14 articles du Times of Israel qui ont marqué 2018
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14 articles du Times of Israel qui ont marqué 2018

Nos journalistes en Israël et dans le monde reviennent sur leurs articles qui, cette année, ont laissé les plus profondes impressions

Des changements spectaculaires concernant la question de l'homosexualité commencent à se produire dans le milieux sioniste religieux des implantations. (Autorisation)
Des changements spectaculaires concernant la question de l'homosexualité commencent à se produire dans le milieux sioniste religieux des implantations. (Autorisation)

Au cours de l’année passée – et comme chaque année – les journalistes du Times of Israel ont rapporté des histoires qui se sont déroulées au sein de l’Etat juif et dans le monde entier, tentant de mettre en lumière pour nos lecteurs un certain nombre de sujets importants et compliqués – et influant directement parfois l’issue des événements.

Nos journalistes ont oeuvré à informer, divertir et éclairer nos lecteurs (qui sont estimés à 4 millions par mois et dont le nombre ne cesse d’augmenter), que ce soit en dévoilant (par inadvertance) la censure d’Internet menée par le gouvernement israélien ou en examinant le cas sordide d’un rabbin, délinquant sexuel ; en révélant les conduites inappropriées de conseillers politiques ou en assurant une couverture objective de la tragédie de Pittsburgh, malgré une implication personnelle dans le drame ; en essayant l’alimentation casher la plus emblématique de New York ou en présentant au monde une synagogue secrète à Dubaï.

Nous avons demandé à nos journalistes de revenir sur les articles qu’ils ont écrit au cours de l’année 2018 et de choisir ceux qui les avaient le plus marquer. Et voici leur liste.

(Quel a été votre article préféré en 2018 ? Laissez un commentaire ci-dessous).

Un homme passe devant une affiche critiquant le Premier ministre Benjamin Netanyahu près de sa résidence à Jérusalem, alors que les enquêteurs de la police arrivent pour l’interroger sur des allégations de corruption, le 10 juillet 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

1. La démocratie israélienne n’est pas brisée, – elle est attaquée

David Horovitz, rédacteur en chef

Un rôle et une responsabilité majeurs du journalisme indépendant sont de surveiller nos responsables élus, de nous assurer qu’ils font fidèlement ce pour quoi ils ont été élus. Il suffit de regarder des films comme « Les hommes du président », « Spotlight » et « The Post » pour avoir une idée de comment les choses doivent se dérouler dans une démocratie fonctionnant correctement : les journalistes exposent les actes répréhensibles puis le système judiciaire prend la relève et s’assure que justice a été rendue.

Ce qui m’a paru troublant, alors que je dirigeais l’équipe du Times of Israel et que j’écrivais mes articles cette année, a été l’évidence de l’effondrement de ce processus. J’ai écrit quelques articles qui, je pense, ont été importants au cours des 12 mois qui viennent de s’écouler – notamment sur les raisons pour lesquelles j’estime que l’anti-sionisme vertigineux de Jeremy Corbyn s’apparente à de l’antisémitisme, la manière dont, je le pense, Israël devrait lutter contre BDS, mais aussi sur la phrase qui manquait tristement dans la loi sur l’Etat nation, le refus international de reconnaître l’agenda de destruction de l’Etat juif du Hamas, et sur la décision perdant-perdant prise par Israël lorsque le pays a annulé son accord passé avec l’ONU concernant les migrants africains. Je n’ai pas connu de semaine plus surréaliste qu’au début du mois avec le temps passé avec le « Fils du Hamas », Mosab Hassan Yousef. Mais, en ce qui me concerne, rien ne se trouve autant au cœur du journalisme qui importe que cet article sur l’agression subie par la démocratie israélienne.

« La démocratie israélienne est prise d’assaut », avais-je écrit au mois d’août. « Il y a des tentatives d’intimidation du système judiciaire. Les médias sont à la fois diabolisés et compromis. La corruption financière n’est pas traitée et elle s’étend dans la politique ».

Et c’était avant que le Premier ministre ne s’en prenne au chef de la police – un ex-officier de l’armée respecté et vice-chef du Shin Bet, qu’il avait lui-même nommé, et qui a eu la témérité d’enquêter sur lui.

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Photo d’illustration d’un écran d’ordinateur « hors ligne » (Crédit : AP Photo/Christophe Ena)

2. Quand la Knesset a failli voter une loi autorisant la censure sur Internet

Raoul Wootliff, correspondant du ToI à la Knesset

Après avoir assisté à une réunion de commission de trois heures à la Knesset au mois de juin, dont l’objectif était de finaliser ce qui avait été surnommé « loi Facebook » – créée principalement pour réprimer les incitations au terrorisme sur les réseaux sociaux – j’avais décidé de lire minutieusement le texte final de 16 pages afin de préparer un article pour le moment où la loi devait être adoptée, quelques jours plus tard.

Et ce que j’avais découvert m’avait choqué. Au lieu de ne traiter que des réseaux sociaux – comme cela avait été le cas lors des neuf débats de commission auxquels j’avais assisté pendant l’année – le projet de loi avait une portée bien plus vaste que ce que j’avais compris de prime abord.

En fait, la législation, si elle était adoptée sous cette forme, aurait donné au gouvernement l’autorité nécessaire pour bloquer de manière unilatérale tout contenu de site internet (notamment des sites d’information) considérés comme contrevenant à une section comprise dans le code pénal israélien – tout cela par le biais d’ordonnance du tribunal, dans des décisions placées sous embargo et à perpétuité.

Il n’existe aucun pays démocratique dans le monde où le gouvernement possède des possibilités de censure d’internet s’approchant seulement de celles qui avaient été envisagées.

Après avoir interrogé les membres de la commission – et découvert qu’eux aussi n’avaient aucune idée de la portée réelle de la législation en cours – les conseillers juridiques de la Knesset ont été consultés et ils ont également transmis – eux aussi surpris et choqués – les inquiétudes que j’avais soulevées au Procureur général. La décision de dernière minute prise par le Premier ministre d’abandonner le vote final a été le fruit direct de ces efforts.

Israël s’est trouvé littéralement sur le point de détruire la liberté de parole sur la Toile à ce moment-là – et sans même en avoir conscience.

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Un adolescent israélien enveloppé dans un drapeau gay près de l’implantation d’Efrat, le 3 juin 2018 (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

3. Brisant un peu les tabous, des implantations revoient leurs liens avec les LGBT

Jacob Magid, correspondant du ToI pour les questions liées aux implantations 

En l’honneur du mois de la Fierté, j’avais écrit un article sur ce que le « coming-out » pouvait représenter pour les jeunes LGBT dans les implantations. J’avais eu la chance de rencontrer un groupe d’adolescents incroyablement inspirants originaires des villes du conseil régional de Gush Etzion, qui m’avaient fait part de leur expérience en termes d’acceptation de cette partie de leur identité.

Ils avaient partagé les progrès réalisés dans leurs communautés influencées par les Etats-Unis, des progrès qui les rendaient optimistes pour l’avenir. Recueillir ces récits m’a amené, de manière inattendue, à camper pendant deux nuits sur des parkings d’implantation, à m’entretenir avec une douzaine d’adolescents renfermés sur eux-mêmes et contraints à utiliser Grindr, une application de rencontre pour les gays. Les conversations que j’ai eues m’ont aidé à mieux comprendre les craintes nourries par un grand nombre de ces jeunes lorsqu’il s’agit de faire savoir au monde qui ils sont.

Tandis que l’objectif de l’article avait été de simplement éclairer une facette unique de la vie israélienne en Cisjordanie, j’ai reçu, après sa publication, des courriels d’un couple d’adolescents des environs du Gush Etzion qui l’avaient lu et qui voulaient profiter des informations nouvelles dont ils n’avaient jamais connaissance et qui leur étaient dorénavant disponibles.

L’un des militants que j’avais interviewé avait résumé ses efforts en disant qu’il s’efforçait de « baisser le prix » du coming-out de ces jeunes. Je ne suis pas suffisamment naïf pour penser qu’un article d’information puisse aider à alléger le fardeau d’une telle décision mais j’espère que les lecteurs qui n’ont jamais eu à gérer une telle problématique ont terminé l’article en pensant aux modestes moyens à mettre en place pour aider à créer un environnement – où qu’ils vivent – dans lequel le « prix à payer » ne soit pas trop élevé.

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Le rabbin Jeffrey Myers, à droite, de la congrégation Tree of Life/Or L’Simcha étreint le rabbin Cheryl Klein, à gauche, de la congrégation Dor Hadashet le rabbin Jonathan Perlman pendant un rassemblement organisé suite à la fusillade meurtrière de la synagogue Tree of Life à Pittsburgh, le 28 octobre 2018 (Crédit : AP Photo/Matt Rourke)

4. Au premier Shabbat après la tuerie, avec les Juifs de Pittsburgh

Amanda Borschel-Dan, éditrice de la rubrique Le Monde juif

Cinq jours. Quatre cérémonies de funérailles, une marche de protestation, un briefing sécuritaire de haut-niveau, un dîner du vendredi soir interconfessionnel qui avait aussi réuni tous les courants du judaïsme, couronné par un long office du Shabbat, le samedi matin – intense, douloureux, communautaire. Tout cela représente le travail hebdomadaire habituel d’un journaliste israélien, pourrait-on me dire. Mais cette fois-ci, cela s’était produit aux Etats-Unis et les règles du jeu n’étaient pas écrites.

La fusillade de masse survenue au sein de la synagogue Tree of Life de Pittsburgh a été, sans aucun doute, le moment de l’année le plus important et le plus dévastateur de la communauté juive dans le monde entier.

Il avait été décidé que je serais envoyée de Jérusalem pour couvrir les suites de l’attentat antisémite. En cinq jours, j’ai tenté d’offrir un aperçu sur toutes ces vies qui s’étaient éteintes, en diffusant leurs histoires respectives sur une plate-forme internationale, permettant ainsi à la communauté juive de la diaspora de prendre part au deuil de la communauté éprouvée de Squirrel Hill.

L’objectivité qu’un journaliste se doit de conserver n’a tenu qu’à un fil en ce qui me concerne face au drame de Pittsburgh. Dans un Starbucks, suite aux funérailles de la femme la meilleure que je ne rencontrerais jamais, j’ai été réconforté par son ami, un universitaire connu. La confirmation de sa personnalité véritablement remarquable m’a donné la volonté de retourner à mon clavier et de faire savoir au monde ce que cette pluie de balles avait anéanti à jamais.

Je me suis assise dans une synagogue, pendant le Shabbat, les larmes coulant sur mon visage – et je me suis promise de livrer un récit précis de la résilience et de l’unité qui m’ont tant émue ici.

A mon retour en Israël, un collègue m’a fait savoir par courriel que certains, dans la communauté, avaient demandé à ce que les journalistes ne couvrent pas les offices de prières. Si je l’avais su – en cette semaine chaotique, mes appels aux représentants communautaires sont restés sans réponse – j’aurais respecté ces désirs. En tant que journaliste inévitablement transformé par le deuil, ai-je eu seulement le droit d’écrire un article objectif ?

Mais le courriel suivant, dans ma boîte, était celui d’un natif de Pittsburgh, qui se trouve dorénavant en Israël et qui m’a remercié avec effusion d’avoir permis ce sentiment d’union avec sa communauté d’origine en ce moment sans précédent.

Un dur appel.

En tant que personne observant la vague globale d’antisémitisme, il m’apparaît clairement que la fusillade de Pittsburgh a été un événement majeur. Elle ne peut pas – et ne doit pas – rester un moment de chagrin communautaire privé, une anomalie.

Mais même alors que la tragédie a pris la forme d’une sonnette d’alarme – nécessairement amplifiée – j’espère encore contre toute attente qu’on se souviendra des victimes – et non de l’acte meurtrier.

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David Keyes s’adresse au Premier ministre Benjamin Netanyahu alors qu’il ouvre la réunion hebdomadaire du cabinet à son bureau de Jérusalem, le 23 juillet 2018. (Gali Tibbon/Pool via AP)

5. Douze femmes accusent le porte-parole de Netanyahu d’agression sexuelle
Raphael Ahren, correspondant diplomatique du Times of Israël

Au mois de septembre, le Times of Israel a publié un reportage d’investigation concernant une douzaine de femmes qui s’étaient plaintes du comportement inapproprié du porte-parole auprès des médias étrangers du Premier ministre Benjamin Netanyahu, David Keyes. Les accusations anonymes allaient de l’agression sexuelle à des attitudes outrageusement agressives ou, tout du moins, inconvenantes lorsque Keyes vivait encore à New York.

Keyes, né en Californie, avait nié mais notre reportage avait rapidement fait des vagues dans les médias locaux et internationaux, amenant d’autres femmes à se plaindre également des comportements du porte-parole.

Après qu’un article de suivi paru dans le ToI a cité les propos d’une femme qui accusait Keyes de lui avoir fait des avances « agressives et d’ordre sexuel » après que ce dernier s’est installé à Jérusalem et a commencé à travailler pour Netanyahu, Keyes avait déclaré qu’il voulait « prendre un congé » pour blanchir son nom.

Et, le 12 décembre, le bureau du Premier ministre a officiellement fait savoir que Keyes quittait ses fonctions.

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Le rabbin Eliezer Berland se couvre de son talit (châle de prière) au tribunal de première instance de Jérusalem, alors qu’il est jugé pour agression sexuelle, le 17 novembre 2016. (Yonatan Sindel/ Flash90)

6.  Les ex-collaborateurs du rabbin Berland se battent de l’intérieur pour le bannir

Marissa Newman, correspondante politique du Times of Israë

Quand j’ai commencé à m’intéresser à la communauté Shuvu Bonim d’Eliezer Berland, délinquant sexuel influent et condamné, j’ai été immédiatement frappée par la promiscuité de son groupe – désigné comme culte – et celui de mon monde : Tout d’abord, il y a eu le sentiment initial de naufrage quand j’ai vu qu’un ami mutuel et respecté sur Facebook (un fidèle de la dynastie hassidique Bratslav auquel appartient ostensiblement Berland) avait aimé sa page.

Puis, il y a eu la réalisation choquante de ce que la forteresse de sa communauté se situait à 15 minutes à pied des bureaux du Times of Israel – je n’en étais que vaguement consciente, même si j’ai passé la majorité de ma vie à Jérusalem. Des conversations que j’ai eues avec des connaissances proches du courant de Bratslav, même si elles n’étaient pas directement affiliées à la communauté nécessairement, m’ont fait comprendre que nombreux étaient ceux qui estimaient que l’affaire Berland était surévaluée – au mieux – ou un complot élaboré visant à le faire disparaître dans l’oubli, au pire.

Berland, avais-je présumé, avait été entièrement mis au ban de la société après sa fuite du pays, puis après avoir été condamné à la prison en Israël. Cela s’est avéré être vrai dans la communauté Bretslev au sens large et chez de nombreux Israéliens. Mais pour de nombreux croyants – soit issus de sa communauté, ou des admirateurs venus de l’extérieur – aucune information la plus accablante, aucun enregistrement le plus compromettant de ses réflexions dérangées n’a pu venir entamer leur soutien sans faille. Il était leur messie – qu’ils interprètent cela de manière littérale ou plus largement. Et le reste n’était que fake news.

Cette histoire est importante, et pas simplement parce qu’elle a mis en lumière la vulnérabilité de ceux qui ont placé leur poursuite extatique de sens religieux dans le visage d’un chef auto-proclamé et omniscient ayant promis le salut et la communion avec le divin à ceux qui le souhaitaient – en l’échange de quelques liquidités.

Elle est importante, et pas simplement parce qu’elle a mis en lumière les poches invisibles de non-respect de la loi au sein de la société israélienne et une inefficacité présumée de la police israélienne. Elle est importante, et pas seulement parce qu’elle a tracé la transformation, chez les leaders hassidiques, les ayant amenés à désavouer Berland. Elle est importante, plus que tout – c’est ce que je crois – parce qu’elle a mis en lumière ces anciennes étudiantes courageuses qui ont risqué et qui continuent de risquer leur bien-être pour s’assurer que Berland deviendra un paria dans la communauté Bretslev et dans l’opinion publique israélienne au sens large. Sans elles, nous pourrions bien ne jamais avoir entendu parler d’Eliezer Berland.

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Des demandeurs d’asile africains ont organisé une vente aux enchères d’esclaves simulée dans le cadre d’une manifestation contre leur expulsion devant le ministère de la Défense à Tel Aviv, le 3 avril 2018. (Miriam Alster / Flash90)

7. Le HCR en pourparlers pour envoyer des migrants africains dans des pays « sûrs »

Melanie Lidman, journaliste spécialiste de l’environnement et des affaires sociales

Quand nous avons livré l’information que le Haut-commissariat au Réfugiés des Nations unies négociait en coulisses la réinstallation d’environ la moitié des demandeurs d’asile africains du pays en échange de l’octroi du statut de résident permanent en Israël de l’autre moitié, elle nous avait semblé être une solution à un problème hautement compliqué, susceptible de plaire à presque tout le monde.

Les 35 000 demandeurs d’asile obtenaient ainsi un semblant de statut – en Israël ou à l’étranger – et la fin de leurs difficultés. Les résidents du sud de Tel Aviv, eux, auraient observé une réduction drastique du nombre de demandeurs d’asile dans les quartiers défavorisés situés autour de la gare routière centrale.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait remporté un gain politique pour avoir trouvé une solution. Mais le meilleur restait le prix à payer : Rien. La réinstallation n’aurait rien coûté, tous les frais étant pris en charge par le HCR et par les pays ayant accepté les réfugiés.

Le Times of Israel a été le premier journal israélien à annoncer cet accord historique. Mais quel a été l’impact de notre histoire ? Nul.

Sous les pressions des habitants de Tel Aviv, furieux à l’idée de ce que même un seul demandeur d’asile puisse bénéficier d’un statut de permanent en Israël, Netanyahu a reculé. Et, une capitulation embarrassante quelques heures après avoir annoncé l’accord, il l’a annulé.

Je vis dans les quartiers sud de Tel Aviv, à quelques pas de la gare routière centrale. J’ai ressenti la manière dont l’ambiance avait changé – depuis les années de frustration durant lesquelles les autorités avaient ignoré le problème jusqu’à la haine la plus profonde – alors que la question des expulsions était débattue avec fièvre, au mois d’avril. Pendant quelques heures, il y a eu une solution qui semblait à portée de main. Puis elle a disparu, sous nos yeux.

Et aujourd’hui, il y a une amertume, une impuissance qui remplit les rues. Huit mois plus tard, les demandeurs d’asile africains se trouvent très exactement dans la même situation qu’auparavant : Dans le flou, sans possibilité d’obtenir un grand nombre des droits et des opportunités dont ils auraient besoin pour améliorer leur situation.

Rien n’a changé. Et le sud de Tel Aviv reste toujours aussi peuplé et défavorisé.

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Un membre de la synagogue de Dubaï tenant un rouleau de la Torah offert par l’homme d’affaires new-yorkais Eli Epstein, et portant une inscription dédiée à son ami, l’homme d’affaires dubaïote Mohamed Alabbar. Novembre 2018 (Israel Calera)

8. La communauté juive de Dubaï sort timidement de l’ombre pour la première fois

Miriam Herschlag, responsable de la section Opinions & Blogs

La communauté juive de… quel pays ? Voilà la réaction des gens depuis mon reportage sur une synagogue en activité depuis une dizaine d’années à Dubaï. Les visiteurs et expatriés juifs dans cet émirat du Golfe se rassemblent discrètement depuis quelques années pour la prière et les célébrations dans une villa banalisée d’un quartier résidentiel. Incertaine de l’approbation de leurs activités par les autorités, la communauté s’était jusqu’à présent faite très discrète, si bien que les visiteurs juifs de longue date de l’émirat n’en avaient même pas connaissance.

Après la publication de cet article le 5 décembre sur le Times of Israel et d’un reportage le même jour par Bloomberg News, la communauté juive des Émirats arabes unis s’était avancée prudemment hors de l’ombre. Les membres de la communauté qui ont autorisé ce coup de projecteur sans précédent se sont inspirés des dirigeants émiratis, qui s’efforcent de présenter les É.A.U comme une société tolérante, cosmopolite et compatible avec le monde des affaires international.

Cette publication arrive également à un moment où les relations entre Israël et certains pays du Golfe se réchauffent du fait des inquiétudes soulevées par les ambitions régionales de leur ennemi commun, l’Iran.

Après avoir passé du temps avec la communauté pour les prières de Shabbat, autour d’un tcholent et un dîner du vendredi soir dans la maison strictement casher de l’un de ses leaders, j’ai été profondément émue par la peine qu’il se donnent pour alimenter la vie juive dans cet endroit reculé et improbable.

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Anwar Ben-Badis, linguiste et professeur d’arabe, donne un cours dans le quartier de Katamon, à Jérusalem. (Crédit : Anwar Ben-Badis)

9. De plus en plus d’Israéliens se mettent à l’arabe

Jessica Steinberg, responsable de la rubrique « Culture & Art de vivre »

Il m’a fallu plusieurs semaines pour faire mes recherches et rédiger cet article sur les Israéliens qui apprennent l’arabe. J’avais souvent entendu des amis ou des membres de ma famille dire qu’ils prenaient ou souhaitaient prendre des cours d’arabe conversationnel. Quelque chose que j’ai envisagé plusieurs fois depuis 23 ans que je vis en Israël, mais qui, je le regrette, n’est resté qu’au stade de projet.

On sent une distance, une déconnexion, quand on vit aux côtés de gens, nombreux, parlant une autre langue. Mais ce qui m’a le plus surprise dans mes recherches, ce sont les différentes approches suivies par les professeurs et les élèves, aux origines très différentes, et qui enseignent ou apprennent l’arabe pour des raisons diverses.

Ce que j’aime plus que tout quand je fais un reportage et que j’écris, c’est de me sentir pousser, inciter, et ce fut le cas ici.

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Les jeunes Abayudayas lors d’un voyage de Birthright en Israël vont au Mur occidental (Capture d’écran)

10. Premier voyage Taglit de Juifs d’Ouganda financé par l’État qui n’en veut pas

Yaakov Schwartz, rédacteur adjoint de la section Le monde juif

Mes recherches pour rédiger cette histoire sur le premier voyage de Taglit d’une communauté isolée de Juifs africains d’Ouganda n’ont pas été faciles. Ce qui m’a paru plutôt étrange car cela semblait être le genre d’histoire qu’on aime publier.

J’avais essayé de joindre des porte-parole, des participants et des responsables du voyage pour avoir leur témoignage, mais rien. Quand j’ai commencé à comprendre pourquoi on m’ignorait, j’ai découvert l’injustice dont avaient souffert les participants de ce voyage – ainsi que toute leur communauté.

Depuis sa conversion au judaïsme il y a 100 ans (certaines conversions officielles ont été réalisées plus récemment sous les auspices du mouvement conservateur), la communauté Abayudaya a été confrontée à la persécution et à l’isolement, y compris sous la dictature brutale d’Idi Amin.

Toutes les branches du gouvernement ne reconnaissent pas officiellement les Abayudaya comme Juifs. Et il était possible que le ministre de l’Intérieur israélien change finalement d’avis et leur retire leur autorisation à se rendre dans le pays. (En janvier, celui-ci avait refusé l’entrée du leader de la communauté juive kényane dans le pays, où il devait étudier à la Yeshiva conservatrice)

Craignant que leurs visas soient révoqués à la dernière minute, les organisateurs nous avaient demandé d’attendre que tous les participants aient bien passé la douane avant de publier quoi que ce soit. Il s’agissait d’une énième manifestation agaçante de certaines des plus grandes faiblesses de la société israélienne – manque de reconnaissance des pratiques religieuses non orthodoxes, racisme qui dure depuis des décennies, etc.

Cela a-t-il empêché les Abayudaya de danser lors de l’entrée dans la Jérusalem historique comme si c’était le plus beau jour de leur vie ? Absolument pas. Nous savions que c’était une histoire importante car elle avait de l’importance pour cette communauté et d’autres en Israël et à l’étranger. J’espère que la couverture de cette histoire a été un tant soit peu utile. En tout cas, voir l’amour que portaient les Juifs Abayudaya pour Israël m’a beaucoup inspiré, même si certains au gouvernement refusent de les reconnaître comme Juifs.

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Affiches de la campagne pour les prochaines élections municipales à Tel Aviv, le 9 octobre 2018. (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)

11. Une faille juridique permet des prêts secrets aux candidats

Sue Surkes, journaliste d’investigation

Cet article, sur la facilitation du blanchiment de « prêts » sous forme de dons politiques non contrôlés, révèle une faille juridique qui pourrait permettre à des individus d’acheter des hommes politiques pendant les élections sans que le grand-public ne le sache.

Comme souvent, cet article est né d’un autre reportage que je réalisais sur le soutien d’un oligarque russe pour un des candidats aux municipales de Jérusalem, Zeev Elkin. En me penchant sur ses finances, je me suis rendue compte que les donations déclarées faites à un autre candidat, Ofer Berkovitch, ne pouvaient pas suffire pour financer sa campagne, qui a vu le visage de Berkovitch placarder sur des bus et des bâtiments partout dans la ville.

La loi sur la transparence dans les élections locales est très détaillée. Entre autre choses, le contrôleur de l’État oblige les candidats à continuellement mettre à jour un site internet accessible au public.

En creusant, j’ai découvert que les prêts personnels – contrairement aux garanties de prêt – devaient être signalés au contrôleur de l’État, mais seulement au terme de l’élection, et de façon confidentielle.

Cela signifie qu’un candidat peut signaler un prêt après l’élection mais qu’il, avec l’accord du « prêteur », n’est pas obligé de le rembourser. Ainsi, un prêt se transforme en don aux yeux du grand public, et le donateur pourra l’effacer une fois le candidat entré en fonction.

Alors que les élections nationales approchent, cette faille législative pourrait avoir de grandes conséquences sur la composition des listes de chaque parti, puisque cette loi s’applique aux élections primaires – mais pas aux législatives elles-mêmes, étant financées par le gouvernement. Dans un communiqué, le contrôleur d’État a annoncé qu’il se penchait sur cette faille mais n’a pas précisé quand les corrections se feraient.

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Le chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn s’adresse aux délégués à la conférence du Parti travailliste à Liverpool, en Angleterre, le 26 septembre 2018. (Leon Neal/Getty Images/via JTA)

12. Le Labour de Corbyn, qui pourrait bientôt gouverner le Royaume-Uni, désormais un groupe de protestation anti-Israël

Robert Philpot, journaliste basé à Londres

Une thématique et un homme ont été au centre de la plupart de mes articles pour le Times of Israel en 2018 : l’antisémitisme au parti travailliste britannique (Labour) sous la direction de Jeremy Corbyn.

Cet article résume l’année choquante et honteuse d’un parti que de nombreux Juifs considéraient naturellement comme leur parti, leur ami et leur allié.

Pourquoi cela a de l’importance ? À mesure que le monde politique britannique enchaîne les crises sur fond de Brexit, les chances que Corbyn soit élu au 10 Downing Street s’accroissent. Les conséquences pour les Juifs du pays, ses relations avec Israël et son approche du Moyen-Orient feront inévitablement l’objet de tristes articles en 2019.

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Des centaines de suprématistes, de néonazis et de membres de l’extrême-droite américaine à Charlottesville, en Virginie, le 12 août 2017. (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images/AFP)

13. Les Juifs inquiets que les États Unis se préoccupent plus du terrorisme islamique que de la suprématie blanche dans le pays

Cathryn J. Prince, journaliste basée à New York

Ce reportage sur le regain d’antisémitisme aux États-Unis avait été réalisé en février 2018, soit presqu’un an avant l’assassinat de 11 juifs américains à la synagogue Tree of Life de Pittsburgh. Cette tragédie avait attiré l’attention sur un problème que la majorité des médias américains avaient ignoré : l’antisémitisme continue de croître, les groupes d’extrême droite deviennent de plus en plus violents et l’inquiétude des Juifs américains grandit.

Ce n’est qu’avec la tuerie de Pittsburgh que des médias tels que CNN, le Washington Post et le Wall Street Journal ont commencé à se pencher sur la question.

En décembre, en l’espace d’une semaine, cinq crimes antisémites ont été rapportés, dont des affiches nazies placardées à l’université Purchase College dans l’État de New York et l’arrestation d’un homme à Toledo, dans l’Ohio, accusé de planifier une fusillade contre des croyants juifs.

La hausse des crimes racistes et antisémites aux États-Unis est devenu un fait inquiétant, appuyé par des chiffres. Pour moi, petite-fille d’immigrés ayant fui la persécution en Europe de l’est, pour moi dont plusieurs membres de la famille ont péri à Auschwitz – auxquels certains ont survécu – pour moi qui suis un parent ayant constaté le développement de l’antisémitisme dans le système scolaire américain, il s’agit d’un sujet que nous, journalistes, devons continuer de couvrir.

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Devanture du restaurant B&H à New York. (Wikimedia commons/ Alex Lozupone)

14. Un restaurant du Lower East Side où tout le monde connaît votre nom fête ses 80 ans

Jordan Hoffman, journaliste basé à New York

La plupart de mes articles pour le ToI, mais pas tous, portent sur la culture et le divertissement, alors j’essaye de rendre les choses divertissantes. Celui qui m’a le plus marqué cette année, c’est celui que j’ai fait sur les propriétaires actuels du restaurant B&H, l’un des derniers restaurants cashers du quartier d’East Village de New York.

Les propriétaires ne sont pas juifs, il s’agit d’un couple d’immigrés venus d’Égypte et de Pologne, mais ils ont néanmoins conservé l’héritage juif et l’authenticité du lieu.

C’était assurément mon reportage le plus délicieux de l’année, mais ce qui était encore plus savoureux que les challah et les blintzs, c’était d’entendre les histoires des clients réguliers et de laisser traîner l’oreille. Par ailleurs, cette histoire compte beaucoup pour moi car faire vivre la culture juive ne consiste pas qu’en des livres et des prières, il s’agit aussi de la partager avec tous ceux qui veulent y goûter.

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