contre la corruption. Le résultat, bien sûr, n’est autre que le chaos.

Le ministre de la Défense Yoav Galant, au centre, lors d’une cérémonie en l’honneur du nouveau chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Herzi Halevi, au quartier général de l’armée à la Kirya, à Tel-Aviv, le 16 janvier 2023. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Pendant ce temps, la refonte du système judiciaire continue d’avancer à une vitesse fulgurante. Le plan de nomination des juges de la coalition a été modifié deux fois au cours de la seule journée de lundi – sans véritable débat à la Knesset, dans le public ou au sein des partis de la coalition sur l’importance de ces changements, et sans modifier le délai qu’elle s’est elle-même imposée pour l’adoption de la loi avant la fin du mois.

Mais certains choisissent enfin de rompre le « silence monastique » et de poser des questions difficiles.

Jeudi dernier, le député David Bitan a apparemment été le premier à s’opposer directement au blitz législatif. Sa critique était sans équivoque. « La façon dont ils ont procédé, la rapidité avec laquelle ils l’ont fait, le manque d’explications, ils ont poussé tous les projets de loi au lieu d’y aller lentement un par un – toutes ces choses ont causé des dommages directs à la proposition que nous voulons faire passer. Aujourd’hui, notre situation est pire qu’avant. »

Une déclaration remarquable, mais pas si courageuse. La parole de Bitan a été libérée des chaînes de la politique du Likud non pas par son courage personnel, mais par un procès pour corruption en cours depuis 2021. Un co-accusé a déjà été condamné pour l’avoir soudoyé. Le jour est probablement proche où ses ennuis judiciaires le pousseront de toute façon à quitter la Knesset. Il n’avait donc rien à perdre.

Néanmoins, les critiques publiques de Bitan ont servi de tremplin à d’autres. Le ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar, s’est inquiété jeudi soir de voir le pays « se déchirer ». Samedi soir, le député Yuli Edelstein a déclaré que le comportement de son parti avait contribué à alimenter les manifestations, et non, comme l’a affirmé Netanyahu, les fonds étrangers et les « anarchistes ».

« Si vous dites constamment ‘nous ne nous arrêterons pas, pas même un instant, et nous adopterons la réforme telle quelle’, vous ne faites que contribuer à alimenter de plus en plus les manifestations », a déclaré Edelstein.

Dossier : Des soldats de réserve israéliens, des vétérans et des activistes manifestant contre les réformes prévues par le gouvernement israélien devant la Cour suprême, à Jérusalem, le 10 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le député Eli Dellal est allé encore plus loin. « Nous sommes dans une impasse. Négocier entre nous n’est pas aussi intelligent que nous le pensions. Nous devrions nous arrêter et le faire correctement et avec un large accord. »

Ces nouvelles voix sont-elles le signe d’un retournement de situation ? Pas tout à fait. C’est Netanyahu lui-même, désespéré de limiter les dégâts et de mettre fin au chaos, qui a annoncé à la fin de la semaine dernière qu’il proposerait un compromis. Les nouveaux détracteurs du Likud ne pensent pas que ces députés le défient, ils pensent qu’ils ouvrent la voie qu’il souhaite emprunter.

Lundi, Netanyahu a dirigé une réunion de sa faction, le Likud, au cours de laquelle une version « édulcorée » du projet de loi sur la nomination des juges a été présentée ; la coalition pourra nommer directement les deux premiers juges de la Haute Cour lors de chaque législature de la Knesset, et non tous les juges comme le prévoyait le projet initial. Le projet a été accueilli par des « tensions » et des « critiques », ont indiqué à la presse des sources du Likud. (Les téléphones des députés ayant été confisqués à l’entrée de la réunion, aucun enregistrement n’a pu être réalisé).

Certains députés sont sortis de la réunion en affirmant que la nouvelle version constituait une capitulation honteuse face à la gauche, tandis que d’autres estimaient qu’il s’agissait d’un effort authentique en vue d’un compromis sérieux. Curieusement, les deux camps étaient composés des plus proches de Netanyahu, notamment ceux qu’il avait directement nommés sur la liste de la Knesset.

La députée Tali Gottlieb, par exemple, s’est insurgée contre la « capitulation », tandis que Galit Distel Atbaryan a déclaré avec enthousiasme que « la [nouvelle] proposition n’est pas une capitulation parce que nous ne pensons pas à nos frères de gauche en termes de capitulation ou de contrôle ».

Pour ceux qui observaient la situation de l’extérieur, ce désaccord était étrangement commode. L’empressement soudain à critiquer de loyalistes tels que Gottlieb semblait destiné à montrer que le compromis était réel ; les soudaines louanges de Distel Atbaryan, généralement (beaucoup) plus agressive, semblaient destinées à la base du parti afin de fournir une couverture politique à Netanyahu.

La ministre de la Diplomatie publique, Galit Distel Atbaryan, réagissant lors d’une session plénière pour le 74e anniversaire de la Knesset, dans la salle d’assemblée de la Knesset, à Jérusalem, le 6 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les seuls députés qui se sont écartés du texte après la réunion étaient des indépendants comme Bitan. « C’est la dernière fois que vous faites cela sans nous consulter », a-t-il déclaré. Il a été ignoré.

Le gouvernement a passé plus de deux mois à faire adopter une loi visant à affaiblir radicalement le système judiciaire, alors que certains à droite affirment aujourd’hui qu’il n’a jamais voulu la faire passer sous une forme aussi radicale. Alors que la moitié du pays est convaincue d’être menacée, que de plus en plus de réservistes refusent de servir et que les dommages économiques de la réforme se chiffrent déjà en milliards, la vieille formule – « d’abord on gagne, ensuite on limite les dégâts » – ne convient plus à la situation. Les dégâts deviennent trop importants.

Le Shas a toujours été illibéral et épris de leadership charismatique. Les députés d’Otzma Yehudit et de HaTzionout HaDatit n’ont jamais caché leurs prédilections illibérales. Mais le Likud était autrefois un parti turbulent et indiscipliné, avec de multiples centres de pouvoir, des primaires imprévisibles et des institutions fortes qui accueillaient des débats sérieux sur l’idéologie et la législation, un parti aussi fier de son libéralisme que de son nationalisme.

Ce vieux Likud turbulent a maintenant implosé et s’est transformé en quelque chose d’autre, quelque chose de loyal, d’inconditionnel, d’étrangement docile, sans dissidents ni débats, qui fait que même de nombreux partisans de la réforme du système judiciaire s’inquiètent qu’une coalition ayant à cœur une telle culture politique puisse chercher à faire la même chose avec le pays.

S’il veut limiter les dégâts, il est peut-être temps pour le Likud, qui fête aujourd’hui ses 50 ans, de retrouver sa voix perdue et son pluralisme oublié.

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